samedi 11 juillet 2009

Tuez-les à la naissance


Par Valerio Evangelisti, Manifesto 11, juillet 2009

Nous pourrions définir la méthode comme “tuez les à la naissance”.
Elle consiste à identifier des groupes et des individus potentiellement dangereux,connus comme hostiles au système ou à certains de ses aspects, et de les incarcérer ou au moins les harceler de manière préventive, en les enselevissants sous les chefs d'accusation. Et cela au nom de délits, commis dans un passé proche ou lointain, grossis au niveau de crimes énormes. Ou bien pour des faits non encore commis et qui pourraient être commis dans le futur. C'est la ligne adoptée par le gouvernement, avec la connivence de secteurs de la magistrature (aucune illusion sur le fait que tous les magistrats puissent être des Falcone /Borsellino : il suffit de voir certains dîners suspects de quelques uns de leurs membres [1]) et des forces de l'ordre. La preuve en est l’arrestation de 21 étudiants de l'Onda[2] il y a deux jours, et les perquisitions dans toute l'Italie. Le motif officiel invoqué : les escarmouches (les définir comme « affrontements » serait exagéré) du 19 mai dernier à Turin, contre la conférence des Recteurs d'Europe, appelés à approuver la totale privatisation de l'enseignement universitaire. Le véritable motif a été énoncé en toute lettre : les prévenus «auraient pu» contester l'imminente réunion du G8. Ce n'est pas l'unique cas de "lutte préventive aux intentions". Le 10 juin ont été arrêtés quelques militants communistes, sur la base de rien, parce qu'ils «auraient pu» tenter de reconstituer les Brigades Rouges et perturber le G8. Pire encore, l'issue du procès milanais qui a suivi «l'OpérationTramonto, contre les militants du Cpo Gramigna de Padoue et du syndicalisme de base. Au cours des débats, toutes les preuves substantielles sont tombées. Cependant, ces subversifs peu repentis «auraient pu» reconstituer les Brigades Rouges. En conséquence ils ont été condamnés à au moins 15 ans de prison. Puis il y a eu la descente, là encore préventive, à la fête de Radio < Sherwood. Soixante personnes arrêtées, afin de prévenir leurs crimes hypothétiques.

Je ne sais pas pourquoi, mais un souvenir me revient. Mon grand père et ses deux frères, d'Imola, étaient des socialistes notoires. Chaque fois que Mussolini passait par Bologne ils étaient arrêtés. Le motif? Ils « auraient pu » attenter à la vie du Duce. On dira que les temps étaient meilleurs et que la détention durait quelques jours, pas quinze ans. Me vient un doute. L'actuel gouvernement italien ne serait-il pas fasciste? Mais non, me dit-on : le chef est un joyeux libertin, qui rédige des lois garantistes (pour lui) les unes après les autres, et qui a pour président de la République un ancien stalinien. Mais le doute demeure.

Texte traduit par L. A.

Commentaire de la traductrice : Un souvenir me revient aussi : la répression sauvage contre les « rouges », réels ou supposé, au cours des années 70 et 80, à la suite de l’adoption par l’alors ministre de l’Intérieur Francesco Cossiga, des "lois spéciales antiterroristes"

[1] Allusion a l '« affaire » du récent dîner privé de M Berlusconi avec des membres de la Cour Constitutionnelle.
[2] Nom que s’est attribué le récent mouvement étudiant et lycéen contre les réformes de la MinistreGelmini.

lundi 6 juillet 2009

"même le facisme n’était pas allé aussi loin"

Pétition contre les nouvelles lois raciste en Italie

A l'opinion publique européenne et aux journalistes qui en sont l'expression:

Ce qui se produit en Italie a toujours eu, bon gré mal gré, une influence extraordinaire sur la société européenne toute entière, depuis la Renaissance jusqu’au fascisme.
Mais ces événements n’ont pas toujours été connus à temps.

On trouve en ce moment, sur les quotidiens européens, une grande attention concernant divers aspects de la crise qui touche notre pays. Nous considérons, cependant, qu’il est du devoir de ceux qui vivent en Italie de rappeler à l’attention de l’opinion publique européenne d’autres aspects restés dans l’ombre. Il s’agit de certains aspects de la législation italienne qui, si rien ne vient les empêcher, risquent de défigurer le visage de l’Europe et de faire reculer la cause des droits humains dans le monde entier.

Le gouvernement Berlusconi, sous prétexte de sécurité, a imposé au Parlement, qu’il garde sous contrôle, l’adoption de normes discriminatoires envers les immigrés, jamais vues en Europe depuis l’époque des lois raciales.

Le sujet passif de la discrimination a été remplacé. Il ne s’agit plus des juifs mais de la population des immigrés irréguliers, qui compte des centaines de milliers de personnes. Mais les dispositifs prévus par les lois raciales, comme l’interdiction des mariages mixtes, n’ont pas (été) changé(s).

Par cette interdiction, on empêche, en raison de leur nationalité, l’exercice d’un droit fondamental tel que celui de se marier, sans distinction d’ethnie ou de religion. Droit fondamental qui n’est pas supprimé seulement aux étrangers mais également aux italiens eux-mêmes.

Par une norme qui viole encore davantage la dignité humaine on a, en outre, (été) introduit l’interdiction pour des femmes étrangères en situation d’irrégularité administrative, de reconnaître les enfants qu’elles ont elle mêmes mis aux monde.. Ainsi par la force d’une telle décision politique d’une majorité passagère, les enfants mis au monde par des femmes étrangères irrégulières deviendront pour toute leur vie les enfants de personne. Ils seront (soustraits) enlevés à leurs mères et placés dans les mains de l’Etat. Même le fascisme n’était pas allé aussi loin. En effet les lois raciales introduites par ce régime en 1938 ne privaient pas les mères juives de leurs enfants, ni ne les obligeaient à avorter pour éviter la confiscation de leurs enfants par l’Etat. Nous ne nous adresserions pas à l’opinion publique européenne si la gravité de ces mesures n’était telle qu’elle dépasse toute frontière nationale et ne demandait une réaction responsable de toutes les personnes qui croient en une commune humanité.

L’Europe ne peut admettre qu’un de ses pays fondateurs ne rétrograde (redresse) à des niveaux primitifs de cohabitation, en contradiction avec les lois internationales, les principes de garantie et de civilisation juridique sur lesquels se fonde la construction politique européenne elle-même.

Il est de l’intérêt et de l’honneur de nous tous européens que cela ne se produise pas.

L’opinion publique européenne doit prendre conscience de la pathologie qui vient de l’Italie et se mobiliser pour empêcher qu’elle se propage en Europe.

A chacun de choisir les formes opportunes pour manifester et faire valoir son opposition

Premiers signataires : Andrea Camilleri, Antonio Tabucchi, Dacia Maraini, Dario Fo, Franca Rame, Moni Ovadia, Maurizio Scaparro, Gianni Amelio

Pour signer : http://temi.repubblica.it/micromega-online/ cliquez sur "FIRMA"


texte traduit par L. A.

mercredi 1 juillet 2009

Pina Bausch est morte

Alors qu'il semble que le monde entier se lamente après la mort brutale de celui qui représente le sommet (sans doute génial) de la création musicale commerciale, dépolitisé et blanchis, très loin en fait de tout "tragique", disparait, tout aussi soudainement, peut être la la plus grande artiste de la fin du siècle dernier et du début du nouveau siècle.
Assister à une de ses création artistique, reste une des expérience les plus fortes qu'on puisse avoir en tant que spectateur.

Caius

« j’ai vu pour la première fois au théâtre des spectacles qui possédaient la structure de la tragédie, ce qu’on ne voit pratiquement plus sur aucune scène, enfin pour ce qui est du théâtre parlé. Je me trouvais soudain face à un théâtre et qui était sans texte, ce qui m’a directement touché ». (Heiner Muller)

En hommage un extrait de "Café Müller":

mercredi 24 juin 2009

Italie : Après les Européennes, les communistes à la peine


Les résultats des élections européennes confirment ceux des élections législatives et des élections partielles qui ont eut lieu depuis.
Premier constat : La droite reste largement majoritaire.
Néanmoins contrairement aux espoirs de son leader Silvio Berlusconi, le nouveau parti "unique" de la droite Il Popolo Delle Liberta' (Pdl) ne dépasse pas les 40% : avec 35, 3 % il perd même 2% sur son résultat des législatives de 2008 (37,3%). Grand vainqueur, le parti raciste de la Ligue du Nord qui passe en un an de 8,3 à 10,2% des suffrages. La droite garde donc globalement son capital de voix.

Deuxième constat : Le centre gauche confirme sa défaite et en particulier le Parti Démocrate qui chute de 33,1 à 26,1% entre 2009 et 2008. Il paye ses divisions entre courant catholique et courant laïque et surtout son manque de pugnacité face à la droite. Son recul profite à son allié« l’Italie des Valeurs », le parti de l’ancien procureur Di Pietro, opposant le plus résolus à Silvio Berlusconi au moins sur le terrain institutionnel, passe de 4,4% à 8%.
Dans l’opposition, sans être avec le PD, les catholiques du parti centriste UDC progressent aussi passant de 5,6 à 6,5%.

Et la gauche ?
Après le désastre de 2008 et sa disparition du parlement (conséquence du très mauvais score de la liste de la « Gauche Arc en ciel »), elle se présentait coupée en deux : d’un côté la liste des communistes unis avec le Pdci (Parti des communistes italiens) et la majorité du Prc (Parti de la Refondation communiste), de l’autre la liste Sinitra e Libertà, regroupant les Verts, les Démocrates de gauches, la minorité bertinottienne, scissionniste, du Prc, et les socialistes néocraxiens (qui s’étaient présentés seuls en 2008)
Cette fois, c’est la division qui aura été fatale aux communistes et à la gauche : certes en reprise sur le résultat de 2008 ("La Gauche Arc en Ciel" avait alors obtenu 3,1 % des voix), aucune des deux listes de gauche ne réussit à passer la barre des 4%. Ils n’obtiennent donc aucun élu...
- La liste des communistes obtient 1 million de voix et 3,32%,
- Sinitra e libertà (très valorisé par la presse) obtient 3,1%.
Rifondazione paie, à l'évidence, la récente scission qui a entrainée le départ de tous ces anciens principaux dirigeants. Le parti paie aussi des divisions internes maintenues, avec des résistances fortes, au sein même du parti, à la liste unitaire avec le Pdci.
Parallèlement aux élections européennes avait lieu le premier tour des élections administratives pour l’élection des nouveaux conseils provinciaux et communaux. Là encore, les résultats sont inquiétants pour la gauche : Le Prc et le Pdci (qui se présentaient parfois ensembles, parfois séparément) font un score global comparable à celui des européennes (3,5%) mais en forte chute comparé à celui des précédentes élections locales (8,3%v en 2006 ), et ce même si on ajoute les résultats des listes Sinistra e libertà (0,9%). Plus que les résultats en voix, c’est celui en terme d’élus qui est catastrophique : les deux partis communistes passent ainsi de 153 élus en 2006 dans les assemblées provinciales à seulement 26 aujourd’hui !
La baisse de moyens causés par cette chute aura des conséquences sur l’activité du Pdci et du Prc.

Et par-dessus tout, les comportements suicidaires continuent : ainsi Le secrétaire du Pdci, Di Liberto, vient-il exclure du parti le dirigeant de la principale minorité du parti, Marco Rizo, député européen sortant, sous prétexte de manque de participation à la campagne des européennes , en vraie pour avoir dénoncé la collusion du secrétaire avec un membre de la loge P2, preuve photographique à l’appuie!

Caius

Image : Guérin Pierre Narcisse (1774 - 1833), La mort de Caton d'Utique. Huile sur toile. Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts.

dimanche 14 juin 2009

Après les élections européennes



Je ne reviendrai pas sur les élections en France dont le principal enseignement reste la très faible participation, surtout des jeunes, des ouvriers et des employés. Le "Front de Gauche" progresse très légèrement sur le score du PCF en 2004, passant de 2 à 4 députés

Juste quelques remarques sur les scores des autres partis de tradition communiste en Europe.
Le parti communiste grec, le KKE, est autour des 8,75 %, en léger recul par rapport aux européennes de 2004, mais au dessus de leur très bon score des législatives de 2007. Il reste la troisième force derrière le Pasok et Nouvelle Démocratie et ce malgré de la présence d'une liste "concurrente" de gauche, Syriza, pour qui les sondages promettaient il y a quelques mois monts et merveilles et qui reste à 4,7%, en dessous de leur score des législatives, et de l'émergence des Verts (là aussi les sondages les mettaient devant le KKE, il sont avec 3.49% derrière Syriza).
Au Portugal, l'alliance CDU entre PCP et vert a légèrement progressé à 10.66%, mais c'est le Bloc de Gauche (fusion de trois organisation d'extrême gauche en 79) qui créé l'évènement en passant devant le CDU avce 10,73% et qui passe de 1 à 3 eurodéputés. Parallèlement le PS fait un mauvais score.
En Tchéquie, avec 14,18 %, le KSCM reste le troisième parti tchèque en améliorant son score des législatives de 2006 (12,85 %) mais recule sur les européennes de 2004 (plus de 20 % et 6 députés).

Les exemples portugais, grecque et tchèque (et aussi de l'AKEL à Chypre) sont intéressants et ont au moins un point commun : ils s'agit de trois (ou quatre) partis communistes nationaux, qui n'ont jamais rompus le fil de leur histoire en tant que partis communistes et dans leur rapport avec leur peuple.
Cela prouve aussi que des partis communistes non rénovés/refondés/mutés/dépassés, maintiennent pour le moins des positions significatives (même si en recul net par rapport à leur période de gloire, sauf l'AKEL mais dont la situation est dominé par la question nationale). Remarquons que les trois autres partis qui avaient des caractéristiques similaires aux partis précités, le PCF, le PCI et, à un moindre niveau, le PCE, plus ils ont muté plus ils sont en difficultés! Et à cet égard, c'est celui qui, malgré tout, n'a pas complètement rompu le fil de son histoire communiste, le PCF, qui s'en sort le moins mal. Je reviendrai de manière plus approfondie sur le score de la liste des communistes unis en Italie, qui ne réussit pas à passer la barre des 4% et perd toute représentation parlementaire européenne... tous comme les bertinotiens scissionnistes qui se présentaient avec les verts et les socialiste dans la liste Sinistra e libertà...

Aucune des expériences d'organisation post communiste ne peut faire la preuve d'une réussite politique durable et significative. Quant au bloc de gauche au Portugal (dont l'émergence n'empêche pas la progression de la coalition autour du PCP), il n'est pas de tradition communiste et par certains côté est plus proche du NPA que des communistes social-démocratisés à la Syriza.

Mais je pense que la situation grecque ou portugaise est inatteignable à court terme en France, compte tenu de tout ce qui a été détruit dans le PCF. Il ne suffit pas d'avoir une ligne juste pour progresser ou retrouver des scores significatifs: une fois que des fils ont été rompus avec le peuple et la classe ouvrière, cela est difficile et long (pas impossible) de les renouer. Encore en faut-il avoir la volonté...

Caius

Image : Johann Henrich Füssli (1741-1825), Les Etoliens implorant Méléagre de défendre la cité de Calydon, (1776), sanguine, Musée du Louvre

mercredi 3 juin 2009

Pourquoi je vote Front de Gauche aux élections européennes.


Les élections européennes risquent de connaître un taux d'abstention majeur le 7 juin prochains. Par certains côtés ce n'est pas une mauvaise nouvelle. Cela veut dire qu'une grande partie du peuple refuse objectivement de donner un véritable crédit au "machin" européen qu'est le Parlement. Non qu'il soit complètement dénué de pouvoir, mais simplement parce que, quelques soit le résultat des élections cela n'entrainera aucun changement politique notable dans les politiques mises en œuvre au niveau de l'Union. Théoriquement, comme l'affirme le PS français, le Parlement Européen pourrait, au mieux, écarter M Baroso, ancien "maoïste" convertis aux libéralisme économique et à la défense des intérêt capitaliste, mais outre que cette perspective est impossible compte tenu du ralliement de nombreux partis socialiste à un renouvèlement du mandat du président de la Commission, de toute manière cela ne changerait pas grand chose...
Il faut donc avoir une haute conscience de son devoir électoral pour se mobiliser pour une élection où ne se pose réellement aucun enjeu de pouvoir... juste de contre pouvoir...
Et même franchis ces préventions admettons que le discours des partis de gauches, et même de ceux qui soutenait le Non au référendum sur la Constitution Européenne, manque de pertinence.

Mais, pour ma part, plutôt que de choisir l'abstention, je choisis de soutenir les listes du Front de Gauche.
D'abord parce c'est le seul moyen d'élire des députés se revendiquant encore du communisme au Parlement européens. Parce que le Parlement européen est aussi un lieu de travail permanent avec les autres forces communistes et de gauches, parce qu'ils peuvent être le porte-voix des luttes sociales et des organisations de travailleurs dans les institutions européennes.Mais aussi parce qu'il n'est plus possible de laisser au seul parti socialiste le monopole de la représentation à gauche.
Bien que je regrette , encore une fois, que cette démarche politique , un peu abusivement appelée "de front", soit en fait purement électoraliste et plus un slogan qu'une construction d'une alternative politique; Que les références au communiste disparaissent dans les outils de campagne et dans la manière dont la presse en parle; Que ne soit pas menée une critique radicale de la construction européenne actuelle; Que ne soient pas évacuées certaines ambigüités concernant le risque d'une disparition d'une force communiste autonome dans un conglomérat vaguement "de Gauche"; Malgré cela, Je pense qu'un bon score du Front de Gauche contribuera à maintenir "l'hypothèse communiste" dans le champ politique et électoral, à contribuer d'offrir une autre alternative à la social démocratie que celle, stérile à mes yeux, du NPA.
Un bon score du Front de Gauche donnera une base malgré tout plus solide pour la constitution d'un vrai front populaire et de classe pour une alternative vraiment progressiste aux réponses réactionnaires à la crise du capitalisme.

C'est peu, mais c'est déjà pas si mal...

Caius

mardi 19 mai 2009

Discrimination à l'Education Nationale


Le 7 juin prochains auront lieu les élections européennes. Loin du discours béat sur la liberté de circulation et la citoyenneté européenne, voici un témoignage sur comment les européens eux-mêmes peuvent être traités par une institution si française et si républicaine : l'Education Nationale. Une émission de Radio France internationale revient sur ce sujet :

"Travailler dans un autre pays d'Europe : de jeunes enseignantes allemandes et italiennes licenciées par l'éducation nationale"
Le droit des européens à s’expatrier et exercer sa profession dans un autre pays de l’union est il toujours respecté ? En France, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité a été saisie après que plusieurs jeunes enseignantes allemandes ou italiennes aient été licenciées et non titularisées.
un reportage pour RFI par Catherine Potet.
le lien pour écouter l'émission(5mn)


Image : William Blake (1757-1827), The Blasphemer, aquarelle sur papier, Tate Gallery, Londre

samedi 9 mai 2009

Qualcuno era comunista

Une des dernière chanson de Giorgio Gaber mort en 2003: "Quelqu'un était communiste..."


"Qualcuno era comunista perché era nato in Emilia.
Quelqu'un était communiste parce qu'il était né en Emilie
Qualcuno era comunista perché il nonno, lo zio, il papà. .. la mamma no.
Quelqu'un était communiste parce que le grand père, l'oncle,le père...la mère, non.
Qualcuno era comunista perché vedeva la Russia come una promessa, la Cina come una poesia, il comunismo come il paradiso terrestre.
Quelqu'un était communiste parce qu'il avait vu la Russie comme une promesse, la Chine comme une poésie, le communisme comme le paradis terrestre.
Qualcuno era comunista perché si sentiva solo.
Quelqu'un était communiste parce qu'il se sentait seul.
Qualcuno era comunista perché aveva avuto una educazione troppo cattolica.
Quelqu'un était communiste parce qu'il avait eu une éducation trop catholique.
Qualcuno era comunista perché il cinema lo esigeva, il teatro lo esigeva, la pittura lo esigeva, la letteratura anche. . . lo esigevano tutti.
Quelqu'un était communiste parce que le cinéma l'exigeait, le théatre l'exigeait, la peinture l'exigeait, la littérature aussi... tout l'exigeait.
Qualcuno era comunista perché glielo avevano detto.
Quelqu'un était communiste parce que quelqu'un le lui avait dit.
Qualcuno era comunista perché non gli avevano detto tutto.
Quelqu'un était communiste parce qu'on ne lui avait pas dit tout.
Qualcuno era comunista perché prima… prima…prima… era fascista.
Quelqu'un était communiste parce que avant..avant...avant... il avait été fasciste.
Qualcuno era comunista perché aveva capito che la Russia andava piano, ma lontano.
Quelqu'un était communiste parce qu'il avait compris que la Russie allait lentement mais surement.
Qualcuno era comunista perché Berlinguer era una brava persona.
Quelqu'un était communiste parce que Berlinguer était une brave personne.
Qualcuno era comunista perché Andreotti non era una brava persona.
Quelqu'un était communiste parce qu'Andreotti n'était pas une brave personne.
Qualcuno era comunista perché era ricco ma amava il popolo.
Quelqu'un était communiste parce qu'il était riche mais qu'il aimait le peuple.
Qualcuno era comunista perché beveva il vino e si commuoveva alle feste popolari.
Quelqu'un était communiste parce qu'il avait bu le vin et avait assisté aux fêtes populaires.
Qualcuno era comunista perché era così ateo che aveva bisogno di un altro Dio.
Quelqu'un était communiste parce que même s'il était athée, il avait besoin d'un autre Dieu.
Qualcuno era comunista perché era talmente affascinato dagli operai che voleva essere uno di loro.
Quelqu'un était communiste parce qu'il était tellement fasciné par les ouvriers qu'il voulait être un des leurs.
Qualcuno era comunista perché non ne poteva più di fare l'operaio.
Quelqu'un était communiste parce qu'il n'en pouvait plus d'être ouvrier.
Qualcuno era comunista perché voleva l'aumento di stipendio.
Quelqu'un était communiste parce qu'il voulait l'augmentation des salaires
Qualcuno era comunista perché la rivoluzione oggi no, domani forse, ma dopodomani sicuramente.
Quelqu'un était communiste parce que la révolution aujourd'hui, non, demain, peut être, mais après demain surement.
Qualcuno era comunista perché la borghesia, il proletariato, la lotta di classe...
Quelqu'un était communiste parce que la bourgeoisie, le prolétariat, la lutte des classes...
Qualcuno era comunista per fare rabbia a suo padre.
Quelqu'un était communiste pour faire enrager son père.
Qualcuno era comunista perché guardava solo RAI TRE.
Quelqu'un était communiste parce qu'il regardait seulement la RAI 3
Qualcuno era comunista per moda, qualcuno per principio, qualcuno per frustrazione.
Quelqu'un était communiste par mode, quelqu'un par principe, quelqu'un par frustration.
Qualcuno era comunista perché voleva statalizzare tutto.
Quelqu'un était communiste parce qu'il voulait tout étatiser.
Qualcuno era comunista perché non conosceva gli impiegati statali, parastatali e affini.
Quelqu'un était communiste parce qu'il ne connaissait pas les entreprises publiques, para publiques et assimilées.
Qualcuno era comunista perché aveva scambiato il materialismo dialettico per il Vangelo secondo Lenin.
Quelqu'un était communiste parce qu'il avait échangé le matérialisme dialectique pour l'évangile selon Lénine.
Qualcuno era comunista perché era convinto di avere dietro di sé la classe operaia.
Quelqu'un était communiste parce qu'il était convaincu d'appartenir à la classe ouvrière.
Qualcuno era comunista perché era più comunista degli altri.
Quelqu'un était communiste parce qu'il était plus communiste que les autres.
Qualcuno era comunista perché c'era il grande partito comunista.
Quelqu'un était communiste parce qu'il y avait un grand parti communiste.
Qualcuno era comunista malgrado ci fosse il grande partito comunista.
Quelqu'un était communiste malgré ce qui fut le grand parti communiste
Qualcuno era comunista perché non c'era niente di meglio.
Quelqu'un était communiste parce qu'il n'y avait rien de mieux.
Qualcuno era comunista perché abbiamo avuto il peggior partito socialista d'Europa.
Quelqu'un était communiste parce que nous avons eu le pire parti socialiste d'Europe.
Qualcuno era comunista perché lo Stato peggio che da noi, solo in Uganda.
Quelqu'un était communiste parce qu'un Etat pire que le nôtre on le voit seulement en Ouganda.
Qualcuno era comunista perché non ne poteva più di quarant'anni di governi democristiani incapaci e mafiosi.
Quelqu'un était communiste parce qu'il n'en pouvait plus de quarante années de gouvernements démocrates chrétiens incapables et mafieux.
Qualcuno era comunista perché Piazza Fontana, Brescia, la stazione di Bologna, l'Italicus, Ustica eccetera, eccetera, eccetera…
Quelqu'un était communiste parce que la Piazza Fontana, Brescia, la gare de Bologne, l'Italicus, Ustica etc. etc.
Qualcuno era comunista perché chi era contro era comunista.
Quelqu'un était communiste parce que celui qui s'opposait était communiste.
Qualcuno era comunista perché non sopportava più quella cosa sporca che ci ostiniamo a chiamare democrazia.
Quelqu'un était communiste parce qu'il ne supportait plus cette chose sale qu'on s'obstine à appeler démocratie.
Qualcuno credeva di essere comunista, e forse era qualcos'altro.
Quelqu'un croyait être communiste et en fait était quelque chose d'autre.
Qualcuno era comunista perché sognava una libertà diversa da quella americana.
Quelqu'un était communiste parce qu'il souhaitait une liberté différente de celle des américains.
Qualcuno era comunista perché credeva di poter essere vivo e felice solo se lo erano anche gli altri.
Quelqu'un était communiste parce qu'il croyait pouvoir vivre heureux seulement si les autres l'était aussi.
Qualcuno era comunista perché aveva bisogno di una spinta verso qualcosa di nuovo. Perché sentiva la necessità di una morale diversa. Perché forse era solo una forza, un volo, un sogno era solo uno slancio, un desiderio di cambiare le cose, di cambiare la vita.
Quelqu'un était communiste parce qu'il a besoin d'une impulsion vers quelque chose de nouveau. Parce qu'il avait besoin d'une autre morale. Parce que peut-être que c'était juste une force, un vol, un rêve c'était juste une impulsion, un désir de changer les choses, de changer la vie.
Sì, qualcuno era comunista perché, con accanto questo slancio, ognuno era come… più di sé stesso. Era come… due persone in una. Da una parte la personale fatica quotidiana e dall'altra il senso di appartenenza a una razza che voleva spiccare il volo per cambiare veramente la vita.
No. Niente rimpianti. Forse anche allora molti avevano aperto le ali senza essere capaci di volare…come dei gabbiani ipotetici.
Oui, parce que quelqu'un était communiste, avec à côté cette dynamique, tout le monde était ainsi ... au delà de lui-même. Il était comme ... deux personnes en une. D'une part, la personne du labeur quotidien et de l'autre le sentiment d'appartenance à une race qui voulait s'envoler pour vraiment changer la vie.

Non aucun regrets. Peut-être même alors beaucoup avaient ouvert les ailes sans pouvoir voler comme des mouettes hypothétique.
E ora? Anche ora ci si sente come in due. Da una parte l'uomo inserito che attraversa ossequiosamente lo squallore della propria sopravvivenza quotidiana e dall'altra il gabbiano senza più neanche l'intenzione del volo perché ormai il sogno si è rattrappito. Due miserie in un corpo solo"
Et maintenant? Même maintenant, on a l'impression d'être deux. D'une part, l'homme inséré qui se soumet à la misère de sa survie quotidienne et de l'autre la mouette sans même plus l'intention de voler parce que maintenant le rêve s'est écrasé... deux misères dans un seul corps.

Traduction : Caius

L’Italie Comme l’Afrique du Sud ?


Le député Matteo Salvini chef du groupe de la Ligue du Nord au conseil communal de Milan, vient de proposer, lors de la présentation des candidats de son parti pour les prochaines élections, de réserver des wagons du métropolitain aux seuls milanais. Il prend prétexte de l’insécurité que subiraient, d’après lui, les citoyens de sa ville, en particuliers les femmes, pour faire cette provocation.
Raffaella Piccinni, candidate du même parti pour les élections provinciales, préférait, elle, se « limiter » à des wagons réservés aux extra communautaires. ‘Cela serait plus sur » affirme- t’elle… Même principe d’apartheid; mais si l’un distingue entre milanais et les autres, l’une privilégie la distinction entre européens et non européens...

Réaction très dure même du Président de la chambre Gianfranco Fini” Une proposition de ce genre ne peut se faire parce qu’elle viole la Constitution et la dignité de la personne”.Paroles sévères, qui accompagnent le coeur des critiques issues non seulement de la gauche, qui dénonce le racisme de la Ligue, mais aussi du Pdl, principal parti de la majorité de droite.
Face aux attaques. Matteo Salvini recule mais sans se renier: Pour lui, il ne s’agit pas d’une mesure à portée immédiate, “ma mesure sera valable seulement dans une dizaine d’années, si les conditions de sécurité ne changent pas dans le métro” explique t-il.. “Et elle sera valable pour les milanais quelque soit leur race ou leur couleur.. Et ceux qui me critiquent n’ont jamais pris certaines lignes à risque. Qu’ils le fassent et ils changeront d’idée!” affirme le député de la Ligue.

dimanche 26 avril 2009

Alerte, alerte ! le démon, le démon !!

Alerte ! alerte ! - le démon, le démon !!! Anges purs, anges radi-eux, portez mon âme au sein des cieux ! (Faust, Gounod, acte V, air de Marguerite)" :

Ces dernières semaines un débat s'est développé autour du dernier ouvrage de Domenico Losurdo publié en Italie (Stalin, Storia e critica di una leggenda nera, Carocci). Ce livre que je n'ai pas encore lu, mais qui semble revenir sur des thèmes chers au philosophe italien que l'on pourra retrouver sur des ouvrages traduit en français comme La fuite de l'histoire , ou Le révisionnisme en histoire, apporte quelques éléments de réflexion sur un des moments les plus importants du communisme au 20ème siècle, celui de la période stalinienne. Vu l'indigence de la production française en la matière (mais pas anglosaxonne), espérons que cet ouvrage trouve une traduction dans notre langue
On trouvera ci-dessous, traduit par Marie Ange Patrizio, une réponse de Domenico paru sur
il manifesto, le quotidien Liberazione ayant refusé à l'auteur le droit de réponse après avoir publié 4 articles critiquant, ou attaquant violemment son dernier livre (on pourra lire une note de lecture de cet ouvrage sur Reveil communiste).

L’ « utopie abstraite » et mon Staline

Dans sa polémique avec mon dernier livre , sans même réussir, d’ailleurs, à écrire correctement mon nom, Rina Gagliardi [1] fait une affirmation péremptoire, selon laquelle je serais « revenu occuper le rôle d’intellectuel de référence du Prc ». En réalité, sur quatre numéros consécutifs, Liberazione a pris mon livre pour cible, parfois avec des critiques légitimes exprimées par deux intellectuels estimés (Liguori et Prestipino), dans d’autres cas avec des insultes énoncées par certains membres de la rédaction. Après quoi, on a refusé au soussigné le droit de réponse. L’affirmation de Gagliardi peut être retournée : ce n’est pas moi « l’intellectuel de référence du Prc », mais ce sont les deux intellectuels hôtes de « Liberazione » qui constituent le point de référence de Gagliardi qui, de fait, dans sa façon de démolir mon livre, reprend les arguments qu’ils ont utilisés.

S’ils ne sont pas nouveaux, ces arguments sont-ils au moins valides ? Je serais, dans ma lecture de l’histoire du mouvement communiste, responsable d’ « historicisme justificateur » (Liguori) ou de « mauvais historicisme » et de « justificationnisme » (Gagliardi). En vérité, à propos de Katyn, mon livre parle de « crime » et de « crime injustifiable » (p. 259) [2]. En ajoutant cependant que les USA ne peuvent pas s’ériger en maîtres de moralité du fait que, au cours de la guerre de Corée [3], ils se sont rendus responsables d’un Katyn à bien plus grande échelle. N’est-il licite de démasquer, dans ce domaine comme dans d’autres, l’hypocrisie morale qui nourrit la bonne conscience et la mission impériale et belliciste de l’Occident ?
De façon plus générale, après avoir souligné l’influence de l’état d’exception dans la tragédie de la Russie soviétique, mon livre fait observer qu’«est indubitable le rôle joué aussi par l’idéologie » et par « les
couches intellectuelles et politiques » exprimés par le bolchevisme (p.104-105). Si ce n’est que l’idéologie que je prends pour cible est l’ « utopie abstraite », c’est-à-dire l’aspiration messianique à un monde caractérisé par la disparition de l’Etat, de la religion, de la nation, du marché et de la monnaie. Liguori (et Gagliardi aussi, je crois) défend au contraire l’idéologie que je critique en tant qu’« abstraite », et prend pour cible d’autres objectifs, mais n’explique pas pourquoi mon approche serait plus « justificatrice » que la sienne. Dans tous les cas, mon approche me semble plus correcte. Si nous réfléchissons à la tragédie (et l’horreur) dans l’histoire de la Russie soviétique, malgré les gigantesques processus d’émancipation qu’elle a engendrés au niveau mondial, nous sommes obligés de nous demander : l’attente de l’extinction de l’Etat a-t-elle rendu plus facile ou plus difficile la construction de l’Etat de droit ? Le poids funeste que la prétention d’effacer toute forme de marché et de circulation de la monnaie a eu dans le Cambodge de Pol Pot est incontestable.

Dans la reconstruction de l’histoire de l’URSS on aime, à gauche, prendre Staline comme bouc émissaire. J’ai procédé différemment : en partant des éléments de messianisme présents chez Marx, et aggravés par l’horreur due à la boucherie de la première guerre mondiale, j’ai analysé les faiblesses de la plate-forme théorique de la direction bolchevique dans son ensemble ainsi que les contradictions et la guerre civile qui font rage en son sein : toutes choses qui prolongent l’état d’exception, portant ainsi à l’extrême la violence qui est impliquée dans l’état d’exception. Oui, Staline apparaît moins affecté que d’autres par l’ « utopie abstraite », mais il me semble que, en mettant en question (avec des modalités différentes) tous les protagonistes de ce chapitre de l’histoire, sans en exclure même Marx, mon approche est moins consolatoire (et moins « justificatrice ») que l’autre, qui se limite à diaboliser un seul de ces protagonistes, et pour le reste, retient que tous les autres seraient innocents : de sorte que les communistes pourraient renouer tranquillement avec 1924, l’année fatale de l’ascension de Staline au pouvoir : Heri dicebamus ! (Comme nous disions hier… [4] De fait, on agite contre moi une catégorie dont le sens n’est jamais éclairci. Gramsci « justifie » le jacobinisme ; sur « il manifesto » et sur « Liberazione » on a parfois « justifié » la Révolution culturelle, qui aujourd’hui est souvent dépeinte dans les teintes les plus sombres : ce serait faire preuve de dogmatisme que d’attribuer, sans entrer au cœur des chapitres d’histoire discutés un par un, l’historicisme authentique à soi même et l’ « historicisme justificateur » et « mauvais » à ceux qui ne seraient pas d’accord ! Restent entiers les angoissants dilemmes moraux qui caractérisent les grandes crises historiques. Reprenant, en y souscrivant, la prévision de Boukharine, mon livre fait remarquer que la collectivisation des terres imposée d’en haut et de l’extérieur (et l’industrialisation à marche forcée qui va avec) provoque une gigantesque « nuit de la Saint Barthélemy ». Par ailleurs, cependant, une série d’éminents historiens réaffirme de nos jours la thèse formulée en son temps par le grand A. Toynbee, selon laquelle ce qui a rendu possibles Stalingrad et la défaite infligée à la barbarie nazie est le parcours accompli par l’URSS « de 1928 à 1941 ». Les dilemmes moraux ne se posent pas que pour la Russie de Staline. Nous voyons de quelle manière un éminent philosophe, M. Walzer, justifie (au moins dans leur phase initiale) les bombardements terroristes déclenchés par les anglo-étasuniens au cours de la seconde guerre mondiale : le danger de triomphe du Troisième Reich détermine une « urgence suprême », un « état de nécessité » ; et bien, il convient de prendre acte du fait que « la nécessité ne connaît pas de règles ». Certes, des bombardements qui ont pour but de tuer et terroriser la population civile sont un crime, et pourtant : « J’ose dire que notre histoire serait effacée et notre avenir compromis, si je n’acceptais pas d’assumer le poids de la criminalité ici et maintenant » ; les dirigeants d’un pays « peuvent se sacrifier eux-mêmes dans le but de défendre la loi morale, mais ils ne peuvent pas sacrifier leurs propres concitoyens ». Pourquoi, dans leur campagne contre l’ « historicisme justificateur » et « mauvais », mes critiques ne s’en prennent-ils pas en premier lieu au philosophe étasunien ?

Cet article est disponible dans l’édition de dimanche 19 avril de il manifesto Traduction M-A Patrizio

[1] Ancienne co-directrice de Liberazione, ex-député, ex-PRC, fait partie aujourd’hui de la tendance qui, autour de Nicky Vendola, a fondé un nouveau parti « de gauche » en préconisant d’enlever le mot « communiste ». (Les notes sont de la traductrice)

[2]« Au contraire de la collectivisation de l’agriculture et de l’industrialisation à étapes forcées, le massacre des officiers polonais, décidé par le groupe dirigeant soviétique et réalisé à Katyn en mars-avril 1940, est un crime en soi. (…). La situation était devenue assez difficile : le péril menaçait que l’URSS en tant que telle ne fut engloutie par la guerre, et les cercles occidentaux qui pensaient à un renversement du régime stalinien ne manquaient pas. C’est ce « grave problème de sécurité » qui fait précipiter l’ « horrible décision » (Roberts, 2006).(…) Mais même s’il est injustifiable, le crime dont nous nous occupons à présent ne renvoie pas à des caractéristiques particulières de la personnalité de Staline. Qu’on pense au crime dont s’entache le général étasunien Patton quand, débarquant en Sicile, il ordonne de tuer des soldats italiens qui, après une dure résistance, se rendent. S’il s’agit ici d’une infamie de dimensions plus réduites, il faut cependant garder à l’esprit que ce n’est pas une préoccupation pour la sécurité du pays qui l’a provoquée, mais bien l’esprit de vengeance ou peut-être même le mépris racial. C’est-à-dire qu’il s’agit dans ce cas d’un délit pour des motifs abjects ».Losurdo, p. 259. Stalin, storia e leggenda di una leggenda nera )

[3]« La guerre de Corée est en cours. Du Nord sauvagement bombardé, une masse de réfugiés arrive au sud. Comment sont-ils accueillis ? « L’armée étasunienne avait comme politique de tuer les civils qui s’approchaient de la Corée du sud » : les victimes étaient « pour la plupart des femmes et des enfants » mais on craignait que ne soient infiltrés parmi eux des nord coréens, même si dans les enquêtes sur l’un des cas les plus informés (les tueries qui ont eu lieu à No Gun Ri), « aucune preuve d’ennemis infiltrés n’a été recueillie ».

[4]L’expression latine indique une façon d’évoquer la période comme si le temps écoulé n’était qu’un petit intervalle sans aucune importance

Image : Sir Thomas LAWRENCE (1769-1830), Satan et Belzébuth debout, de face, dominant des nuées enflammées, Paris, musée du Louvre, Département des Arts Graphiques

lundi 20 avril 2009

Unité des communistes en Italie...


Ce samedi 18 avril 4000 personnes s'étaient rassemblées Piazza Navona à Rome, pour écouter les leaders de de la liste communiste et anticapitaliste qui rassemble, sous un même emblème au couleur du drapeau rouge marqué de la faucille et du marteau, les candidats de Rifondazione comunista (Prc), du parti des communistes italiens (Pdci), ainsi que de socialismo 2000 et des "Consommateurs unis".
Cette liste marque les retrouvailles des deux partis communistes rivaux. Pour une part, si cela correspond à une aspiration forte d'une grande partie de la base communiste (dans ou hors partis), malgré tout nécessité a fait loi. En effet, pour la première fois, un seuil électoral de 4% a été institué pour les européennes. Aller séparément c'était donc prendre le risque de voir, après l'assemblée nationale, les communistes italiens exclus du Parlement européen.
C'est cette nouvelle unité des communistes qui a entrainé une n-ième scission de Rifondazione comunista. Et cette fois c'est la plus grande partie de la minorité Bertinotienne qui , autour de Nicky Vendola, candidat malheureux au poste de secrétaire général lors du derniers congrès du Prc, mais aussi l'avant dernier secrétaire franco Giordano ainsi que l'ancien secrétaire charismatique et médiatique Fausto Bertinotti, a quitté le parti et fondé une nouvelle organisation: Il Movimento per la Sinistra.
Leur préférence allant à un rassemblement de toute la gauche dans une démarche de dépassement de l'identité strictement communiste, ils participent donc à la liste Sinistra e Libertà (gauche et liberté) qui rassemble, outre leur mouvement, les socialistes néo craxiens, issus du vieux Parti socialiste italien, Sinistra democratica (issus des DS ayant refusés de rejoindre le Parti démocrate), la fédération des Verts ainsi que d'une petite scission du Pdci (Unire la Sinistra).
Les sondages sont favorables à la liste communiste, créditée de 4,5 à 5% des suffrages, cependant que Sinistra e libertà reste en dessous du seuil électoral avec 2,5 à 3%.
Si ces scores marquent en tout cas une progression par rapport aux législatives et les résultats calamiteux de "la gauche Arc en ciel", ceux ci restent à un étiage bas. Plus largement c'est l'ensemble de la gauche et du centre gauche qui est en recul. Si le parti de l'ancien procureur Di Pietro, l'Italie des valeurs, se voit promettre un score honorable de 7,5%, le Parti démocrates semble promis un véritable désastre avec, comme prévision les plus optimiste, un score inférieur à 25%, soit 10 points de moins qu'aux élections législatives de l'an dernier.
Quand à la Droite, rassemblée dans le nouveau parti de la liberté autour de Silvio Berlusconi, elle progresse avec plus de 42 % et plus de 9% pour le parti raciste et xénophobe de la Ligue du Nord.
La droite semble plus forte que jamais. Il est à craindre que, plus que le score des communistes unis, cela soit le fait important des prochaines élections européennes.

Caius

mardi 7 avril 2009

près de 3 millions de manifestant à Rome à l'appel de la CGIL

Sous le mot d'ordre Futuro si, indietro no (le futur oui, non au retour en arrière), la CGIL, le premier syndicat italien, a rasssemblé samedi 4 avril, venant de toute l'Italie, sur le site du circo massimo à Rome, près de 3 millions de salariés, précaires, retraités, universitaires, étudiants et lycéens en lutte etc. 3 millions contre la politique du gouvernement Berlusconi, contre sa passivité face à la crise.

Alors que la droite semble triomphante, que Berlusconi parade dans son nouveau parti unique de la droite, que le Parti démocrate s'enfonce chaque jour un peu plus dans l'insignifiance, le syndicalisme de classe restera-t-il la seule opposition significative dans le pays?

En tous cas savourons les images de cette manifestation et la marée de drapeaux rouges, frappés pour certains de la faucille et du marteau... sur l'air de Bella ciao par les Modena City Ramblers...

dimanche 5 avril 2009

Nicolas Sarkozy, la destruction de l’Université et le choléra mental du journal Le Monde

Publié par LGB, dans Le Grand Barnum

Quand Nicolas Sarkozy s’est lancé dans ce qu’il est convenu d’appeler la “réforme” des Universités, il a bien évidemment choisi de reprendre la méthode qui lui était déjà familière et qui avait fait ses preuves en termes de capacité de nuisance, de négation de la démocratie et de piétinement du pacte social.

Assisté d’une Dame Pécresse que sa totale méconnaissance du monde de la recherche et de l’enseignement supérieure qualifiait plus que tout autre pour cette tâche, Notre Président n’a donc pas montré la moindre hésitation.

Pour “réformer”, il fallait tout d’abord n’engager aucune consultation et s’empresser d’oublier ceux qui font tourner la boutique. Car dans ce pays, on ne “réforme” par une institution, on “réforme” contre elle.

Ensuite, il fallait désinformer. Pour salir. Salir l’institution elle-même, salir ceux qui y travaillent, salir ceux qui y étudient et s’y forment. On parviendrait ainsi à mettre en place l’unique levier de gouvernement employé dans ce pays depuis le grand malheur de mai 2007: désigner une catégorie de la population à la vindicte du bon peuple, lancer quelques sondages aux questions convenablement orientées et utiliser les beuglements des micros-trottoirs pour justifier la suppression, au choix, des archaïsmes, des privilèges, du bouclier fiscal, des rigidités, des paresses, des incompétences, des inutilités, des gaspillages…

Les chercheurs et les enseignants-chercheurs ont ainsi fourni une cible de choix. Paresseux, incompétents, semi-idiots, gauchistes, ils ne refusent évidemment la “réforme” que par pur corporatisme, par pur intérêt de classe, c’est un vrai scandale, voyez vous ça mère Michu, tout ce rebut de gauchistes pervers, qui ont le front d’être plus diplômés que vous et moi, et qu’on paie à ne rien faire…

On pouvait faire confiance au Grand Café du Commerce français pour répercuter cette vision fine et mesurée. Cracher sur les profs tout en en se tapant sur les cuisses, entre deux renvois biereux, trois invectives contre les sans-papiers et quatre déclarations définitives sur la crise et le PSG, voilà qui est plutôt en phase avec le niveau de subtilité philosophique et politique dans lequel plus d’une décennie de ramollissement chiraquien a fait tomber ce pays. Tendez le petit bout de la lorgnette à la France, elle se hâtera d’y regarder

La où la gêne devient réelle, c’est quand un journal qui se prétend “de référence” oublie que le journalisme consiste à aller enquêter pour éclairer ses lecteurs et en vient à considérer qu’informer équivaut à étudier le réel pour y découvrir, à la surprise de tous, la confirmation de la vision officielle et gouvernementale.

Dans un article navrant publié dans Le Monde daté d’aujourd’hui et intitulé “Les facs mobilisées voient leur image se dégrader“, trois journalistes (Christian Bonrepaux, Benoît Floc’h et Catherine Rollot) présentent ce qu’ils appellent une “enquête” menée dans trois facs mobilisées, Montpellier III, Rennes II et Toulouse-Le Mirail.

Lire lasuite de l'article sur leblog : Le grand Barnum

samedi 28 mars 2009

De quoi la Palestine est-elle le nom?


Voici publié, sur le blog du Monde Diplomatique, un article de mise au point d'Alain Gresh sur ceux qui regrettent la polarisation sur l'occupation israélienne de la Palestine.:

La guerre israélienne contre Gaza de l’hiver 2008-2009 a soulevé une immense émotion et de puissantes mobilisations à travers le monde. Elle a provoqué de vifs débats autour de la légitimité de cette offensive, des crimes commis, de l’avenir – et même de la possibilité – de la paix entre Palestiniens et Israéliens. Une question a aussi ressurgi : pourquoi la Palestine ? Pourquoi suscite-t-elle tant d’émoi, tant d’invectives, tant de manifestations ? Après tout, la planète connaît des guerres plus meurtrières, que ce soit au Darfour ou au Congo ; des oppressions au moins aussi dévastatrices, que ce soit au Tibet, en Tchétchénie ou en Birmanie ; des dénis aussi scandaleux du droit à la liberté, qui concernent le sort des intouchables en Inde, celui des Nubiens au Kenya ou des Indiens dans divers pays d’Amérique latine.

Que se cache-t-il donc derrière cette focalisation sur la Palestine ? Pour certains, la réponse ne fait aucun doute : c’est la présence des juifs, la haine contre eux qui est le moteur de cet intérêt malsain. La critique de l’Etat d’Israël et de sa politique servirait de feuille de vigne à l’antisémitisme éternel.

Même sans partager ce point de vue réducteur, la question « Pourquoi la Palestine ? » est légitime. Elle offre même un intérêt dans la mesure où elle permet de réfléchir à la place centrale que ce conflit occupe aujourd’hui sur la scène mondiale, au même titre que ceux du Vietnam dans les années 1960-1970 et de l’Afrique du Sud dans les années 1970-1980 (lire ci-dessous « Du Vietnam à l’Afrique du Sud »).

La Palestine a désormais pris le relais. Pourquoi ? Parce que, en ce début de XXIe siècle, elle cristallise un moment de l’histoire des relations internationales : dernier « fait » colonial né du partage des empires, elle symbolise la persistance de la relation inégale entre le Nord et le Sud – comme le conflit du Vietnam ou celui de l’Afrique du Sud –, mais aussi la volonté de sa remise en cause. Elle est le paradigme d’une injustice jamais réparée. L’implication des États-Unis, principale puissance mondiale, et d’Israël, principale puissance régionale, conforte son enjeu mondial. (...)"

lire la suite de l'article sur le blog Nouvelles d'Orient

mercredi 18 mars 2009

Racisme d'Etat en Italie

par Anna Maria Rivera - Il Manifesto 14- 03-09

La “préférence nationale” était un slogan du Front National français en vogue dans les années 80. Mais le Front National est un parti d’extrême droite qui n’a jamais participé à un gouvernement. Aujourd’hui, alors que deux ministres de la République italienne – d’abord Bossi, et aujourd'hui le plus mesuré Sacconi – proposent la préférence nationale, respectivement en matière de logement et en matière de travail saisonnier, c'est une chose qui donne le frisson.

Non seulement se confirme ce que nous craignions : la sortie par la droite de la crise, mais on peut s'attendre à ce que le tournant réactionnaire soit poursuivi activement et encouragé.

Déjà aujourd’hui se met en place un dispositif de fond, celui qui vise à détourner l’inquiétude face au futur et le malaise populaire contre les plus faibles d’entre les faibles: les roms et les migrants les plus précaires.

La construction des mesure sur « l’urgence viol”, avec comme corolaire la mise au pilori d’innocents érigés au rang de monstres, montrés du doigt et voués à la vengeance publique à travers les médias, sert à cela : à encourager le “racisme des petits blancs”, parce que ceux qui voient menacés leurs propres et rares privilèges peuvent ainsi passer leur frustration et leur rage sur ceux qui sont socialement les plus proches d’eux, mais juste en dessous.

La gestion autoritaire et raciste de la crise économique exige un état- d'exception permanent. Et ceux qui le subissent se ne sont pas seulement les étrangers et les membres des minorités, mais la majorité des citoyens italiens eux mêmes.

Le « paquet sécurité » contient des mesures de persécution contre les “étrangers” et aussi les comportements minoritaires et réprime la dissidence, le conflit social et la liberté d’expression.
Il va jusqu'à conférer au Ministère de l'intérieur la faculté de dissoudre les groupes “subversifs” et d'obscurcir les sites web qui invitent à “désobéir à la loi”. Dans cette stratégie, le cercle vicieux du racisme d’état – racisme médiatique, xénophobie populaire – occupe une position centrale : s’il réprime la dissidence et le conflit social, dans le même temps, avec l’aide décisive des média, on indique des boucs émissaires vers lesquels il est possible d’orienter la protestation des couches populaires victimes de la crise économique. Les boucs émissaires à leur tour sont rendus plus vulnérables et plus exposés aux effets de la crise, de la privation du logement et du travail, mais par dessus tout soumis à des normes persécutrices qui visent à les humilier, les marginaliser, les déshumaniser, en niant leurs droits humains élémentaires : le droit à la santé et à la famille, le droit de ramener de l’argent à la maison et même de reconnaître leurs propres enfants

Il y a moyen et moyen pour sortir d’une crise, qui est certes globale, mais pèse particulièrement sur des pays comme l’Italie, dévastés par des politiques néolibérales et par la faiblesse et l’incohérence des système de protections sociales. Obama cherche une direction de sortie par la solidarité et la cohésion sociale, par l’augmentation des droits des plus faibles, par la défense des minorités. La droite italienne, qui détient le gouvernent et les pouvoirs, indique une direction faite “d’agressivité” et de racisme , et espère ainsi que les rancœurs et les conflits horizontaux leur permettront de rester au sommet. Cela est advenu plus d’une fois au cours de l’Histoire. Mais le fait est que c’est un schéma classique qui ne nous rassure pas.