mardi 17 juillet 2012

L’opposition syrienne : qui produit le discours un article de Charlie Skelton, The Guardian 12 juillet 2012



C’est un cauchemar qui se déroule en Syrie, dans les maisons d’al-Heffa et dans les rues de Houla. Et nous savons tous comment l’histoire va finir : avec des milliers de soldats et de civils tués, des villes et des familles détruites, et le président Assad battu à mort dans un fossé. 
C’est l’histoire de la guerre en Syrie, mais une autre histoire doit être dite. Une histoire moins sanglante, mais néanmoins importante. C’est une histoire des faiseurs de contes : les portes paroles, les « spécialistes de la Syrie », les « militants démocrates. » Les faiseurs de déclarations. Les gens qui «exhortent,» et «avertissent»et «appellent à l’action.» 
C’est une histoire sur les membres les plus cités de l’opposition syrienne et leur connexion au business anglo-américain de fabrication d’oppositions. Les médias d’information grand public ont été, pour l’essentiel, remarquablement passifs au sujet des sources syriennes : en les présentant simplement comme « portes parole officiels » ou « militants pour la démocratie » sans, en général, examiner leurs déclarations, leurs trajectoires ou leurs affiliations politiques. 
Il est important de le souligner : enquêter sur la trajectoire d’un porte-parole Syrien ne revient pas à mettre en doute la sincérité de son opposition à Assad. Mais une passion haineuse contre le régime Assad n’est en rien une garantie d’indépendance. En fait, in certain nombre de personnalités importantes du mouvement syrien d’opposition sont des exilés de longue date qui étaient subventionnés par le gouvernement US pour affaiblir le gouvernement Assad bien avant le déclenchement du Printemps arabe. 
Même si la déposition du président Assad par la force n’a pas encore été ouvertement affichée par le gouvernement des Etats unis, ces portes parole plaident ouvertement pour une intervention militaire en Syrie et sont de ce fait des alliés naturels pour des néoconservateurs US bien connus qui avaient soutenu l’invasion de l’Irak par Bush et font maintenant pression  sur l’administration Obama pour qu’elle intervienne. Et comme nous le verrons, plusieurs de ces portes parole ont trouvé un soutien auprès de ceux qui, des deux côtés de l’Atlantique, sont en faveur d’ une intervention militaire, et dans certains cas, ils ont développé d’anciennes et lucratives relations avec eux. 
 « Le temps est compté » [Le sable s’écoule dans le sablier] a déclaré Hillary Clinton dimanche. Il est donc grand temps, au moment où les combats en Syrie s’intensifient, et où des bateaux de guerre russes font route vers Tartous, de regarder de plus près ceux qui parlent au nom du peuple syrien. 
Le Conseil National Syrien 
Les porte-paroles d’opposition les plus cités sont les représentants officiels du Conseil National Syrien (CNS). Le CNS n’est pas la seule organisation d’opposition – mais il est généralement considéré comme «la principale coalition d’opposition» (BBC). Le Washington Times le décrit comme « une organisation qui coordonne des factions rivales basées hors de Syrie. » LE CNS est certainement l’organisation d’opposition qui a les relations les plus étroites avec les puissances occidentales – et a appelé à une intervention étrangère dès les premières phases du soulèvement. En février de cette année, à l’ouverture du sommet des Amis de la Syrie en Tunisie, William Hague [ministre britannique des affaires étrangères, NdT] avait déclaré : « Je rencontrerai les dirigeants du Conseil national Syrien d’ici quelques minutes… Nous, ainsi que d’autres nations, les traiterons et les reconnaîtrons en tant que représentants légitimes du peuple syrien.» 
Le plus haut porte-parole officiel du SNC est l’universitaire Syrienne établie à Paris, Bassma Kodmani. 
Bassma Kodmani 
Kodmani est membre du bureau exécutif et chargée des affaires étrangères au Conseil National Syrien. Kodmani est proche du centre de la structure de pouvoir du CNS, et elle est un des porte-paroles du CNS les plus actifs. « Aucun dialogue n’est possible avec le régime en place. Nous ne pouvons discuter que de la manière d’aller vers un système politique différent, » a-t-elle déclaré cette semaine. On la retrouve, citée par le fil AFP : «L’étape suivante requiert une résolution sous le chapitre VII [de la charte de l’ONU] qui autorise l’usage de tous les moyens légitimes, de moyens coercitifs, d’un embargo sur les armes ainsi que l’usage de la force pour obliger le régime à se conformer» [à la résolution]. 
Cette déclaration se traduit dans la une suivante : « Les Syriens appellent à une force armée de maintien de la paix » (Herald Sun, Australie). Quand il est fait appel à une action militaire internationale  de grande ampleur, il semble tout simplement raisonnable de demander : qui exactement fait cet appel ? Nous pouvons dire simplement, «un porte-parole officiel du SNC,» ou nous pouvons regarder d’un peu plus près. 
Cette année, c’était le deuxième Bilderberg pour Kodmani. A la conférence de 2008, Kodmani était inscrite en tant que française ; en 2012 sa francité avait disparu et elle était inscrite simplement comme « internationale » – sa patrie était devenue le monde des relations internationales. 

Quelques années en arrière, Kodmani travaillait pour la Ford Foundation au Caire, où elle était directrice de son programme de gouvernance et de coopération internationale. La Ford Foundation est une vaste organisation dont le siège est à New York et Kodmani avait déjà un rang assez haut placé. Mais elle était sur le point de monter d’une division. 
Vers cette époque, en février 2005, les relations syro-étatsuniennes s’étaient gravement détériorées, et le président Bush avait rappelé son ambassadeur à Damas. De nombreux projets d’opposition datent de cette période. «L’argent US pour des personnalités de l’opposition syrienne a commencé à affluer sous le président George W Bush après qu’il a effectivement gelé les relations politiques avec Damas en 2005, » explique le Washington Post. 
En septembre 2005, Kodmani a été nommée directrice exécutive de l’Arab Reform Initiative (ARI)- un programme de recherche initié par une puissante organisation de lobbying, le Council on Foreign Relations (CFR). 
Le CFR est un thinktank d’élite en matière de politique étrangère, l’Arab Reform Initiative est présenté sur son site web comme un « projet du CFR. » Plus précisément, l’ARI a été lancée par une organisation interne au CFR appelée le US/Middle East Project” – un groupe de diplomates de haut niveau, de financiers et d’officiels du renseignement, dont l’objectif affiché est d’entreprendre une « analyse politique» régionale de sorte «à prévenir les conflits et à promouvoir la stabilité.» L’ US/Middle East Project poursuit ces objectifs sous la supervision d’un conseil international présidé par le général en retraite Brent Snowcroft. 
Brent Snowcroft (président émérite) est un ancien conseiller pour la sécurité nationale du président des Etats Unis – il avait succédé dans ce rôle à Henry Kissinger. A côté de Snowcroft dans le bureau international, nous trouvons son collègue en géostratégie Zbigniew Brzezinski qui lui avait succédé comme conseiller pour la sécurité nationale, et Peter Sutherland, le PDG de Goldman Sachs International. Donc, dès 2005, nous avions une partie du gratin de la banque et du renseignement en occident qui sélectionnait Kodmani pour diriger un projet de recherche sur le Moyen Orient. En septembre de cette année là, Kodmani avait été nommée directrice à plein temps du programme. Plus tôt en cette année 2005, le CFR avait assigné le «contrôle financier» du projet au Centre for European Reform (CER). C’est là que les Britanniques entrent en scène. 
Le CER est supervisé par Lord Kerr ; le vice président de Royal Dutch Shell. Kerr est un ancien chef du service diplomatique et est conseiller principal à Chatham House (un thinktank qui réunit les meilleurs cerveaux de l’establishment diplomatique britannique). 
En charge de la gestion au jour le jour du CER, nous avons Charles Grant, ancien rédacteur en chef de la rubrique défense de The Economist, et membre en ce moment de l’ European Council on Foreign Relations (ECFR), un « thinktank paneuropéen » rempli de diplomates, d’industriels, de professeurs et de premiers ministres. Dans la liste de ses membres, vous trouverez le nom : «Bassma Kodmani (France/Syrie) – Directrice Exécutive, Arab Reform Initiative.» 
Autre nom sur la liste : George Soros – le financier dont l’organisation à but non lucratif ‘Open Society Foundations » est une des principales sources de financement de l’ECFR. A ce niveau, les mondes de la banque, de la diplomatie, de l’industrie, du renseignement et les divers fondations et instituts de stratégie politique se retrouvent tous ensemble et, là, au milieu de tout ça, se trouve Kodmani. 
Ce qu’il faut relever, c’est que Kodmani n’est pas une quelconque «militante pro-démocratie» qui s’est retrouvée par hasard devant un microphone. Elle dispose de références diplomatiques impeccables : elle a le statut de directrice de recherche à l’Académie Diplomatique Internationale – «une institution indépendante et neutre qui a pour vocation de promouvoir [une diplomatie moderne] url:http://www.academiediplomatique.org/fr/pag1-A-Propos.html ». L’Académie est présidée par Claude Cousseran, un ancien chef de la DGSE – le service de renseignements extérieurs français. 
L’image qui se forme est celle de Kodmani comme fidèle lieutenant de l’industrie anglo-américaine de promotion de la démocratie. Sa « province d’origine » (d’après le site internet du CNS) est Damas, mais elle a des relations professionnelles étroites et anciennes avec précisément ces mêmes puissances qu’elle appelle à intervenir en Syrie. 
Et nombre de ses collègues porte-paroles ont également de bonnes relations. 
Radwan Ziadeh 
Un autre représentant du SNC souvent cité est Radwan Ziadeh – directeur des relations extérieures du Conseil National Syrien. Ziadeh a un CV impressionnant : senior fellow d’un thinktank de Washington financé par le gouvernement fédéral, l’ US Institute of Peace (le conseil d’administration de l’USIP est plein d’anciens du Département de la Défense et du National Security Council; son président est Richard Solomon, ancien conseiller de Kissinger au National Security Council). 
En février de cette année, Ziadeh s’est associé à un groupe de faucons de l’élite de Washington pour signer une lettre appelant Obama à intervenir en Syrie : parmi ses cosignataires figurent James Woolsey (ancien chef de la CIA), Karl Rove (le mentor de Bush junior), Clifford May (Committee on the Present Danger) et Elisabeth Cheney, ancienne directrice de l’ Iran-Syria Operations Group au Pentagone. 
Ziadeh est un organisateur infatigable, un parfait initié de Washington en relation avec certains des plus puissants thinktanks de l’establishment. Les connections de Ziadeh s’étendent jusqu’à Londres. En 2009, il est devenu chercheur invité à Chatham House, et en juin de l’année dernière, il était présent dans le groupe d’experts d’un de leurs évènements – «Imaginer l’avenir politique de la Syrie » – partageant le plateau avec un autre porte-parole du CNS, Ausama Monajed (des informations sur Monajed ci-dessous) et un membre du CNS, Najib Ghadbian. 
Le Wall Street Journal a identifié Ghadbian comme un des premiers intermédiaires entre le gouvernement US et l’opposition syrienne en exil : «Un premier contact entre la maison Blanche et le Front du Salut national (FSN) avait été assuré par Najib Ghadbian, un politologue de l’université de l’Arkansas. » C’était en 2005. Une année qui a marqué un tournant. 
En ce moment, Ghadbian est membre du secrétariat général du CNS, et est au conseil de surveillance d’une organisation politique basée à Washington, le Syrian Center for Political and Strategic Studies (SCPSS) – une organisation dont il est le co-fondateur. 
Ziadeh construit ce genre de relations depuis des années. En 2008, Ziadeh avait participé à une réunion avec des personnalités d’opposition dans des locaux gouvernementaux à Washington : une mini-conférence intitulée «Syria In-Transition». La réunion avait été co-sponsorisée par un organisme basé aux USA appelé le Democracy Council et une organisation basée au Royaume Uni appelée le Movement for Justice and Development (MJD). Ce fut un grand jour pour le MJD – son président, Anas Al-Abdah, s’était déplacé de Grande Bretagne aux Etats Unis pour l’occasion avec son directeur des relations publiques. Ci-après, une description de cette journée tirée du site internet du MJD : « La conférence a vu une affluence exceptionnelle puisque la salle était bourrée à craquer d’invités de la Chambre des représentants et du sénat, ces représentants de centres d’études, de journalistes et dde Syriens expatriés aux USA. » 
La journée avait débuté par un discours inaugural de James Prince, directeur du Democracy Council. Ziadeh participait à un groupe d’experts présidé par Joshua Muravchik (l’auteur ultra-interventionniste de la lettre ouverte « Bomb Iran » en 2006). Le thème de la discussion était « l’émergence d’une opposition organisée.» Assis à côté de Ziadeh danns ce groupe de discussion, se trouvait le directeur des relations publiques du MJD – un homme qui deviendra plus tard son collègue porte-parole au CNS – Ausama Monajed. 
Ausama Monajed 
Avec Kodmani et Ziadeh, Ausama (ou parfois Osama) Monajed est un des plus importants porte-paroles du CNS. Il y en a d’autres, bien sûr – le CNS est une structure énorme qui comprend les Frères Musulmans. Le spectre de l’opposition à Assad est très large, mais ce sont là quelques voix essentielles.
Il y a d’autres porte-paroles officiels qui ont une longue carrière politique, comme George Sabra du Parti Démocratique Populaire Syrien – Sabra a subi l’arrestation et un long séjour en prison pour son combat contre le «régime répressif et totalitaire en Syrie.» Et il existe d’autres voix d’opposition en dehors du CNS comme l’écrivain Michel Kilo, qui parle avec éloquence de la violence qui ravage son pays. « La Syrie est en cours de destruction – rue après rue, ville par ville, village après village. Qu’est-ce que ce genre de solution ? Pour le maintien au pouvoir d’un petit groupe, tout le pays est détruit.» 
Mais il est hors de doute que la principale organisation d’opposition est le CNS et on constate que ce sont souvent Kodmani, Ziadeh et Monajed qui le représentent. Monajed apparaît souvent comme commentateur sur les chaînes télévisées d’informations. On le voit ici s’exprimant depuis son bureau à Washington. Monajed n’édulcore pas son message : « Nous voyons tous les jours à la télévision des civils assassinés et des enfants assassinés et tués, et des femmes violées » 
Dans le même temps, sur al jazeera, Monajed parle de « ce qui se passe vraiment, en réalité, sur le terrain,» des « miliciens d’Assad » qui « viennent et violent les femmes, tuent les enfants et les personnes âgées.» 
Monajed est devenu, depuis seulement quelques jours, blogueur sur le Huffington Post UK, où il explique en long et en large ; « Pourquoi le monde doit intervenir en Syrie » – appelant à une « assistance militaire directe » et à une « aide militaire étrangère. » Une fois de plus, la bonne question pourrait être : qui est ce porte-parole qui appelle à une intervention militaire ? 
Monajed est membre du CNS où il est conseiller du président et il est, selon sa biographie au CNS, « le fondateur et directeur de Barada Television,» une chaîne satellitaire basée à Vauxhall, Londres sud. En 2008, quelques mois après avoir assisté à la conférence Syria In-Transition, Monajed était reparti pour Washington, invité à dîner avec George W. Bush avec d’autres dissidents bien en cour (on peut voit Monajed [sur la photo souvenir]url:http://georgewbush-whitehouse.archives.gov/news/releases/2008/09/images/20080923-13_d-0552-2-513h.html , le troisième à partir de la droite, cravate rouge, non loin de Condoleeza Rice – à l’opposé de Garry Kasparov). 
A cette époque, en 2008, le Département d’Etat US connaissait Monajed en tant que « directeur des relations publiques pour le Mouvement pour la Justice et le Développement (MJD) qui dirige la lutte pour un changement démocratique et pacifique en Syrie.» 
Examinons de plus près le MJD. L’an dernier, le Washington Post a sélectionné une information de Wikileaks qui a publié des quantités de communications diplomatiques piratées. Ces communications montrent qu’un important flux financier va du Département d’Etat US au Mouvement pour la Justice et le Développement dont le siège se trouve en Grande Bretagne. Selon l’article du Washington Post : «Barada TV est étroitement affiliée au Mouvement pour la Justice et le Développement, un réseau d’exilés Syriens établi à Londres. Les câbles diplomatiques américains classifiés montrent que le Département d’Etat a donné pas moins de 6 millions de dollars à cette organisation depuis 2006 pour qu’elle fasse fonctionner la chaîne satellitaire et pour financer d’autres activités à l’intérieur de la Syrie.» 
Un porte-parole du Département d’Etat avait réagi à cet article en déclarant : «Essayer de promouvoir une transformation vers un processus plus démocratique dans cette société ne porte pas nécessairement atteinte au gouvernement en place». » Et ils ont raison, « pas nécessairement.» 
Questionné au sujet de l’argent du Département d’Etat, Monajed dit lui-même « ne pas pouvoir confirmer » un financement du Département d’Etat US pour Barada TV, mais déclare : « Je n’ai personnellement pas reçu un centime.» Malik al -Abdeh, tout récemment encore chef de la rédaction à Barada TV insiste : «Nous n’avons pas eu de liens directs avec le Département d’ Etat US.» La signification de cette phrase tourne autour du mot «directs». Il convient de noter que Malik al -Abdeh, se trouve aussi être un des fondateurs du Mouvement pour la Justice et le Développement (destinataire de 6 millions de dollars du Département d’Etat selon le câble rendu public). Et il est le frère du président de la chaîne, Anas Al-Abdah. Il est aussi copropriétaire de la marque déposée du MJD : ce que Malik al Abdeh reconnaît, c’est que Barada TV reçoit une bonne part de ses financements d’une fondation américaine : le Democracy Council. Un des co-sponsors (avec le MJD) de la mini-conférence Syria In-Transition. Donc, ce que nous avons en 2008, lors de cette même réunion, ce sont précisément les dirigeants de des organisations identifiées dans les câbles Wikileaks comme étant le canal (le Democracy Council) et le bénéficiaire (le MJD) de grosses sommes d’argent du Département d’Etat. 
Le Democracy Council (un pourvoyeur de subventions basé aux Etats Unis) cite le Département d’Etat comme étant une de ses sources de financement. Il travaille ainsi : le Democracy Council sert d’intermédiaire pour gérer des subventions en tant qu’intermédiaire entre la “Middle East Partnership Initiative” du Département d’Etat et des «partenaires locaux» (comme Barada TV). Comme l’explique le Washington Post : 
«Plusieurs câbles diplomatiques émanant de l’ambassade à Damas révèlent que les exilés Syriens reçoivent de l’argent d’un programme du Département d’Etat appelé la Middle East Partnership Initiative. Selon ces câbles, le Département d’Etat a fait transiter l’argent à l’organisation en exil via le Democracy Council, une fondation dont le siège se trouve à Los Angeles.» 
Le même article attire l’attention sur un câble de 2009 émis par l’ambassade US en Syrie qui indique que le Democracy Council a reçu 6,3 millions de dollars du Département d’Etat pour réaliser un programme concernant la Syrie, la “Civil Society Strengthening Initiative”. Le câble la décrit comme « un discret effort de collaboration entre le Democracy Council et des partenaires locaux » dans le but de produire, entre autres choses, «divers concepts de diffusion [des idées].» Selon le Washington Post : «D’autres câbles indiquent clairement qu’un de ces concepts était Barada TV.» 
Il y a encore quelques mois, la Middle East Partnership Initiative (MEPI)du Département d’Etat était supervisée par Tamara Cofman Wittes (elle est maintenant à la Brookings Institution – un thinktank influent de Washington).  Selon elle, la MEPI a «créé une ‘image’ positive des efforts des USA pour promouvoir la démocratie.» Quand elle travaillait sur ce dossier, elle avait déclaré : «Il y a de nombreuses organisations en Syrie et dans d’autres pays qui veulent des changements dans leurs gouvernements… C’est un agenda auquel nous croyons et nous allons le soutenir. » Et par soutien, elle veut dire financier. 
L’argent 
Ce n’est pas nouveau. Revenez un moment au début 2006, et vous avez une annonce par le département d’Etat d’une nouvelle « opportunité de subventionnement » appelée le «Syria Democracy Program.» Avec une offre de subventions d’un montant de «5 millions de dollars sur l’année fiscale fédérale 2006.» Le but de ces subventions ? «Accélérer le travail des réformateurs en Syrie.» 
En ce moment, l’argent afflue encore plus vite que jamais. Au début juin 2012, le Syrian Business Forum a été lancé à Doha par des dirigeants de l’opposition, dont Wael Merza (secrétaire général du CNS). «Ce fonds a été établi pour soutenir toutes les composantes de la révolution en Syrie, » avait déclaré Merza. Le niveau de ce fonds ? Quelque 300 millions de dollars. La provenance de l’argent n’est pas claire du tout, quoique Merza « a fait allusion à un puissant soutien financier des Etats arabes du Golfe pour le nouveau fonds» (al Jazeera). A son lancement, Merza avait dit que quelque 150 millions de dollars avaient déjà été dépensés, en partie pour l’Armée Syrienne Libre (ASL). 
L’organisation d’hommes d’affaires Syriens de Merza était présente à une conférence du Forum Economique Mondial intitulée «Plateforme pour la coopération internationale » qui s’est tenue à Istanbul en novembre 2011.  Tout cela s’inscrit dans le processus par lequel le SNC a grandi en réputation, pour devenir selon les propres termes de William Hague, « un représentant légitime du peuple syrien» et être capable de gérer ouvertement ces sommes énormes. 
Construire la légitimité – de l’opposition, de sa représentation, de l’intervention – est l’essentiel de bataille propagandiste. 
Dans une lettre ouverte publiée en février de cette année par USA Today, l’ambassadeur Dennis Ross déclarait : «Il est temps de rehausser le statut du Conseil national Syrien.» Ce qu’il voulait, urgemment, était « la création d’une aura d’inévitabilité du CNS comme alternative à Assad.» L’aura d’inévitabilité. Gagner la bataille à l’avance. 
Un combattant essentiel dans cette bataille pour les esprits et les cœurs est le journaliste Américain et blogueur pour le Daily Telegraph, Michael Weiss. 
Michael Weiss 
Un des experts de la Syrie les plus cités dans les médias occidentaux – et un enthousiaste d’une intervention occidentale – Michael Weiss fait écho à l’ambassadeur Ross quand il dit : Une intervention militaire en Syrie n’est pas tant une question de préférence que d’inévitabilité.» 
Certains écrits interventionnistes de Weiss peuvent être trouvés sur le site web beyrouthin pro-Washington appelé ‘NOW Lebanon’ – dont la section ‘NOW Syria’ est une source importante d’actualités syriennes. NOW Lebanon a été créé en 2007 par Eli Khoury, un cadre de Saatchi & Saatchi. Khoury est présenté dans l’industrie publicitaire comme « un spécialiste de la communication stratégique, spécialisé dans le développement de l’image de marque des entreprises et des gouvernements.» 
En mai dernier, Weiss avait déclaré à NOW Lebanon que grâce à la fourniture d’armes aux rebelles Syriens, «nous avons déjà commencé à voir quelques résultats.» Il avait montré une approbation semblable pour les développements militaires quelques mois auparavant dans un article pour le New Republic : « Au cours des dernières semaines, l’Armée Syrienne Libre et d’autres unités  rebelles indépendantesont fait de gros progrès – à la suite de quoi, comme tout blogueur peut le faire, il avait présenté son «Plan d’action pour une intervention militaire en Syrie.» 
Mais Weiss n’est pas seulement un blogueur. Il est aussi le directeur de la communication et des relations publiques de la Henry Jackson Society, un thinktank de politique étrangère ultra-ultra-belliciste. 
Parmi les parrains de la Henry Jackson Society à l’international, figurent : James “ex-CIA boss” Woolsey, Michael “secrétaire à la sécurité intérieure” Chertoff, William “PNAC” [Project for a New American Century] Kristol, Robert “PNAC” Kagan’, Joshua “Bomb Iran” Muravchick, et Richard “Prince des Ténèbres” Perle. La société est dirigé par Alan Mendoza, conseiller en chef du groupe parlementaire interpartis sur la sécurité internationale et transatlantique. 
La Henry Jackson Society est intransigeante sur sa « stratégie avancée » pour la démocratie. Et Weiss est chargé du message. La Henry Jackson Society est fière de la grande influence de son chef des relations publiques : «Il est l’auteur de l’influent rapport « Intervention en Syrie ? Une évaluation de la légalité, de la logistique et des risques, » qui a été repris et approuvé par le Conseil national Syrien.» 
Le rapport original de Weiss a été rebaptisé “Safe Area for Syria” – et a fini sur le site web officiel syriancouncil.org, comme pièce de la littérature stratégique de leur bureau militaire. La reprise du rapport de la Hery Jackson Society a été orchestrée par le fondateur et directeur exécutif du Strategic Research and Communication Centre (SRCC) – un certain Ausama Monajed 
Donc, le fondateur de Barada TV, Ausama Monajed, a édité le rapport de Weiss, l’a publié via sa propre organisation (le SRCC) et l’a transmis au Conseil national Syrien avac le soutien de la Henry Jackson Society. 
La relation ne pouvait pas être plus étroite. Monajed en vient même à traiter des demandes pour des « interviews de la presse avec Michael Weiss.»  Weiss n’est pas le seul stratégiste à avoir esquissé une feuille de route pour cette guerre (de nombreux thinktanks y ont réfléchi, de nombreux faucons en ont parlé), mais certains des aspects les plus saillants sont le produit de sa réflexion. 
L’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme 
La justification pour «l’inévitable» intervention militaire est la sauvagerie du régime du président Assad : les atrocités, les bombardements, les violations des droits de l’homme. L’information est cruciale ici, et une source domine toutes les autres quant à la fourniture d’informations sur la Syrie. Elle est citée à chaque fois : « Le directeur de l’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme (OSDH) a déclaré à la Voice Of America que les combats et les bombardements avaient tué au moins 12 personnes dans la province de Homs.» 
L’OSDH est communément utilisé comme unique source pour d’informations et de bilans statistiques. Cette semaine, par exemple, l’AFP a publié cette dépêche : «Les forces syriennes ont bombardé les provinces d’Alep et de Deir Ezzor et au moins 35 personnes ont été tuées dimanche dans tout le pays, dont 17 civils, a annoncé un organisme d’observation.» Différentes atrocités ainsi que des chiffres de pertes sont énumérés, tous en provenance d’une seule source : «Rami Abdel Rahman, le directeur de l’Observatoire a déclaré par téléphone à l’AFP.» 
Des statistiques plus horribles les unes que les autres parviennent en nombre de «l’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme » (AP) Il est difficile de trouver une information de la prese sur la Syrie qui ne le cite pas. Mais qui sont-ils à l’OSDH ? « Ils », c’est Rami Abdulrahman (ou Rami Abdel Rahman), qui réside à Coventry. 
Selon une dépêche Reuters de décembre de l’an dernier : « Quand il ne répond pas aux appels téléphoniques de la presse internationale, Abdulrahman n’est qu’à quelques minutes, plus bas dans la rue, à sont magasin de vêtements qu’il gère avec sa femme.» 
Quand le blog Middle East live du Guardian avait cité «Rami Abdul-Rahman de l’ Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme,» il avait aussi proposé un lien vers un article sceptique du Modern Tokyo Times, un article qui invitait les organes d’information à être un peu «plus objectifs quant à leurs sources» quand ils citent «cette soi-disant entité,» qu’est l’OSDH. 
Ce nom, «Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme», sonne si respectable, si inattaquable, si objectif. Et pourtant, quand Abdulrahman et sont «ONG basée en Grande Bretagne» (AFP/NOW Lebanon) sont la seule source pour de nombreuses informations sur un sujet aussi important, il pourrait sembler raisonnable de soumettre cet organisme à un examen un peu plus approfondi que ce qui a été fait jusqu’à présent. 
Cet Observatoire n’est en aucun cas la seule source syrienne d’informations à qui on pourrait faire confiance aveuglément ou presque… 
Hamza Fakher 
La relation entre Ausama Monajed, le CNS, les faucons de la Henry Jackson Society et un média accepté sans condition peut s’observer dans le cas de Hamza Fakher. Le 1er janvier, Nick Cohen écrivait dans l’Observer : «Pour avoir un aperçu du niveau de la barbarie, écoutez Hamza Fakher, un militant pour la démocratie qui est une des sources les plus fiables sur les crimes que cache le blackout du régime sur l’information.» 
Il poursuit en reprenant les horribles récits de Fakher de tortures et de massacres. Fakher parle à Cohen d’une nouvelle technique de torture dont il a entendu parler, la plaque brûlante : « imaginez toute la chair fondant jusqu’à l’os avant que le prisonnier tombe  sur la plaque.» Le lendemain, Shamik Das, écrivant sur la «base de preuves» dans le blog progressiste Left Foot Forward, cite la même source : «Hamza Fakher, un militant pour la démocratie, décrit l’affligeante réalité…» – répète le compte rendu de Cohen sur les atrocités. 
Alors, qui est exactement le «militant pour la démocratie» Hamza Fakher ? 
Il se trouve que Fakher est le co-auteur de Revolution in Danger, un «briefing de le Henry Jackson Society,» publié en février 2012. Il a co-rédigé ce document avec Michael Weis, le directeur de la communication de la Henry Jackson Society. Et quand il ne co-écrit pas des briefings de la Henry Jackson Society, Fakher est le directeur de la communication du Strategic Research and Communication Centre (SRCC) basé à Londres. Selon leur site web, «Il a rejoint le centre en 2011 et a été chargé de la stratégie et des produits de communication du centre.» 
Comme vous vous en souvenz sans doute, le SRCC est dirigé par Ausama Monajed : «M. Monajed a fondé le centre en 2010. Il est largement cité et interviewé dans la presse et les médias internationaux. Il travaillait auparavant comme consultant en communication en Europe et aux Etats Unis t a été directeur de Barada Television… » 
Monajed est le patron de Fakher. 
Si ce n’était pas suffisant, pour la touche finale de Washington, on trouvera au conseil d’administration du  Strategic Research and Communication Centre, Murhaf Jouejati, professeur à la  National Defence University, à Washington – « la première institution de formation militaire interarmes (JPME oint Professional Military Education) qui est « sous l’autorité de son président, le chef d’état-major interarmes.» 
Si vous aviez envie d’aller faire un tour au “Strategic Research and Communication Centre” de Monajed, vous le trouverez à cette adresse : Strategic Research & Communication Centre, Office 36, 88-90 Hatton Garden, Holborn, London EC1N 8PN. 
Office 36 à 88-90 Hatton Garden est aussi l’endroit où vous trouverez le siège londonien de The Fake Tan Company, Supercar 4 U Limited, de Moola loans (une société de crédit), d’Ultimate Screeding (for tous vos besoins de nivelage), and The London School of Attraction – «un centre de formation londonien qui aide les hommes à développer les compétences et la confiance pour rencontrer et attirer les femmes.» Et encore une autre centaine d’entreprises. C’est un bureau virtuel. Il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement approprié dans tout ça. Un « centre de communication » qui n’a même pas de centre, de local – un nom pompeux mais sans substance concrète. 
C’est la réalité de Hamza Fakher. Le 27 mai, Shamik Das de Left Foot Forward a cité à nouveau un récit d’atrocités relaté par Fakher qu’il présente cette fois comme « le récit d’un témoin oculaire» (ce que Cohen n’a jamais affirmé) et qui maintenant s’est cristallisé comme étant «le dossier du régime Assad.» 
Ainsi, un rapport sur des atrocités fourni par un stratégiste de la Henry Jackson Society qui est le responsable de la communication du service des relations publiques de Mosafed a pris l’envergure d’un «dossier» historique. 
Je ne veux pas dire que les récits d’atrocités sont forcément faux, mais combien parmi ceux qui les prennent pour argent comptant s’intéressent à leurs origines ? 
Et n’oublions pas, la déstabilisation qui a été entreprise dans le domaine de l’information et de l’opinion publique l’est encore plus sur le terrain. Nous savons déjà que (au minimum) «la CIA et le Département d’Etat… aident l’Armée Syrienne Libre de l’opposition à développer des routes logistiques pour acheminer des fournitures à l’intérieur de la Syrie et donnent une formation dans le domaine des [télé]communications. » 
Les soutes à bombes sont ouvertes. Les plans ont été préparés. 
Ces choses étaient en préparation depuis longtemps. L’énorme énergie et la planification méticuleuse qui ont été investies dans ce changement de régime – c’est à couper le souffle.  La force de persuasion et les entrées politiques des grandes fondations et des thinktanks politiques sont considérables, mais l’examen des sources ne se contente pas de titres pompeux, de bourses de recherche et de « briefings de stratégie.» On doit demander : directeur exécutif de quoi exactement. Le fait d’avoir les mots «démocratie» ou «droits de l’homme» dans l’intitulé de votre job ne vaut pas dispense de ce contrôle. 
Et si vous êtes un « responsable de la communication,» cela implique que vos paroles doivent être accueillies avec une prudence extrême. Weiss et Fakher, tous deux responsables de communication sont des professionnels des relations publiques. Lors de l’évènement de Chatham House en juin 2001, monajed était inscrit en tant que « directeur de la communication de la National Initiative for Change » et il était directeur des relations publiques pour le Mouvement pour la Justice et le Développement (MJD). Le créateur du site web d’informations NOW Lebanon, Eli Khoury, est un cadre publicitaire de Saatchi. Ces responsables de la communication travaillent dur pour créer ce que Tamara Witts appelait une [image de] «marque positive.» 
Ils vendent l’idée d’une intervention militaire et d’un changement de régime, que la presse grand public est pressée d’acheter. Beaucoup de «militants» et de porte-paroles de l’opposition syrienne sont étroitement liés (souvent financièrement) aux Etats Unis et à Londres – ceux-là mêmes qui feraient l’ intervention. Ce qui veut dire que les informations et les chiffres donnés par ces sources ne sont pas nécessairement de la pure information – ce sont des arguments de vente dans une campagne de relations publiques. 
Mais il n’est jamais trop tard pour poser des questions, pour examiner des sources. Poser des questions ne fait pas de vous un admirateur d’Assad – c’est un argument spécieux. Cela vous rend seulement moins susceptible d’être induit en erreur par la propagande. La bonne nouvelle, c’est qu’il nait un sceptique par minute. 

mardi 6 mars 2012

Torture en Italie

L’affaire « De Tormentis » et les tortionnaires spéciaux des années 1970 ; la sentence du Tribunal d’Asti qui reconnait les maltraitances sur des détenus, mais n’a pas d’outil adéquat pour les punir ; et la vie perdue de Giuseppe Gulotta, emprisonné durant 22 années et libéré uniquement après qu’un ex-brigadier des carabiniers ait raconté comment des faux aveux étaient obtenus. Trois affaires dans un pays où on viole les droits humains.

L’interdiction de faire usage de la torture bénéficie en Italie d’une parfaite clarté théorique, mais d’une mise en pratique tout à fait fictive. Lorsqu’en 2005 les Nations Unies décidèrent d’instaurer un Rapporteur Spécial dont la mission serait de protéger les droits humains dans la lutte contre le terrorisme international, les états européens saluèrent positivement ce nouvel outil qui venait se greffer à d’autres outils de contrôle déjà en vigueur à l’époque, plus particulièrement l’activité du Comité de prévention de la torture. Il fut ainsi réaffirmé qu’aucune situation d’exception ne peut faire déroger à l’interdiction absolue de faire usage de la torture, qui est : inacceptable sur le plan de la perception commune de civilité juridique, inadmissible de par le parallélisme qu’elles supposent entre actions de l’état et pratiques d’organisations criminelles, prélude de graves distorsions dans l’action de la justice, souffrance en tant que force qui détermine l’adhésion à quelque hypothèse de l’accusation.

L’interdiction absolue était de toute façon déjà dans les conventions et pactes internationaux sur lesquels les pays démocratiques avaient reconstruit leurs lois après les tragédies de la première moitié du siècle passé. L’Italie, souvent en défaut par rapport à ces engagements, dont par exemple le fait de prévoir une loi contre le crime spécifique de torture, a toujours déclaré sa ferme adhésion aux principes que ceux-ci revendiquaient. Pourtant, rien que lors des quinze derniers jours, pas moins de trois affaires ont refait surface – différentes quand au moment et à la spécificité des corps de forces de l’ordre qui ont agit – ce qui met en évidence cette distance entre la théorie et la pratique.

Asti, 2012

À Asti, le tribunal a émis le 30 juin une sentence dans laquelle, qualifiant les maltraitances infligées par des agents de la police carcérale à deux détenus « d’abus d’autorité contre des détenus », a déclaré la prescription du crime. Le résultat ne surprend pas car ce n’est pas le premier du genre ; il est toutefois frappant de voir avec quelle clarté le juge écrit dans la sentence que « les faits en examen pourraient aisément être qualifiés de torture » (j’épargne aux lecteurs la description détaillée des maltraitances subies par les détenus), mais que le crime n’est pas prévu par le code pénal, et donc le tribunal ne peut que s’appuyer sur d’autres typologies de crime inadéquates. Aucun doute sur la nature des actes commis et prouvés au procès, par ailleurs corroborés par des enregistrements téléphoniques de conversations entre les prévenus. La torture a bien eu lieu à Asti, mais n’est pas punissable de manière adéquate.

Calabre, 1976

À l’autre bout de la péninsule, en Calabre, la Court d’Appel a absout il y a trois jours, lors d’une révision de procès, Giuseppe Gulotta après vingt-deux ans de prison, sanction basée sur le témoignage d’un supposé complice, qui avait mené à l’inculpation de deux autres jeunes hommes. Les faits datent d’un lointain mois de janvier 1976, Gulotta avait alors 18 ans, et le procès a été soumis à révision uniquement parce qu’un ex-brigadier des carabiniers, à l’époque en service dans le département antiterrorisme de Naples, a raconté il y a quatre ans que le témoignage avait été obtenu de force sous la torture. Et via la torture, ils avaient obtenu les confessions de Gulotta : le système devait être très convainquant (le brigadier lui-même parle de « méthodes excessives de persuasion ») et avait été rodé en interne par les forces de police lors de la tentative de coincer des membres de la gauche – on parlait alors d’opposition extraparlementaire – au sujet de la mort de deux carabiniers. L’affaire a eu également une autre issue inquiétante : le supposé complice, qui avait ensuite essayé d’innocenter les accusés, fut retrouvé pendu dans sa cellule dans des circonstances pour le moins obscures, et c’est là un euphémisme ; dans le même temps, les deux autres accusés avaient réussi à purger leur peine au Brésil.

L’affaire « De Tormentis », 1978

Mercredi passé, la recherche sur des enquêtes non résolues, menée lors de l’émission télévisée « Chi l’ha visto ? » a porté dans la soirée de quiétude des familles l’affaire dramatique et trouble des forces spéciales qui conduisaient des interrogatoires fin des années 70, sur des membres ou sympathisants de la lutte armée. Enrico Triaca a raconté son histoire et les tortures subies en mai 1978, après son arrestation dans une papeterie romaine pour soutien aux Brigades Rouges : les tortures furent infligées non pas par un policier agité qui perd le contrôle de la situation, mais par un petit groupe préposé à cette tâche, coordonné par cet homme des ténèbres qui était surnommé « De Tormentis », obscène comme son mode opératoire.

Triaca, « disparu » durant les 20 jours qui suivirent son arrestation, avait immédiatement dénoncé les tortures endurées, mais le lendemain de sa plainte, il reçut un mandat d’arrêt pour calomnie – le chef du bureau d’instruction en poste à ce moment était très rapide – et la conséquente condamnation. La réouverture du procès pour calomnie serait intéressante maintenant que nous savons qui se cache derrière le pseudonyme « De Tormentis ». On sait que cet homme se définit comme un noble serviteur de l’état, qui ne nie pas, mais insert le tout dans une sorte d’exigence du contexte. Lui qui, malgré quelques pas de côté, confirme. Tout comme il y a quelques années un autre super policier, Salvatore Genova, dans une interview au « Secolo XIX », avait confirmé que des tortures avaient bien été infligées à des personnes arrêtées dans le cadre de l’enquête sur l’enlèvement Dozier, opéré en Vénétie par les Brigades Rouges quelques années plus tard. Genova fut alors indiqué comme cible de calomnie, et quelqu’un (le Parti Social-démocrate, dont le nom parait bien étrange) lui avait alors concédé l’immédiate « salvacondotto » (sorte d’immunité) pour la candidature au Parlement, et ce malgré le fait que dans ce cas précis, une enquête avait, une fois n’est pas coutume, avéré les faits et responsabilités, mais personne n’avait été puni. De toute évidence parce que le crime de torture, qui n’existe toujours pas à l’heure actuelle, n’existait pas non plus à l’époque. Mais tout ceci fut rapporté comme un cas isolé, une bavure dans un contexte dans lequel il était sans cesse affirmé et répété que la lutte armée avait été combattue et vaincue sans jamais dérailler du chemin du respect rigoureux de la légalité.

Le fait de retourner en arrière de quelques années, de l’affaire Dozier à l’affaire Moro, et de retrouver les mêmes pratiques, les mêmes noms, un petit groupe préposé à cette tâche – « prêté » au besoin par Naples au nord du pays – bien connu de ceux qui avaient alors des hautes responsabilités, donne une autre lumière au tout.

La torture est une pratique « systémique »

Par ailleurs, les trois faits rapportés, de par leurs différentes provenances aussi bien territoriales que temporelles, des corps de police ayant opéré, fournissent un panorama assez inquiétant de l’attitude que notre pays a vis-à-vis de la torture : ceux qui ont la pratique de la recherche scientifique ou sociale sait que l’ampleur de plusieurs paramètres fait passer l’évaluation de ce qui a été observé jusqu’ici de « épisodique » à « systémique » et change donc la modalité avec laquelle évaluer ce phénomène. Ceci porte par exemple à l’interrogation, dans ce cas, sur les cultures formatrices de ceux qui opèrent au nom de l’état, sur la couverture dont ils bénéficient, et enfin sur l’absence de la part des forces politiques et culturelles du pays, d’une réflexion plus ample sur le côté révélateur que ces faits revêtent, en tant qu’indicateur sur la qualité de la démocratie.

Leur attitude de négation ou de marginalisation est de fait complice du fait que ces pratiques se perpétuent et sont implicitement l’affirmation d’un principe autoritaire en tant que ciment de l’agrégat social, et ce au détriment total de l’état de droit.

Pour ces raisons, la sempiternelle affirmation de certains politiciens et procureurs comme quoi l’Italie, même lors d’années dramatiques, n’a jamais opéré, sans l’ombre d’un doute, quelque infraction de la légalité que ce soit, doit être refusée. Pour ces raisons, déjà 30 ans auparavant, certains d’entre nous – je pense à l’expérience de la revue Antigone qui sortit comme supplément de ce journal – initièrent une soirée critique de la logique et de la culture, et non seulement aux pratiques, de ce qui était alors définit « législation d’urgence ».

Spataro, Battisti et la magistrature

Tout aussi récemment, –il y a exactement un an, le 10 février, à l’occasion du débat sur la possibilité d’extrader Battisti – le procureur Spataro se chargea de réaffirmer dans ces pages que « L’Italie n’a connu aucune dérive antidémocratique dans la lutte contre le terrorisme » et que « il est faux de dire que l’Italie et son système judiciaire n’aient pas été en mesure de garantir les droits des personnes accusées de terrorisme durant les années de plomb ». Aujourd’hui, je crois que de telles déclarations, filles de la négation du côté politique du phénomène d’alors, doivent être revues.

Parce qu’il n’est pas possible que ce qui se passait et se passe encore dans le secret ne soit pas connu de ceux qui ensuite interrogent un détenu ou le visite dans sa cellule. Ce n’était pas possible à l’époque et ce n’est toujours pas possibles dans les cas de maltraitances d’aujourd’hui. Le tribunal d’Asti, par exemple, est sévère avec le directeur de cette prison, dont les déclarations sont parfois qualifiées d’ « invraisemblables ». Et le magistrat qui recueillit les témoignages accusant Gulotta, comment enquêta-t’il sur les modalités avec lesquelles ils furent obtenus ? Tout comme les magistrats qui virent Triaca et écoutèrent ses affirmations, à peine sorti de jours obscures, quelles actions entreprirent-ils pour en comprendre le fondement ?

La responsabilité, tout du moins au sens large, n’est pas uniquement imputable à celui qui opère, mais également à celui qui ne voit pas, et encore davantage à celui qui ne veut pas voir. Parce que la négation de l’existence d’un problème n’aide certainement pas à effacer ce qui l’a déterminé, et ouvre par ailleurs les portes à la mise au jour sous une lumière sinistre d’autres opérations, même celles de personnes qui – heureusement une large majorité – ont agit et agissent tout à fait correctement.

Dans un article paru hier dans Repubblica, Adriano Sofri rappelait le fait que beaucoup de ces histoires étaient connues, tout du moins en feuilletant par exemple les rapports d’Amnesty ou également les dénonciations même, parvenues au Parlement. C’est vrai, mais je crois qu’entre un « je sais » dit selon la mémoire pasolinienne et une déclaration publique de la part de ceux qui ont opéré de la sorte, il y a une distinction essentielle : une distinction telle que cela rend inacceptable le silence ou la perduration dans une logique où rien ne s’est passé et rien ne se passe.

Aujourd’hui, la négation continuelle de ce problème n’aide pas à refermer le passé d’une manière politiquement et éthiquement acceptable et utile, ni à comprendre quels antidotes il faut assimiler pour que ça n’arrive plus.

Source : Il Manifesto

Traduit de l'italien par Fabrice Lambert pour Investig'Action

Source : michelcollon.info

jeudi 23 février 2012

Pétition contre la guerre en Iran et en Syrie.


Lancé à l’initiative de Domenico Losurdo, cet appel international, paru en plusieurs langues et destiné au gouvernement respectif de chaque pays concerné, a déjà reçu le soutien de plusieurs députés au Bundestag, du philosophe et député européen Gianni Vattimo, et de nombreux citoyens.

Pour signer la version française de cette pétition, envoyer vos noms et confirmation à :

stopperlaguerre@gmail.com

N’hésitez pas à faire circuler ce texte.

Stopper les préparatifs de guerre ! Mettre fin à l’embargo !

Solidarité avec les peuples iranien et syrien !

Des dizaines de milliers de morts, une population traumatisée, des infrastructures largement détruites et un Etat désintégré : c’est là le résultat de la guerre menée par les Etats-Unis et l’OTAN pour s’approprier les richesses libyennes et recoloniser le pays. A présent, ces derniers préparent éhontément la guerre contre l’Iran et la Syrie, deux pays stratégiquement importants, riches en matières premières et qui refusent, en toute indépendance politique, de se soumettre à leurs diktats. Une attaque de l’OTAN contre la Syrie ou l’Iran pourrait provoquer un conflit direct avec la Russie et la Chine, ce qui aurait des conséquences inimaginables.

De continuelles menaces de guerre, le déploiement de troupes aux frontières de l’Iran et de la Syrie, sans parler des actions terroristes et de sabotage de la part d’« unités spéciales » infiltrées, tout cela fait partie de l’arsenal avec lequel les Etats-Unis et autres membres de l’OTAN imposent un état d’exception aux deux pays pour les épuiser. Les Etats-Unis et l’Union européenne tentent de façon cynique et inhumaine de paralyser par l’embargo le commerce extérieur et les transactions financières de ces pays. De manière délibérée, ils veulent précipiter les économies iranienne et syrienne dans une crise grave, augmenter le nombre de chômeurs et compromettre l’approvisionnement de la population. Pour trouver un prétexte à leur intervention militaire planifiée depuis longtemps, ils cherchent à attiser les conflits ethniques et sociaux internes et à provoquer une guerre civile. L’Union européenne ainsi que le gouvernement italien collaborent grandement à cette politique d’embargo et de menaces de guerre contre l’Iran et la Syrie.

Nous appelons tous les citoyens, églises, partis, syndicats, mouvements pacifistes à s’opposer énergiquement à cette politique de guerre.

Nous demandons au gouvernement français :

-de stopper sans conditions et immédiatement l’embargo contre l’Iran et la Syrie ;

-de déclarer qu’il ne participera en aucune sorte à une guerre contre ces Etats et qu’il n’autorisera pas l’utilisation de sites français pour une agression de la part des Etats-Unis et de l’OTAN ;

-de s’impliquer au niveau international pour mettre fin à la politique des chantages et des menaces de guerre contre l’Iran et la Syrie.

Les peuples iranien et syrien ont le droit de décider par eux-mêmes et souverainement de l’organisation politique et sociale de leur pays.

Le maintien de la paix exige que soit respecté rigoureusement le principe de non-ingérence dans les affaires internes des autres Etats.

Domenico Losurdo

Gianni Vattimo

Manlio Dinucci

Voir la pétition (en plusieurs langues) et la première liste des signataires sur le blog de Domenico Losurdo

Faire circuler

dimanche 12 février 2012

Aucune excuse, aucune sanction, soutien total à M. Letchimy par Patrick Chamoiseau, écrivain

Quand on commence à hiérarchiser entre les civilisations, sur les degrés de "l'inférieur " et du "supérieur", on entre dans une dérive vers les pires horizons. L'idée de civilisation, très à la mode durant les grandes conquêtes occidentales, renvoie à celle de culture dont elle serait le substrat le plus noble ; et le fait de culture débouche directement sur le socle de l'humain. Avec l'humain, venaient les absurdités de la "race" qui ont occupé les thèses de supériorité, et donc de hiérarchisation, où se sont abimés le comte Arthur de Gobineau, les anthropologies racistes, et toutes les justifications du colonialisme. L'idée de "race supérieure" engendrait celles de culture et de civilisation supérieures. Ce qui autorisait à inverser la formule et à considérer que la simple possibilité de civilisation supérieure impliquait sinon une race (on n'ose plus l'avancer) mais des cultures et des humanités inférieures. C'est pourquoi l'équation réversible coloniser = civiliser a si longtemps duré, et pointe encore de temps en temps un restant de ténèbres.

Dès lors, chaque fois qu'un pouvoir politique ou religieux a cru appartenir à une civilisation "supérieure", cela s'est toujours traduit par les grands crimes d'Etat que furent la Traite, l'esclavage, les colonisations, le système des camps de concentration, les apartheids, les génocides ou les purifications ethniques qui aujourd'hui encore occupent la vie du monde.
Donc, réactiver l'idée de civilisation, et recommencer à les hiérarchiser n'est pas une mince affaire ! Ce n'est pas non plus une simple stratégie électorale, mais un état d'esprit, voire un semblant de pensée. Derrière les déclarations répétées de ministre de l'intérieur de la France, se dessine l'auréole du discours de Dakar, les chroniques de la chasse aux enfants immigrés alentour des écoles, les velléités de police génétique contre les regroupements familiaux, la traque honteuse des Roms, le spectre du ministère de l'identité nationale, le grondement régulier des charters expéditifs, les quotas d'expulsions prédéfinis et célébrés, le renvoi des étudiants étrangers, et même la fragilisation systématique des immigrés en situation régulière qui, en ce moment, dès trois heures du matin, affrontent les glaciations devant les préfectures... En face d'une telle convergence, on croirait voir de grandes ailes qui s'ouvre pour un sinistre envol.

Ecoutons le "bon sens" du comte de Gobineau : "Les peuples ne dégénèrent que par suite et en proportion des mélanges qu'ils subissent, et dans la mesure de qualité de ces mélanges (…) le coup le plus rude dont puisse être ébranlée la vitalité d'une civilisation, c'est quand les éléments régulateurs des sociétés et les éléments développés par les faits ethniques en arrivent à ce point de multiplicité qu'il leur devient impossible de s'harmoniser, de tendre, d'une manière sensible, vers une homogénéité nécessaire, et, par conséquent, d'obtenir, avec une logique commune, ces instincts et ces intérêts communs, seules et uniques raisons d'être d'un lien social…" On croirait entendre le cahier des charges du ministère de l'identité nationale, ou la feuille de route de ceux qui se donnent la mission explicite de protéger la civilisation française contre les invasions ! M. Letchimy a donc vu juste et a dit ce qu'il fallait dire comme il fallait le dire.

Et il a fait honneur non seulement à la Martinique mais à la France et à son Assemblée Nationale toute entière. Car enfin, sans lui, le "célébrant des civilisations supérieures"serait venu, se serait assis, aurait écouté je ne sais politiquerie, et serait reparti sans que rien ni personne ne lui trouble la conscience. Il suffit d'imaginer que, dans les bancs derrière lui, soient assis, Clémenceau, Hugo, Lamartine ou Jaurès, pour mesurer ce qu'il aurait manqué à cette haute assemblée si M. Letchimy n'avait pas été là. Il aurait manqué le courage. Il aurait manqué la lucidité. Il aurait manqué une vision exigeante de l'homme et du rapport que les humanités peuvent nourrir entre elles !

Il y a donc une profonde misère morale à laisser supposer que son intervention aurait pour base de je ne sais quelle "sensiblerie tropicale" ; qu'il aurait hérité d'une "émotivité antillaise liée à l'esclavage" qui expliquerait je ne sais quel "dérapage". Les soutiens et les analyses de cette sorte ne sont que honte et lâcheté.

De même, il est inadmissible que l'on balaie cela d'un revers de la main en indiquant qu'il s'agirait une polémique inutile. C'est un débat essentiel et profond. J'y vois l'affrontement majeur entre deux visions du monde et deux conceptions du vivre-ensemble dans le respect que l'on doit à la diversité des humanités. J'y vois une controverse radicale qui relève au plus au point de l'éthique contemporaine, laquelle est une éthique complexe et dont il faut à tout moment penser le déploiement. J'y vois le souci de dresser un rempart commun contre cette barbarie qui est déjà venue et qui peut revenir. Quel sujet peut se révéler plus sérieux que la conception même du rapport que les humanités doivent nourrir entre elles ?! Quels seraient les fondements d'un projet culturel, social économique, ou d'un programme présidentiel, qui déserterait cela ? Et que vaut une assemblée parlementaire où on se révèle incapable de discuter de ces fondamentaux-là ? Et que vaudrait une Assemblée Nationale qui s'aviserait de sanctionner (de quelque manière que ce soit) ce qui la ramène aux fondements des valeurs républicaines et aux lumières de Montaigne, de Montesquieu, de Voltaire, de Lévi-Strauss, ou de ce cher Edgar Morin ?
Sanctionner M. Letchimy, ou même en caresser l'idée, reviendrait à les sanctionner tous, et à laisser la porte ouverte à ces très vieilles ombres qui nous fixent sans trembler.

dimanche 5 février 2012

A propos de civilisation supérieure

« Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! “...
‘Regardez l'histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l'oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l'histoire de votre civilisation ! ...
Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l'Européen apporte avec lui : de l'alcool, de l'opium qu'il répand, qu'il impose s'il lui plaît. Et c'est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l'homme ! ..
Je ne comprends pas que nous n'ayons pas été unanimes ici à nous lever d'un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n'y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu'à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit.’