dimanche 11 janvier 2009

Les charniers - Eugène Guillevic



Passez entre les fleurs et regardez :
Au bout du pré c'est le charnier.

Pas plus de cent, mais bien en tas,
Ventre d'insecte un peu géant
Avec des pieds à travers tout.

Le sexe est dit par les souliers
Les regards ont coulé sans doute ;

- Eux aussi
Préféraient les fleurs
*
A l'un des bords du charnier,
Légèrement en l'air et hardie
Une jambe - de femme
Bien sûr -

Une jambe jeune
Avec un bas noir
Et une cuisse
Une vraie,

Jeune - et rien
Rien.
*
Le linge n'est pas
Ce qui pourrit le plus vite.

On en voit par là
Durci de matières.

Il donne l'apparence
De chair à cacher qui tiendraient encore.
*
Combien ont su pourquoi,
Combien sont morts sachant,
Combien n'ont pas su quoi ?

Ceux qui auront pleuré,
Leurs yeux sont tout pareils,
C'est des trous dans des os
Ou c'est du plomb qui fond.
*
Ils ont dit oui
A la pourriture

Ils ont accepté
Ils nous ont quittés.

Nous n'avons rien à voir
Avec leur pourriture.
*
On va autant qu'on peut,
Les séparer,

Mettre chacun d'eux
Dans un trou à lui,

Parce qu'ensemble
Ils font trop de silence contre le bruit.
*
Si ce n'était pas impossible
Absolument,
On dirait une femme
Comblée par l'amour
Et qui va dormir.
*
Quand la bouche est ouverte
Ou bien ce qui en reste,

C'est qu'ils ont dû chanter,
Qu'ils ont crié victoire,

Ou c'est le maxillaire
Qui leur tombait de peur.

- Peut-être par hasard
Et la terre est entrée.
*
Il y a des endoits où l'on ne sait plus
Si c'est la terre glaise ou si c'est de la chair.

Et l'on est heureux que la terre, partout,
Soir pareille et colle.
*
Encore s'ils devenaient aussitôt
Des squelettes,

Aussi nets et durs
Que de vrais squelettes
Et pas cette masse
Avec la boue.
*
Lequel de nous voudrait
Se coucher parmi eux

Une heure, une heure ou deux,
Simplement pour l'hommage.
*
Où est la plaie
Qui fait réponse ?

Où est la plaie des corps vivants ?


Où est la plaie

Pour qu'on la vole,
Qu'on la guérisse.
*
Ici
Ne repose pas,
Ici ou là, jamais
Ne reposera

Ce qui reste
Ce qui restera
De ces corps-là.

Exécutoire - Gallimard 1947

Image : Bruegel l'Ancien, "Le Triomphe de la Mort" (détail).

jeudi 8 janvier 2009

Les « Protocoles des Sages de l’Islam »

Ou Comment se construisent les légendes noires...
par Domenico Losurdo


En feuilletant sur Internet les réactions à mon dernier livre (
Stalin, Storia e critica di una leggenda nera - Staline, Histoire et critique d’une légende noire-, Ed. Carocci 2008), apparaissent à côté de commentaires largement positifs quelques signes d’incrédulité : est-il donc possible que les infamies attribuées à Staline et accréditées par un consensus général soient le plus souvent le résultat de distorsions et parfois de véritables falsifications historiques ?

C’est à ces lecteurs en particulier que je voudrais suggérer une réflexion à partir des événements de la chronique de ces jours ci. Nous avons tous sous les yeux la tragédie du peuple palestinien à Gaza, d’abord affamé par le blocus et maintenant envahi et massacré par la terrible machine de guerre israélienne. Voyons comment réagissent les grands organes d’ « information ». Sur le «
Corriere della Sera » du 29 décembre, l’éditorial de Piero Ostellino sentence : « L’article 7 de la Charte de Hamas ne défend pas seulement la destruction d’Israël, mais l’extermination des juifs, comme l’affirme le président iranien Ahmadinejad ». On notera que, tout en faisant une affirmation extrêmement grave, le journaliste ne rapporte aucune citation textuelle : il exige d’être cru sur parole. Quelques jours plus tard (3 janvier) sur le même quotidien, Ernesto Galli della Loggia remet ça. A la vérité, celui- ci ne parle plus de Ahmadinejad. Peut-être s’est-il aperçu de la bévue de son collègue. Après Israël, l’Iran est le pays du Proche-Orient qui abrite le plus de juifs, (20.000), et ceux-ci ne semblent pas subir de persécutions. En tout cas, les Palestiniens des territoires occupés ne pourraient qu’envier le sort des juifs qui vivent en Iran, lesquels non seulement n’ont pas été exterminés mais ne doivent même pas faire face à la menace de « transfert », que les sionistes les plus radicaux projettent sur les arabes israéliens.

Evidemment, Galli della Loggia survole ça de haut. Il se borne à se taire sur Ahmadinejad. En compensation, il augmente la dose sur un autre point essentiel : Le Hamas ne se borne pas à exiger « l’extermination des juifs » israéliens, comme l’affirme Ostellino. Il ne faut pas s’arrêter à mi-chemin dans la dénonciation des méfaits des barbares : « Le Hamas souhaite l’élimination de tous les juifs de la face de la terre » («
Corriere della Sera », du 3 janvier). Dans ce cas aussi, on n’apporte pas l’ombre d’une preuve : la rigueur scientifique est la dernière préoccupation de Galli della Loggia, à qui il faut par contre reconnaître le courage de défier le ridicule : selon ses analyses, les « terroristes » palestiniens se proposent de liquider la machine guerrière non seulement d’Israël mais même celle des Usa, afin de terminer les infamies dont l’éditorialiste du « Corriere della Sera » dénonce l’ampleur planétaire. Par ailleurs, ceux qui sont capables d’infliger une défaite décisive à la superpuissance mondiale, en plus d’Israël, peuvent bien aspirer à la domination mondiale. En somme : c’est comme si Galli mettait finalement à jour Les protocoles des Sages de l’Islam !

Et tout comme, à leur époque,
Les protocoles des Sages de Sion, Les protocoles de Sages de l’Islam ont désormais valeur de vérité acquise, et ne nécessitent aucune démonstration. Sur « La Stampa » du 5 janvier, Enzo Bettiza donne immédiatement la signification des bombardements massifs d’Israël, déchaînés depuis le ciel, la mer et la terre, avec recours d’ailleurs à des armes interdites par les conventions internationales, contre une population substantiellement sans défenses : « C’est une opération de gendarmerie drastique et très violente d’un pays menacé d’extermination par une secte qui a juré de l’extirper de la face de la terre ». Cette thèse, répétée jusqu'à l’obsession, vient s’inscrire dans le cadre d’une tradition bien précise. Entre le 18ème et le 19ème siècle le modéré abbé Grégoire se battait pour l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises : il allait être taxé de leader des "blancophages", ces noirs barbares et avides de se repaître de chair des hommes blancs. Quelques décennies plus tard,quelque chose de similaire se passa aux Etats-Unis d’Amérique : les abolitionnistes, souvent de foi chrétienne et d’orientation non-violente, exigeaient « la destruction complète de l’institution de l’esclavage » ; ils furent promptement accusés de vouloir exterminer la race blanche. A la moitié du 20ème encore, en Afrique du Sud, les champions de l’apartheid refusaient les droits politiques aux noirs, avec comme argument qu’un éventuel gouvernement noir aurait signifié l’extermination systématique des colons blancs et des blancs dans leur totalité.

La légende noire en vogue de nos jours est particulièrement ridicule : le Hamas, à plusieurs reprises, a fait comprendre la possibilité d’un compromis, si Israël acceptait de revenir aux frontières de 67. Comme tout le monde sait ou devrait savoir, ce qui rend de plus en plus problématique et peut-être désormais impossible la solution à deux Etats, c’est l’expansion ininterrompue des colonies israéliennes dans les territoires occupés. Et pourtant, la substitution à l’actuel Israël en tant qu’ « Etat des Juifs » d’un état binational qui soit en même temps celui des juifs et des palestiniens, en garantissant l’égalité à tous, ne comporterait en aucune manière l’extermination des Juifs, exactement comme la destruction de l’Etat racial blanc, dans le Sud des Etats-Unis d’abord puis en Afrique du Sud n’a certes pas signifié l’anéantissement des blancs. En réalité, ceux qui agitent d’une manière ou d’une autre
Les protocoles des Sages de l’Islam veulent transformer les victimes en bourreaux et les bourreaux en victimes.

Non moins grotesques et non moins instrumentalisées sont aujourd’hui les mythologies en vogue sur Staline et le mouvement communiste dans sa totalité. Qu’on prenne la thèse de l’ « holocauste de la faim » ou « famine terroriste » que l’Union Soviétique aurait imposé au peuple ukrainien dans les années 30. En soutien de cette thèse il n’existe et il n’est apporté aucune preuve. Mais cela non plus n’est pas le point essentiel. La légende noire diffusée de façon planifiée surtout à l’époque de Reagan et au moment de la Guerre froide sert à mettre sous le boisseau le fait que la « famine terroriste » reprochée à Staline, a été depuis des siècles mise en acte par l’Occident libéral et, en particulier, contre les peuples colonisés ou qu’il aurait voulu réduire à des conditions coloniales ou semi-coloniales.


C’est ce que j’ai essayé de démontrer dans mon livre. Immédiatement après la grande révolution Noire qui à la fin du 18ème siècle à Saint Domingue/Haïti brisait en même temps les chaînes de la domination coloniale et celles de l’institution de l’esclavage, les Etats-Unis répondaient par les déclarations de Thomas Jefferson, en déclarant vouloir réduire à l’inanition (
starvation) le pays qui avait eu l’effronterie d’abolir l’esclavage. Le même comportement a été adopté au 20ème siècle. Déjà les lendemains d’Octobre 1917, Herbert Hoover, à l’époque haut représentant de l’administration Wilson, puis président des Etats-Unis, agitait de façon explicite la menace de la « faim absolue » et de la « mort par inanition » non seulement contre la Russie soviétique mais contre tous les peuples prêts à se laisser contaminer par la révolution bolchevique. Au début des années 60, un collaborateur de l’administration Kennedy, Walt W. Rostow, se vantait du fait que les Etats-Unis étaient arrivés à retarder pour « des dizaines d’années » le développement économique de la République Populaire de Chine !

C’est une politique qui continue aujourd’hui encore : tout le monde sait que l’impérialisme essaie d’étrangler économiquement Cuba, et si possible de le réduire à la condition de Gaza, où les oppresseurs peuvent exercer leur pouvoir de vie et de mort, bien avant même leurs bombardements terroristes, avec, déjà, le contrôle des ressources vitales.
Nous sommes ainsi revenus à la Palestine. Avant de subir l’horreur qu’il subit aujourd’hui, le peuple de Gaza avait été frappé par une politique prolongée qui essayait de l’affamer, de l’assoiffer et de le priver de lumière électrique, de médicaments, et de le réduire à l’épuisement et au désespoir. En plus du fait que le gouvernement de Tel Aviv se réservait le droit de procéder comme d’habitude, malgré la « trêve », aux exécutions extrajudiciaires de ses ennemis. A savoir qu’avant même d’être envahie par une armée ressemblant à un peloton d’exécution gigantesque et expérimenté, Gaza était déjà l’objet d’une politique d’agression et de guerre. En même temps, une puissance militaire de feu multimédiatique s’est déchaînée surtout en Occident pour anéantir toute résistance critique à la thèse fausse et menteuse selon laquelle Israël serait ces jours ci engagé dans une opération d’autodéfense : que personne n’ose mettre en doute l’authenticité des « Protocoles des Sages de l’Islam » !

Voilà comment on construit les légendes noires : celle d’aujourd’hui scelle la tragédie du peuple palestinien (le peuple martyr, par excellence, de notre époque), tout comme celles qui, en dépeignant Staline comme un monstre et en réduisant à une histoire criminelle le processus qui a commencé avec la révolution d’Octobre, entendent priver les peuples opprimés de tout espoir et perspective d’émancipation.


Domenico Losurdo
6 janvier 2009
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Image : Bruegel l'Ancien, "Le Triomphe de la Mort" (détail).

mercredi 7 janvier 2009

SIX CENT QUATRE-VINGT-NEUF


Selon une dépêche AFP de cet après-midi, l'agression israélienne contre Gaza a couté la vie à au moins 689 Palestiniens, dont 220 enfants, et fait quelque 3.000 blessés depuis son lancement le 27 décembre, selon les services d'urgence palestiniens.

Mais heureusement le gouvernement sioniste a décidé d'accorder du repos à ses soldats : ils pourront interrompre le massacre entre 11h et 14 h tous les jours.

Image : Bruegel l'Ancien, "Le Triomphe de la Mort" (détail).

mardi 6 janvier 2009

SIX CENT VINGT-NEUF


629, c'est le nombre de palestiniens, dont, un nombre croissant de civils, tués par l'agression sioniste à Gaza, ce mardi 6 janvier à 19h43 .

Aujourd'hui, une quarantaine de civils, réfugiés dans une école de l'ONU, ont été assassinés par la soldatesque sioniste.

Image : Bruegel l'Ancien, "Le Triomphe de la Mort" (détail).

Gaza : Les raisons de la guerre, par Chris McGreal


Image : Pieter Bruegel l'Ancien, "Le Triomphe de la Mort", 1562, Huile sur panneau, 117 × 162 cm, Madrid, Musée du Prado

The Observer, 4 janvier 2008

Il s’agit d’une guerre sur deux fronts. Depuis plusieurs mois, alors qu’Israël se préparait à lancer une nouvelle vague de violence contre la bande de Gaza, il était devenu clair que l’attaque du Hamas et de « l’infrastructure du terrorisme », incluant des postes de police, des habitations et des mosquées, serait une opération menée tambour battant.

Israël a également compris qu’une opération jumelée serait nécessaire afin de persuader le reste du monde de la justesse de sa cause, même lorsque les morgues recevraient les corps de femmes d’enfants palestiniens. Il fallait aussi veiller à ce que cette guerre soit considérée non pas en termes d’occupation mais comme un combat de l’occident contre le terrorisme et une confrontation avec l’Iran.

Après la débâcle de l’invasion du Liban en 2006- qui fut non seulement pour Israël un désastre militaire, mais aussi politique et diplomatique - Le gouvernement de Tel-Aviv a passé des mois a préparer l’assaut sur Gaza, tant au plan intérieur qu’international, en exerçant avec calme mais énergie un lobbying sur les gouvernements et les diplomates étrangers, en particulier en Europe et dans certaines parties du monde Arabe.

Une nouvelle Direction de l’Information a été créée pour influencer les médias, avec un certain succès. Et quand l’attaque a commencé, il y a un peu plus d’une semaine, une marée de diplomates, de groupes de pression, de blogs et d’autres partisans d’Israël ont commencé à marteler une série de messages soigneusement élaborés, destinés à veiller à ce que Israël soit perçu comme la victime, alors même que ses bombardements ont tué plus de 430 Palestiniens durant la dernière semaine, dont au moins un tiers sont des civils ou des policiers [...]

Lire la suite de l'article sur le Blog de Danielle Bleitrach :

jeudi 1 janvier 2009

2009

BONNE ANNEE 2009 A TOUS !
ET ROUGE! QUELLE SOIT ROUGE!!


Et que la résistance palestinienne battent les sionistes assassins! et si 2009 était la fin de l'impunité pour l'état Israélien et les criminels qui le dirigent?




mardi 30 décembre 2008

Tabula Gaza...


Pendant que Gaza est écrasée sous les bombes, voici un article du prix Nobel de littérature José Saramgo qui date de 2002 mais garde son actualité :

Traduction d'extraits de l'article de José Saramago, De las piedras de David a los tanques de Goliat (Des pierres de David aux tanks de Goliath), paru dans El País le 21/04/2002.

"Le blond David d'antan survole en hélicoptère les territoires occupés de Palestine. Il lance des missiles sur des innocents désarmés. Le délicat David d'antan conduit les tanks les plus puissants du monde et rase et détruit tout ce qu'il trouve sur son chemin. Le David lyrique qui chantait les louanges de Bethsabée, incarné à présent dans la figure gargantuesque d'un criminel de guerre nommé Ariel Sharon, lance le message 'poétique' qu'il faut au préalable en finir avec les Palestiniens pour après négocier avec ceux qui restent." (...)

"Mentalement intoxiqués par l'idée messianique du grand Israël qui leur permettra de concrétiser enfin les rêves expansionnistes du sionisme le plus radical ; contaminés par la 'certitude' monstrueuse et indéracinable que, dans ce monde catastrophique et absurde, il existe un peuple élu de Dieu et que, de ce fait, et au nom des horreurs du passé et des peurs du présent, toutes les actions inspirées d'un racisme obsessionnel, psychologiquement et pathologiquement exclusiviste, sont automatiquement justifiées et autorisées ; éduqués et endoctrinés dans l'idée que toute souffrance déjà infligée, ou en cours d'infliction, ou qui sera infligée, à n'importe qui d'autre, mais en particulier aux Palestiniens, sera toujours inférieure aux souffrances qu'eux-mêmes ont vécues pendant l'Holocauste, les juifs grattent sans cesse leur propre plaie pour qu'elle n'arrête pas de saigner, pour la rendre incurable, et ils l'exhibent au monde comme s'il s'agissait d'un drapeau. Israël s'approprie les terribles paroles de Dieu dans le Deutéronome : "à moi la vengeance, à moi la rétribution". Israël veut que nous nous sentions, directement ou indirectement, tous coupables des horreurs de l'Holocauste ; Israël veut que nous renoncions à notre plus élémentaire faculté de jugement critique pour que nous nous transformions en un docile écho de sa volonté ; Israël veut que nous reconnaissions de jure ce que pour eux constitue déjà un exercice de facto : l'impunité absolue. Du point de vue des juifs, parce qu'ils ont été torturés, gazés et incinérés à Auschwitz, Israël ne pourra jamais être soumis à la loi. Je me demande si les juifs qui sont morts dans les camps de concentration nazis, ceux qui furent persécutés tout au long de l'histoire, ceux qui sont morts dans les pogroms, ceux qui furent oubliés dans les ghettos, oui, je me demande si cette immense multitude de malheureux n'aurait pas eu honte des actes infâmes que leurs descendants commettent. Je me demande si le fait d'avoir tant souffert ne serait pas la meilleure raison de ne pas faire souffrir autrui."

Gaza par José Saramago



Le sigle ONU, tout le monde le sait, signifie Organisation des Nations Unies, c'est-à-dire, à la lumière de la réalité, rien ou très peu.
Les Palestiniens de Gaza peuvent le dire, ceux dont le stock d’aliments est presque épuisé, ou ceux dont il est déjà épuisé, car c'est ce que le blocus israélien leur a imposé, décidé apparemment, à condamner à la faim les 750.000 personnes répertoriées, là, comme réfugiés.

Il n’y a même déjà plus de pain, la farine vient d’être épuisée, l'huile, les lentilles et le sucre suivent le même chemin. Depuis le 9 décembre, les camions de l'agence des Nations-Unies, chargés d'aliments, attendent que l'armée israélienne leur permette l'entrée dans la bande de Gaza, une autorisation une fois de plus refusée ou qui sera ajournée jusqu'à l’ultime désespoir et l’ultime exaspération des Palestiniens affamés.

Nations Unies ? Unies ? En comptant avec la complicité ou la lâcheté internationale, Israël se moque des recommandations, des décisions et des protestations, il fait ce qu’il veut, quand il veut et comme il veut. Il en est arrivé jusqu'au point d'empêcher l'entrée de livres et d’instruments de musique comme s'il s'agissait de produits qui allaient mettre en péril la sécurité d’Israël. Si le ridicule tuait, aucun politicien ni même un seul soldat israélien ne resterait debout, ces spécialistes en cruauté, ces doctoraux en dédain qui regardent le monde du haut de leur insolence, c'est la base de leur éducation.

Nous comprenons mieux leur dieu biblique lorsque nous connaissons leurs partisans. Jehova, ou Yahvé, peu importe comme on le dise, c’est un dieu rancunier et féroce que les Israéliens maintiennent actualisé en permanence.

Traduction Esteban Garcia
http://cuaderno.josesaramago.org/2008/12/22/gaza/


mercredi 24 décembre 2008

JOYEUX NOEL!



Pour ceux que les bondieuseries agacent, pour mieux supporter la dinde, le fois gras et le petit jésus, rappelez-vous que pour Fidel Castro "Jésus était communiste" et que Chavez déclarait récemment :
"le premier socialiste de notre ère fut le Christ. Je suis chrétien et je pense que le socialisme doit se nourrir des courants les plus authentiques du christianisme"
"Judas était le premier capitaliste... Il a vendu Jésus, le premier socialiste"


Et pour ceux à qui cela ne convint toujours pas, rappelons-nous que Noël vient du latin Natalis (dies). C'est (le jour) natal...et représentait l'anniversaire de la naissance du Sol Invictus (le Soleil Invaincu).
Cette fête se déroulait durant les saturnales qui duraient 7 jours pendant le solstice d'hiver (du 17 au 24 décembre) et étaient l'occasion de multiples réjouissances. Les esclaves étaient libérés de leur servitude le temps de la fête et échangeaient leur rôle avec leur maitre.
Donc que Noël devienne la règle et que les esclaves soient libres, définitivement... ;)

Alors Joyeux Noël!

mardi 16 décembre 2008

Comment je suis devenu marxiste par Pasolini


Voici un beau texte de Pier paolo Pasolini trouvé sur le très joli et tout nouveau blog des communistes du 7ème arrondissement de Lyon.

"Comment suis-je devenu marxiste ?

"Eh bien… j’allais parmi les petites fleurs blanches et bleues du printemps,
Celles qui naissent tout de suite après les primevères,- et un peu avant que les acacias ne s’alourdissent de fleurs,
odorantes comme la chair humaine, qui se décompose à la chaleur sublime de la plus belle saison–
et j’écrivais sur les rivages de petits étangs […]
en compagnie des fils de paysans
qui se baignaient innocemment
alors que je les croyais conscients de ce qu’ils étaient
j’écrivais les poèmes du Rossignol de l’Eglise catholique :
cela se passait en 1943 ;
en 1945 ce fut autre chose.
Ces fils de paysans, ayant un peu grandi,
S’étaient mis un jour un foulard rouge au cou
Et avaient marché
Vers le chef-lieu du canton, avec ses portes
Et ses palais à la vénitienne.
Je compris alors qu’ils étaient journaliers
Et qu’il y avait donc des patrons.
Je choisis le parti des journaliers et je me mis à lire Marx."

vendredi 12 décembre 2008

Italie : Sciopero generale!


Après la Grèce, avant hier, et pour le même motifs, c'est le tour aujourd'hui de l'Italie: grève générale ce 12 décembre contre les réformes anti sociales du gouvernement Berlusconi, à l'appel de la CGIL, des étudiants en luttes contre la réforme Gelmini, et des organisation syndicales de bases.
La CGIL attend 1 millions de personnes dans les 108 manifestation qui auront lieu dans tous le pays. Les autres confédérations syndicales, la CISL et l'IUL, sont absentes, il s'agit d'un petit évènement que la rpture de l'unité syndicale de la part de la CGIL, poussée par les deux principales catégories : les métalos de la Fiom et les travailleurs du secteur public. Ceux-ci appel à ce que mouvement n'en reste pas là et initient pour le mois de janvier une nouvelle grève générale avec une manifestation centralisée à Rome.

samedi 6 décembre 2008

J'achève en ce jour ma trente-sixième année par Lord Byron



Il est temps pour ce coeur de cesser d'être ému
S'il lui est désormais refusé d'émouvoir.
Pourtant, si je ne suis plus l'aimé,
Que j'aime encore !

Mes jours ont leur feuillage jauni,
Fleurs et fruits de l'amour ont passé;
Le ver, le chancre et la douleur
Sont pour moi seul !

Il a, ce feu qui ronge ma poitrine,
L' isolement d'une île volcanique;
Nulle torche ne s'allume à sa flamme
Bûcher funéraire !

L'espoir, la peur, le souci jaloux,
La part enivrante des peines
Et du pouvoir de l'amour me fuient,
Je garde les chaînes !

Mais ce n'est pas le lieu ni le moment
Que des pensées de la sorte m'assaillent
Quand la Gloire orne la bière
Ou ceint le front !

L'épée, l'étendard, et le champ de bataille,
La Gloire et la Grèce les voient autour de nous !
Étendu sur son bouclier, le Spartiate
Ne fut pas plus libre !

Un sursaut ( non de la Grèce, elle est debout !)
Un sursaut, oh mon âme ! Songe en qui
Ton flux vivant reconnaît sa source natale
Et n'hésite plus!

Étouffe en toi ces passions renaissantes,
Homme indigne. Que te laissent
Indifférent et le sourire et le dédain
De la Beauté!

Si tu as regret de ta jeunesse, à quoi bon vivre?
Le lieu de la mort valeureuse
Est ici. Au combat! Viens offrir
Ton dernier souffle!

Recherche, plus souvent rencontrée que voulue,
La tombe d'un guerrier; elle te convient.
Regarde alentour, choisis bien le terrain,
Et gagne ton repos !

Illustration : ODEVAERE, Joseph-Denis Lord Byron sur son lit de mort (v 1826) Groeninge Museum, Bruges

mercredi 3 décembre 2008

Pourquoi nous battons nous?

Je chante ce soir non ce que nous devons combattre
Mais ce que nous devons défendre.
Les plaisirs de la vie.
Le vin qu'on boit avec les camarades.
L'amour.
Le feu en hiver.
La rivière fraiche en été.
La viande et le pain de chaque repas.
Le refrain que l'on chante en marchant sur la route.
Le lit où l'on dort.
Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.
Le loisir.
La liberté de changer de ciel.
Le sentiment de la dignité et beaucoup d'autres choses
Dont on refuse la possession aux hommes.

Robert Desnos, 1938

LES MYSTÈRES DE PARIS


Fantaisie politique en plusieurs tableaux,
sans ordre ni raison,
ni foi, ni loi.

AVERTISSEMENT IMPORTANT.

Lecteur, si tu crois que ce texte n’est pas une fiction, tu te trompes. Que dis-tu ? Qu’on dirait à s’y méprendre le congrès départemental de Paris, tel qu’il s’est tenu les 28, 29 et 30 novembre 2008? C’est bien mal connaître le PCF. La réalité, ce n’est pas dans cet ouvrage frivole que tu la trouveras, mais dans l’auguste livre qu’un de nos plus illustres anciens vient d’écrire.
Les dirigeants sont révocables lors des congrès. Voilà la réalité! C’est l'autorité et le respect qu'on porte à leur action et à leur comportement qui les fait élire.
Maintenant, au diable la réalité et place à la fiction!

Lire la suite de cette fable, instructive, comme toutes les fables...

Image :
Cesare Maccari (1840 – Rome, 1919) Ciceron prononçant la prima Catilinaria au sénat romain (1880), fresque Sala Maccari, du Palazzo Madama (sénat) de Rome

lundi 1 décembre 2008

Développement et progrès


Les mots semblant perdre leur sens même pour les communistes ceux-ci dans leur texte proposent un "nouveau mode de développement"...
Ce mot de "développement est -il neutre? Lors de mon congrès de section un camarde italien a évoqué des belles pages de Pasolini qui caractérisent "développement" et "progrès".
Les voici :

"Deux mots reviennent fréquemment dans les conversations, ce sont même les mots clefs des conversations. Il s'agit de "développement" et de "progrès". Deux synonymes ? Ou, sinon, deux mots qui indiquent des moments différents d'un même phénomène ? Ou en désignent-ils deux phénomènes différents qui pourtant s'intègrent nécessairement ? Ou, encore, désignent-ils deux phénomènes seulement partiellement analogues et synchroniques ? Il faut absolument éclaircir le sens de ces deux mots et leurs rapports, si nous voulons nous comprendre dans une discussion qui concerne de très près notre vie quotidienne et physique.

Voyons : le mot "développement" a aujourd'hui tout un réseau de références qui concerne un contexte indubitablement de "droite".

Qui veut en effet le "développement" ? Je veux dire, qui le veut de façon non pas abstraite et idéale, mais concrètement et pour des raisons d'intérêt économique immédiat ? C'est évident : ce sont ceux qui produisent qui veulent ce "développement-là" ; les industriels. Et puisque le "développement" en Italie est ce développement, ce sont, en l'espèce, et pour être précis, les industriels qui produisent les biens superflus. La technologie (application de la science) a créé la possibilité d'une industrialisation pratiquement illimitée et dont les caractères sont déjà concrètement transnationaux. Les consommateurs de biens superflus sont, pour leur part, irrationnellement et inconsciemment d'accord pour vouloir le "développement" (ce "développement"). Pour eux, il signifie promotion sociale et libération, avec pour conséquence l'abjuration des valeurs culturelles qui leur avaient fourni les modèles du "pauvre", du "travailleur",de I`"épargnant", du "soldat", du "croyant". La "masse" est donc pour le "développement" : mais elle ne vit cette idéologie qu'existentiellement, et c'est existentiellement qu'elle est porteuse des valeurs nouvelles de la consommation. Cela n'empêche pas son choix d'être décisif, triomphaliste et violent.

Qui, par contre, veut le "progrès" ? Ceux qui n'ont pas d'intérêts immédiats à satisfaire à travers le "progrès" : les ouvriers, les paysans, les intellectuels de gauche. Le veulent ceux qui travaillent, et qui sont donc exploités. Quand je dis "le veulent", je le dis dans un sens authentique et total (il peut aussi y avoir quelques "producteurs" qui veuillent, qui sait, sincèrement, le progrès : mais leur cas ne fait pas loi). Le "progrès" est donc une notion idéale (sociale et politique), alors que le "développement" est un fait pragmatique et économique.

C'est maintenant cette dissociation qui nécessite un "synchronisme" entre "développement" et "progrès", étant donné qu'un vrai progrès n'est pas (à ce qu'il semble) concevable sans l'apparition des prémisses économiques nécessaires à son actualisation. Quel a été le mot d'ordre de Lénine dès la victoire de la révolution ? Cela a été un mot d'ordre invitant à l'immédiat et grandiose "développement" d'un pays sous-développé. Soviet et industrie électrique.., Maintenant qu'était gagnée la grande lutte des classes pour le "progrès", il fallait en gagner une autre, sans doute plus obscure, mais pas moins grandiose, pour le "développement". Mais je voudrais ajouter - non sans hésitation - que cela n'est pas une condition nécessaire pour appliquer le marxisme révolutionnaire et réaliser une société communiste. L'industrie et I'industrialisation, ce ne sont ni Marx, ni Lénine, qui les ont inventées : c'est la bourgeoisie. Industrialiser un pays communiste paysan signifie entrer en compétition avec les pays bourgeois déjà industrialisés. Et c'est ce que, en l'espèce, a fait Staline, Et, du reste, il n'avait pas le choix.

Donc : la droite veut le "développement", (pour la simple raison qu'elle je fait) ; la gauche veut le "progrès".

Mais quand la gauche remporte la lutte pour le pouvoir, voilà qu'elle aussi veut - pour pouvoir réellement progresser d'un point de vue social et politique - le "développement". Mais un "développement", dont la configuration est désormais formée et fixée dans le contexte de l'industrialisation bourgeoise. Toutefois, ici, en Italie, le cas est historiquement différent. Aucune révolution n'a vaincu. Ici, la gauche qui veut le "progrès", si elle accepte le "développement", c'est ce "développement" qu'elle doit accepter : le développement de l'expansion économique et technologique bourgeoise.

Est-ce une contradiction ? Un choix qui pose un cas de conscience ? Probablement. Mais il s'agit du moins d'un problème qu'il faut se poser clairement : c'est-à-dire sans jamais confondre, pas même pendant un instant, l'idée de "progrès" avec la réalité de ce "développement". En ce qui concerne la base de la gauche (disons même la base électorale, pour parler de millions de citoyens), la situation est la suivante : un travailleur vit dans sa conscience l'idéologie marxiste et par conséquent, parmi d'autres valeurs, il vit dans sa conscience l'idée de "progrès" ; mais, dans le même temps, il vit dans son existence l'idéologie de la consommation et par conséquent, a fortiori, les valeurs du "développement". Le travailleur est donc dissocié de lui-même. mais ce n'est pas le seul. [...]"
Pasolini dans "Ecrits corsaire"