samedi 12 avril 2008

Un appel qui vient d'Italie contre la campagne anti-chinoise


Un appel lancé par Losurdo, Vattimo, D'Orsi, Canfora et d'autres

Appel : Une campagne indigne de démonisation de la République populaire de Chine est en cours.

Une campagne indigne de démonisation de la République populaire de Chine est en cours. A la direction et à l’orchestre sont les gouvernements et les organes de presse plus que jamais décidés à avaliser le martyr interminable du peuple palestinien et toujours prêt à déchainer et approuver les guerres préventives comme celle qui, en Irak, a déjà provoqué des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés.

Ils agitent la bannière de l’indépendance (camouflée sous le terme « d’autonomie ») du Tibet, mais si cet objectif était obtenu alors on verrait le même mot d’ordre lancé aussi pour le « Grand Tibet » (un territoire trois fois plus vaste que le Tibet proprement dit) et puis pour le Xinjiang, pour la Mongolie intérieure pour la Mandchourie et pour d’autres régions encore. La réalité est que dans son projet fou de domination planétaire, l’impérialisme vise le démembrement d’un pays qui depuis plusieurs siècles s’est constitué sur une base multiethnique et multiculturelle et qui voit aujourd’hui cohabiter 56 ethnies. Ce n’est certes pas le Tiers monde qui promeut cette croisade, lui qui regarde la Chine avec sympathie et admiration, mais l’Occident qui à partir de la guerre de l’opium avait précipité le grand pays asiatique dans le sous développement et dans une immense tragédie, de laquelle un peuple, qui représente le cinquième de l’humanité, a pu finalement sortir

Sur la base de mots d’ordre analogues à ceux qu'on hurle contre la Chine, on pourrait promouvoir le démembrement de nombreux pays européens : parmi lesquels l’Angleterre, la France, l’Espagne et surtout l’Italie où ne manque pas les mouvements qui revendiquent la « libération » et la sécession de la Padanie.

L’Occident, qui se pose en Saint Siège de la religion des droits humains, n’a rien dit sur les pogroms antichinois qui le 14 mars à Lhassa ont coûté la vie à des civils innocents y compris des vieillards, des femmes et des enfants. Alors qu’il proclame être à la tête de la lutte contre le fondamentalisme, l’Occident déforme de la manière la plus grotesque la réalité du Tibet du passé (fondé sur la théocratie et sur l’esclavage et sur le servage de masse) et se prosterne devant un Dieu-roi engagé à construire un Etat sur la base de la pureté ethnique et religieuse (même une mosquée a été prise d’assaut à Lhassa) en annexant à cet État des territoires qui, oui, sont habités par des Tibétains, mais qui n’ont jamais été administré par un Dalai Lama : c'est le projet du Grand Tibet fondamentaliste cher à ceux qui veulent mettre en crise le caractère multiethnique et multiculturel de la République Populaire Chinoise pour pouvoir mieux la démembrer.

A la fin du 19ème siècle en Chine, à l'entrée de la concession occidentale était bien visible l’écriteau « entrée interdite aux chiens et aux Chinois » ; Cet écriteau n’a pas été enlevé, il a seulement subi quelques modifications, comme le démontre la campagne visant à saboter ou à entraver de quelques manière que ce soit les Jeux olympiques de Pékin : « entrée des Olympiades interdites aux chiens et aux Chinois ». La croisade anti-chinoise en cours est en pleine continuité avec la longue et infâme tradition impérialiste et raciste.

Domenico Losurdo, filosofo
Gianni Vattimo, filosofo
Luciano Canfora, storico
Carlo Ferdinando Russo, direttore della rivista "Belfagor"
Angelo d’Orsi, storico

/...

(traduction caius Gracchus)

liste des signataires et l'appel en italien sur le site http://www.appellocina.blogspot.com/

vendredi 4 avril 2008

Elections en Italie : que va-t-il se passer à gauche ?

Dans un climat morose et de faible intérêt des italiens pour la campagne électorale, les élections à la Chambre et au Sénat semblent se réduire à un duel entre deux partis : celui de Silvio Berlusconi, qui a rallié l’Alliance nationale de Gianfranco Fini, ainsi que la ligue du Nord et les autonomiste sicilien, et qui est donné largement gagnant, et le Parti Démocrate, autour de la candidature de Walter Veltroni.

Seuls deux autres coalitions semble pouvoir émerger d’une bipolarisation accentuée : Celle autour de l’UDC de Pier ferdinando Casini qui tente de recréer, au centre droit, une force Démocrate chrétienne et la tentative unissant les gauches au sein de la Gauche Arc en ciel , avec Fausto Bertinotti, le président de la chambre et leader de Rifondazione Comunista, comme candidat à la présidence du Conseil.
Même si la faucille et le marteau ne disparaissent pas complètement (comme symbole électoral) avec le présence de la liste Sinistra Critica, issue d’une scission de certains courants trotskiste de Rifondazione Comunista, il n’ y aura pas, pour la première fois depuis la guerre, de parti communiste se présentant sous ses propres couleurs devant les électeurs …

Si les partis de gauche - Parti des communistes italien (Pdci), Rifondazione, les Verts et les démocrates de gauches - se présentent sous une seule bannière, celle de la Gauche Arc en ciel, cette unité ne survivra sans doute pas aux prochaines élections ; En effet il y a, à gauche, deux projets inconciliables :

- D’un côté celui de la création d’un nouveau parti de gauche abandonnant la référence au communisme, bref comme dit Achile Ochetto, le fossoyeur du PCI, « la réalisation du projet que j’avais en tête à la Bolognina » (du nom du lieu ou se tint le congrès de liquidation du PCI).
Sur cette ligne, la gauche démocratique, qui se revendique de la social démocratie, de Fabio Mussi , Armando Cossuta qui a quitté le Pdci (qu’il avait fondé), le groupe dirigeant de Rifondazione avec Bertinotti très en pointe sur cette question et quelques petits groupe dans l’orbite du PRC ralliés dans le projet de Sinistra Europea.

- Et de l’autre, celui qui souhaite le maintient d’une autonomie du courant se référant au communisme même s'il ne s'oppose pas à des alliances et la constitution d'une force au sein de laquelle chacun garde son identité. (ligne similaire pour les Verts qui sont majoritairement pour le maintient de leur autonomie et opposés au parti unique)
Sur cette ligne, le secrétaire du Pdci Oliviero Di Liberto. Ainsi que, à Rifondazione, les courant de l’Ernesto (dont les sortants -un sénateur et un député- ou tout leur représentant ont été évincé des listes ), et Essere Comunisti, ainsi que de large fraction de l’ancienne majorité bertinottienne.

Bien sur le débat n’est pas entièrement tranché. Cela dépendra aussi des résultats de la Gauche Arc en Ciel aux élections. Les sondages sont nettement au dessous du potentiel électoral des forces qui la constituent (dispersées elles avaient rassemblées autour de 10 % des suffrages lors des précédentes élections).
En tout cas tout laisse à penser que Rifondazione ne survira pas à son prochain congrès et qu’à côté du nouveau parti « arc en Ciel » un nouveau parti communiste va émerger. Les élections européennes (là ou il n’existe pas de barrage en pourcentage pénalisant les petits partis) permettront-elles de voir les premiers pas électoraux de cette nouvelle formation?

Caius Gracchus


Pour compléter cet article on peut lire un texte de Leonardo Masella, responsable exécutif de la tendance L'ERNESTO, traduit en français par Réveil communiste : BERTINOTTI DE LA RIFONDAZIONE COMUNISTA A LA RIFONDAZIONE SOCIALISTA

jeudi 3 avril 2008

Le Tibet, l’impérialisme et la lutte entre progrès et réaction


Encore un article fulgurant de Domenico Lossurdo sur le Tibet. Un Extrait de la deuxième édition de Fuir l’histoire ? La révolution russe et la révolution chinoise aujourd’hui , 2007, éditions Delga Publié sur le site Le Grand Soir

Pour une certaine gauche, les films d’Hollywood sont toujours plus importants que les livres d’histoire et d’analyse critique de la réalité.

1. Les États-Unis, le dalaï-lama et les bouchers indonésiens
Seuls l'intervention de la flotte américaine en 1950 et le recours de Washington dans les années suivantes à la menace nucléaire peuvent empêcher l'armée populaire dirigée par les communistes de compléter la libération et l'unification du pays, en fermant ainsi pour toujours un des chapitres centraux de l'histoire de la « Chine crucifiée ». En plus de la sécession de Taiwan, l'impérialisme cherche aussi à promouvoir celle du Tibet. Et dans ce cas aussi, la gauche montre son caractère subalterne et son manque de mémoire historique. Fut un temps, elle s'engageait dans des lectures sophistiquées et absorbantes, aujourd'hui elle se nourrit seulement de la grande presse d'information et de désinformation. Tout sympathisant et (...)
lire la suite de l'article

mercredi 2 avril 2008

"Elle est belle ma Ferronnière, elle est belle !"


"Au Louvre, la grande braderie continue. Vous êtes millionnaire, vous souhaitez organiser une exposition, rien de plus facile : demandez lui des chefs-d'œuvre, il vous les accordera sans difficulté pourvu que vous payiez suffisamment. Seule la Joconde, paraît-il, n'est pas à louer. Du moins officiellement. Mais les autres Vinci, aucun problème.

Après Lens, Atlanta ou Abou Dhabi, voici donc Vérone. Ou comment louer pendant cinq mois 140 œuvres parmi les plus importantes du musée, sans aucun objectif scientifique. [...]"

lire la suite de l'éditorial du 2 avril de La Tribune de l'art

mardi 1 avril 2008

Le Kosovo : une colonie de l’Otan dans le Nouvel Ordre Mondial

Voici, après quelques articles sur la Chine, un remarquable article de Diana Johnstone sur le Kosovo...

"On se croirait dans le Meilleur des mondes. La machine de propagande occidentale a tourné à plein rendement pour célébrer le dernier miracle de l'Otan : la transformation du Kosovo serbe en Kosova albanais. Par le pouvoir des médias, le fait que les États-Unis se sont emparés sans vergogne d'un territoire d'importance stratégique qui ne leur appartient pas, pour y installer une base militaire gigantesque (Camp Bondsteel), a été transformé en une édifiante légende de « libération nationale"...

Lire la suite sur Le grand soir

Illustration : fresque du monastère de Décani (14e s, Kosovo)

lundi 31 mars 2008

Chine ,Tibet et bonne concience....

Toute la campagne autour des évènements du Tibet et le discours sur le boycott des jeux Olympiques de Pékin commence à sérieusement m’agacer. Et ce qui m’agace encore plus c’est position de nombres de militants de "gauche" et d’extrême gauche qui se rallie à la campagne pro Dalai lama et mouvement indépendantiste tibétain.

Non pas que j’ai une particulière connivence avec la réalité chinoise. Mais je ne supporte pas qu’on juge les réalités des autres à l’aune de nos désirs et de nos fantasmes. La Terre et les autres pays ne sont pas un terrain de jeux pour les militants de “gauche” européens. Et je ne crois pas que nous ayons des leçons à donner à un pays, par exemple la Chine, qui a été écrasé et dépecé par les nations européennes, nos pays.

En outre on oublie complètement au passage comment nos révolutions dont nous, militants de gauche, sommes si fières se sont battis sur des répressions et une brutalité (révolutionnaires et contre révolutionnaires) d’une violence inouïe.

Mais non voilà que la « gauche » française si vertueuse reprend l’étendard du Dalai Lama (grand progressiste comme chacun sait…) et proclame son amour du Tibet. Il est dommage que tous ces “citoyens” qui signent pour le Tibet je ne les ai pas vu signer contre les 1000 soldats supplémentaires en Afghanistan, contre le massacre bien réel des africains qui essaie d’immigrer par terre air ou mer en Europe, contre les centaines de milliers de morts en Irak.

Et je dois être un peu bizarre parce que, plutôt que de suivre les militants de « gauches » français qui font d’ailleurs plutôt la preuve pour le moins de leur impuissance à changer l’ordre actuel en France (s’ils n’en sont pas les complice plus ou moins conscient), je préfère regarder la position de ceux qui ne se payent pas de mots, progressistes ou pas, qui savent concrètement ce que veut dire la morsure de l’impérialisme : Et si on regardait la position des Castro, Chavez, Lulla des dirigeants asiatiques, des dirigeants du tiers monde, enfin ceux pas complètement vendu à l’impérialisme, sur la Chine et la situation au Tibet?

Mais dit on ici ou là « si il y a eu émeutes au Tibet c’est qu’il y a problème politique » Qui peut le nier ? pas même les dirigeants chinois en tout cas… Bien sur que les émeutes ont toujours une cause et leur caractère montre le degré de frustration, de colère ou de désespoir de ceux qui y ont participé. Mais cela veut-il dire qui ‘il faut se rallier, même en toute bonne conscience humaniste, sans voir les stratégies en œuvre dans la région et qui dépassent le simple enjeux de la répression des émeutes et du respect de l’identité traditionnelle?

Et si avant de séparer le bien et le mal, du haut de notre arrogance occidentale nous essayions de comprendre? Avons nous vraiment des leçons à donner?

Il faut je crois en finir avec cette formule, répétée à l’infinie par certains militants de gauche et d’extrême gauche, celle de “liberté des peuples à disposer d’eux même”. D’abord parce qu’elle plaque la réponse qui fut trouvé au 19ème en Europe pour régler son compte à l’ancien régime, sur des réalités entièrement différentes. Il faut aujourd’hui prendre cette formule pour ce qu’elle est : une application néo colonialiste d’un imaginaire européen. (Un peu comme les colonialistes allemands, tout imprégnés de leur visions racistes qui séparaient Hutus et Tutsi…)
Il fut se rendre compte, au moins depuis Hitler, que cette formule sert à détruire les ensembles nationaux au profit d’une vision ethnique des états (là au profit du grand état allemand et de ses intérêts propres). Personne mieux que les nazis (mais il s’agit d’une politique allemande antérieur, pas spécifiquement nazi) ne surent utiliser les aspiration “nationales” de tels ou tels peuples pour liquider les états nations de l’est de l’Europe.

Car la question de fond c’est qu’il n’existe pas un état au monde où ne se pose pas la question des “minorités nationales”. Donc le problème n’est pas de se demander s’il existe une identité culturelle tibétaine, elle existe et d’ailleurs même les autorités chinoises le reconnaissent, le problème c’est de ce demander qui décide d’exciter ou non les minorités et leurs revendications (voire de les créer de toute pièce).
Si les Etats-Unis décidaient de soutenir résolument les corses, les bretons, les alsaciens ou les flamands qui dit que la France ne se trouverait pas devant des problèmes majeurs de revendication nationales?

Enfin la réponse à la question de l’adhésion ou non des tibétains dans leur majorité à une revendication nationale en confrontation avec la Chine, elle se trouve dans l’étude des faits eux mêmes: malgré la répression, si cette revendication était majoritaire nous assisterions à un mouvement de masse qui n’existe pas et qui n’a jamais existé au Tibet. Pour le moment, les revendications nationales tibétaines sont très minoritaires, et c’est un choix de les aider à devenir ou non, sinon majoritaires, du moins significatives en terme numérique. Rappelons que ce choix, celui de vouloir dépecer un état souverain en poussant les revendications nationales d’une minorité interne, est non seulement illégal, mais aussi immoral et irresponsable. On voit au Kosovo la conséquence d’un tel choix…

Et enfin selon certains militant de gauche, cela serait faire un cadeau à l’impérialisme que de refuser de soutenir la lutte des tibétains. Peut être ont-ils raison de se révolter, je ne sais pas. Mais il y a une chose que je sais c’est qu’il n’y a pas de meilleurs cadeaux à faire à l’impérialisme que de se rallier à ses mots d’ordre explicite.

Caius

samedi 22 mars 2008

"La Chine, le Tibet et le Dalaï Lama" Un article de 2003 de Domenico Losurdo

Célébré et transfiguré par la cinématographie hollywoodienne, le Dalaï Lama continue sans aucun doute à jouir d’une vaste popularité : son dernier voyage en Italie s’est terminé solennellement par une photo de groupe avec les dirigeants des partis de centre-gauche, qui ont ainsi voulu témoigner estime et révérence à l’égard du champion de la lutte de « libération du peuple tibétain».

Mais qui est réellement le Dalaï Lama ? Disons déjà, pour commencer, qu’il n’est pas né dans le Tibet historique, mais dans un territoire incontestablement chinois, très exactement dans la province de Amdo qui, en 1935, année de sa naissance, était administrée par le Kuomintang. En famille, on parlait un dialecte régional chinois, si bien que notre héros apprend le tibétain comme une langue étrangère, et est obligé de l’apprendre à partir de l’âge de trois ans, c’est-à-dire à partir du moment où, reconnu comme l’incarnation du 13ème Dalaï Lama, il est enlevé à sa famille et enfermé dans un couvent, pour être soumis à l’influence exclusive des moines qui lui enseignent à se sentir, à penser, à écrire, à parler et à se comporter comme le Dieu-roi des Tibétains, c’est-à-dire comme Sa Sainteté.

1. Un « paradis » terrifiant

Je tire ces informations d’un livre (Heinrich Harrer, Sept ans au Tibet, diverses éditions en français autour du film de J-J. Annaud, je reprends ici la notation des pages de l’auteur de l’article dans la version italienne du livre, chez Mondadori, NdT) qui a même un caractère semi-officiel (il se conclut sur un « Message » dans lequel le Dalaï Lama exprime sa gratitude à l’auteur) et qui a énormément contribué à la construction du mythe hollywoodien. Il s’agit d’un texte, à sa façon, extraordinaire, qui réussit à transformer même les détails les plus inquiétants en chapitres d’histoire sacrée. En 1946, Harrer rencontre à Lhassa les parents du Dalaï Lama, qui s’y sont transférés désormais depuis de nombreuses années, abandonnant leur Amdo natal. Cependant, ceux-ci ne sont toujours pas devenus tibétains : ils boivent du thé à la chinoise, continuent à parler un dialecte chinois et, pour se comprendre avec Harrer qui s’exprime en tibétain, ils ont recours à un « interprète ». Certes leur vie a changé radicalement : « C’était un grand pas qu’ils avaient réalisé en passant de leur petite maison de paysans d’une province chinoise reculée au palais qu’ils habitaient à présent et aux vastes domaines qui étaient maintenant leur propriétés ». Ils avaient cédé aux moines un enfant d’âge tendre, qui reconnaît ensuite dans on autobiographie avoir beaucoup souffert de cette séparation. En échange, les parents avaient pu jouir d’une prodigieuse ascension sociale. Sommes-nous en présence d’un comportement discutable ? Que non. Harrer se dépêche immédiatement de souligner la « noblesse innée » de ce couple (p. 133) : Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il s’agit du père et de la mère du Dieu-roi ?
Mais quelle société est donc celle sur laquelle le Dalaï Lama est appelé à gouverner ? Un peu à contrecœur, l’auteur du livre finit par le reconnaître : « La suprématie de l’ordre monastique au Tibet est absolue, et ne peut se comparer qu’avec une dictature. Les moines se méfient de tout courant qui pourrait mettre en péril leur domination ». Ce n’est pas seulement ceux qui agissent contre le « pouvoir » qui sont punis mais aussi « quiconque le met en question » (p. 76). Voyons les rapports sociaux. On dira que la marchandise la plus bon marché est celle que constituent les serfs (il s’agit, en dernière analyse d’esclaves). Harrer décrit gaiement sa rencontre avec un haut- fonctionnaire : bien que n’étant pas un personnage particulièrement important, celui-ci peut cependant avoir à sa disposition « une suite de trente serfs et servantes » (p.56). Ils sont soumis à des labeurs non seulement bestiaux mais même inutiles : « Environ vingt hommes étaient attachés à la ceinture par une corde et traînaient un immense tronc, en chantant en cœur leurs lentes mélopées, et avançant du même pas. En nage, et haletants, ils ne pouvaient pas s’arrêter pour reprendre leur souffle, car le chef de file ne l’autorisait pas. Ce travail terrible fait partie de leur impôt, un tribut de type féodal ». Ç’aurait été facile d’avoir recours à la roue, mais « le gouvernement ne voulait pas la roue » ; et, comme nous le savons, s’opposer ou même seulement discuter le pouvoir de la classe dominante pouvait être assez dangereux. Mais, selon Harrer, il serait insensé de vouloir verser des larmes sur le peuple tibétain de ces années-là : « peut-être était-il plus heureux ainsi » (p.159-160).
Un abîme incommensurable séparait les serfs des patrons. Pour les gens ordinaires, on ne devait adresser ni une parole ni un regard au Dieu-roi. Voici par exemple ce qu’il advient au cours d’une procession :
« Les portes de la cathédrale s’ouvrirent et le Dalaï Lama sortit lentement (…) La foule dévote s’inclina immédiatement. Le cérémonial religieux aurait exigé que l’on se jetât par terre, mais il était impossible de le faire à cause du manque de place. Des milliers de gens se courbèrent donc, comme un champ de blé sous le vent. Personne n’osait lever les yeux. Lent et compassé, le Dalaï Lama commença sa ronde autour du Barkhor (…) Les femmes n’osaient pas respirer ».
La procession finie, l’atmosphère change radicalement :
« Comme réveillée soudain d’un sommeil hypnotique, la foule passa à ce moment-là de l’ordre au chaos (…) Les moines soldats entrèrent immédiatement en action (…) A l’aveuglette, ils faisaient tourner leurs bâtons sur la foule (…) mais malgré la pluie de coups, les gens y revenaient comme s’ils étaient possédés par des démons (…) Ils acceptaient maintenant les coups et les fouets comme une bénédiction. Des récipients de poix bouillante tombaient sur eux, ils hurlaient de douleur, ici le visage brûlé, là les gémissements d’un homme roué de coups ! » (p.157-8).
Il faut noter que ce spectacle est suivi par notre auteur avec admiration et dévotion. Le tout, ce n’est pas un hasard, est compris dans un paragraphe au titre éloquent : « Un dieu lève la mai, en bénissant ». Le seul moment où Harrer a une attitude critique se trouve quand il décrit les conditions d’hygiène et de santé dans le Tibet de l’époque. La mortalité infantile fait rage, l’espérance de vie est incroyablement basse, les médicaments sont inconnus, par contre des médications assez particulières ont cours : « souvent les lamas font des onctions à leurs patients avec leur salive sainte ; ou bien tsampa ( ? NdT) et beurre sont mélangés avec l’urine des saints hommes pour obtenir une sorte d’émulsion qui est administrée aux malades ». (p.194). Ici, même notre auteur dévot et tartuffe a un mouvement de perplexité : même s’il a été « convaincu de la réincarnation du Dieu Enfant » (p. 248), il n’arrive cependant pas à « justifier le fait qu’on boive l’urine du Buddha vivant », c’est-à-dire du Dalaï Lama. Il soulève la question avec celui-ci, mais sans trop de résultats : le Dieu-roi « ne pouvait pas combattre seul de tels us et coutumes, et dans le fond, il ne s’en préoccupait pas trop ». Malgré cela, notre auteur, qui se contente de peu, met de côté ses réserves, et conclut imperturbable : « En Inde, du reste, c’était un spectacle quotidien de voir les gens boire l’urine des vaches sacrées ». (p.294).
A ce point, Harrer peut continuer sans plus d’embarras son œuvre de transfiguration du Tibet prérévolutionnaire. En réalité, celui-ci est lourd de violence, et ne connaît même pas le principe de responsabilité individuelle : les punitions peuvent aussi être transversales, et frapper les parents du responsable d’un délit même assez léger voire imaginaire (p. 79). Qu’en est-il des crimes considérés comme plus graves ? « On me rapporta l’exemple d’un homme qui avait volé une lampe dorée dans un ces temples de Kyirong. Il fut déclaré coupable, et ce que nous aurions nous considéré comme une sentence inhumaine fut exécutée. On lui coupa les mains en public, et son corps mutilé mais encore vivant fut entouré d’une peau de yak mouillée. Quand il arrêta de saigner, il fut jeté dans un précipice » (p. 75). Pour des délits mineurs aussi, par exemple, « jeu de hasard » on peut être puni de façon impitoyable s’ils sont commis les jours de festivité solennelle : « les moines sont à ce sujet inexorables et inspirent une grande crainte, parce que plus d’une fois il est arrivé que quelqu’un soit mort sous la flagellation de rigueur, la peine habituelle » (p. 153). La violence la plus sauvage caractérise les rapports non seulement entre « demi-dieux » et « êtres inférieurs » mais aussi entre les différentes fractions de la caste dominante : on « crève les yeux avec une épée » aux responsables des fréquentes « révolutions militaires » et « guerres civiles » qui caractérisent l’histoire du Tibet prérévolutionnaire (la dernière a lieu en 1947) (p.224-5). Et pourtant, notre zélé converti au lamaïsme ne se contente pas de déclarer que « les punitions sont plutôt drastiques, mais semblent être à la mesure de la mentalité de la population » (p.75). Non, le Tibet prérévolutionnaire est à ses yeux une oasis enchantée de non-violence : « Quand on est depuis quelques temps dans le pays, personne n’ose plus écraser une mouche sans y réfléchir. Moi-même, en présence d’un tibétain, je n’aurais jamais osé écraser un insecte seulement parce qu’il m’importunait » (p.183). Pour conclure, nous sommes face à un « paradis » (p.77). Outre Harrer, cette opinion est aussi celle du Dalaï Lama qui dans son « Message » final se laisse aller à une poignante nostalgie des années qu’il a vécues comme Dieu-roi : « nous nous souvenons de ces jours heureux que nous passâmes ensemble dans un pays heureux » (happy) soit, selon la traduction italienne, dans « un pays libre ».

2. Invasion du Tibet et tentative de démembrement de la Chine

Ce pays « heureux » et « libre », ce « paradis » est transformé en enfer par l’ « invasion » chinoise. Les mystifications n’ont pas de fin. Peut-on réellement parler d’ « invasion » ? Quel pays avait donc reconnu l’indépendance du Tibet et entretenait avec lui des relations diplomatiques ? En réalité, en 1949, dans un livre qu’il publie sur les relations Usa-Chine, le Département d’Etat américain publiait une carte éloquente en elle-même : en toute clarté, aussi bien le Tibet que Taiwan y figuraient comme parties intégrantes du grand pays asiatique, qui s’employait une fois pour toutes à mettre fin aux amputations territoriales imposées par un siècle d’agression colonialistes et impérialistes. Bien sûr, avec l’évènement des communistes au pouvoir, tout change, y compris les cartes géographiques : toute falsification historique et géographique est licite quand elle permet de relancer la politique commencée à l’époque avec la guerre de l’opium et, donc, d’aller vers le démantèlement de la Chine communiste.
C’est un objectif qui semble sur le point de se réaliser en 1959. Par un changement radical en regard de la politique suivie jusque là, de collaboration avec le nouveau pouvoir installé à Pékin, le Dalaï Lama choisit la voie de l’exil et commence à brandir le drapeau de l’indépendance du Tibet. S’agit-il réellement d’une revendication nationale ? Nous avons vu que le Dalaï Lama lui-même n’est pas d’origine tibétaine et qu’il a été obligé d’apprendre une langue qui n’est pas sa langue paternelle. Mais portons plutôt notre attention sur la caste dominante autochtone.
D’une part, celle-ci, malgré la misère générale et extrême du peuple, peut cultiver ses goûts de raffinement cosmopolite : à ses banquets on déguste « des choses exquises provenant de tous les coins du monde » (p.174-5). Ce sont de raffinés parasites qui les apprécient, et qui, en faisant montre de leur magnificence, ne font assurément pas preuve d’étroitesse provinciale : « les renards bleu viennent de Hambourg, les perles de culture du Japon, les turquoises de Perse via Bombay, les coraux d’Italie et l’ambre de Berlin et du Königsberg » (p.166). Mais tandis qu’on se sent en syntonie avec l’aristocratie parasite de tous les coins du monde, la caste dominante tibétaine considère ses serviteurs comme une race différente et inférieure ; oui, « la noblesse a ses lois sévères : il n’est permis d’épouser que quelqu’un de son rang » (p. 191). Quel sens cela a-t-il alors de parler de lutte d’indépendance nationale ? Comment peut-il y avoir une nation et une communauté nationale si, d’après le chantre même du Tibet prérévolutionnaire, les « demi-dieux » nobles, loin de considérer leurs serviteurs comme leurs concitoyens, les taxent et les traitent d’ « êtres inférieurs » (p. 170 et 168) ?
D’autre part, à quel Tibet pense le Dalaï Lama quand il commence à brandir le drapeau de l’indépendance ? C’est le Grand Tibet, qui aurait du rassembler de vastes zones hors du Tibet proprement dit, en annexant aussi les populations d’origine tibétaine résidant dans des régions comme le Yunnan et le Sichuan, qui faisaient partie depuis des siècles du territoire de la Chine et qui furent parfois le berceau historique de cette civilisation multiséculaire et multinationale. C’est clair, le Grand Tibet représentait et représente un élément essentiel du projet de démantèlement d’un pays qui, depuis sa renaissance en 1949, ne cesse de déranger les rêves de domination mondiale caressés par Washington.

Mais que serait-il arrivé au Tibet proprement dit si les ambitions du Dalaï Lama s’étaient réalisées ? Laissons pour le moment de côté les serfs et les « êtres inférieurs » à qui, bien entendu, les disciples et les dévots de Sa Sainteté ne prêtent pas beaucoup d’attention. Dans tous les cas, le Tibet révolutionnaire est une « théocratie » (p.169) : « un européen est difficilement en mesure de comprendre quelle importance on attribue au plus petit caprice du Dieu-roi ». Oui, « le pouvoir de la hiérarchie était illimité » (p.148), et il s’exerçait sur n’importe quel aspect de l’existence : « la vie des gens est réglée par la volonté divine, dont les interprètes sont les lamas » (p.182). Evidemment, il n’y a pas de distinction entre sphère politique et sphère religieuse : les moines permettaient « aux tibétaines les noces avec un musulman à la seule condition de ne pas abjurer » (p.169) ; il n’était pas permis de se convertir du lamaïsme à l’Islam. Comme la vie matrimoniale, la vie sexuelle aussi connaît sa réglementation circonspecte : « pour les adultères, des peines très drastiques sont en vigueur, on leur coupait le nez » (p. 191). C’est clair : pour démanteler la Chine, Washington n’hésitait pas à enfourcher le cheval fondamentaliste du lamaïsme intégriste et du Dalaï Lama.
A présent, même Sa Sainteté est obligé d’en prendre acte : le projet sécessionniste a largement échoué. Et voilà apparaître des déclarations par lesquelles on se contenterait de l’ « autonomie ». En réalité, le Tibet est depuis pas mal de temps une région autonome. Et il ne s’agit pas que de mots. En 1988 déjà, tout en formulant des critiques, Foreign Office, la revue étasunienne proche du Département d’Etat, dans un article de Melvyn C. Goldstein, avait laissé passer quelques reconnaissances importantes : dans la Région Autonome Tibétaine, 60 à 70 % des fonctionnaires sont d’ethnie tibétaine et la pratique du bilinguisme est courante. Bien sur, on peut toujours faire mieux ; il n’en demeure pas moins que du fait de la diffusion de l’instruction, la langue tibétaine est aujourd’hui parlée et écrite par un nombre de personnes bien plus élevé que dans le Tibet prérévolutionnaire. Il faut ajouter que seule la destruction de l’ordre des castes et des barrières qui séparaient les « demi-dieux » des « êtres inférieurs » a rendu possible l’émergence à grande échelle d’une identité culturelle et nationale tibétaine. La propagande courante est l’envers de la vérité.
Tandis qu’il jouit d’une ample autonomie, le Tibet, grâce aussi aux efforts massifs du gouvernement central, connaît une période d’extraordinaire développement économique et social. Parallèlement au niveau d’instruction, au niveau de vie et à l’espérance moyenne de vie, s’accroît aussi la cohésion entre les différents groupes ethniques, comme confirmé entre autres par l’augmentation des mariages mixtes entre hans (chinois) et tibétains. Mais c’est justement ce qui va devenir le nouveau cheval de bataille de la campagne anti-chinoise. L’article de B. Valli sur La Repubblica du 29 novembre 2003 en est un exemple éclatant. Je me bornerai ici à citer le sommaire : « L’intégration entre ces deux peuples est la dernière arme pour annuler la culture millénaire du pays du toit du monde ». C’est clair, le journaliste s’est laissé aveugler par l’image d’un Tibet à l’enseigne de la pureté ethnique et religieuse, qui est le rêve des groupes fondamentalistes et sécessionnistes. Pour en comprendre le caractère régressif, il suffit de redonner la parole au chroniqueur qui a inspiré Hollywood. Dans le Tibet prérévolutionnaire, en plus des tibétains, et des chinois, « on peut rencontrer aussi des ladaks, des boutans (orthographe non garantie, NdT), des mongols, des sikkimais, des kazakhs, etc ». Les népalais sont aussi largement présents : « Leurs familles demeurent presque toujours au Népal, où eux-mêmes rentrent de temps en temps. En cela ils se différencient des chinois qui épousent volontiers des femmes tibétaines, et mènent une vie conjugale exemplaire ». (p. 168-9). La plus grande « autonomie » qu’on revendique, on ne sait d’ailleurs pas très bien si pour le Tibet à proprement parler ou pour le Grand Tibet, devrait-elle comporter aussi la possibilité pour le gouvernement régional d’interdire les mariages mixtes et de réaliser une pureté ethnique et culturelle qui n’existait même pas avant 1949 ?

3. La cooptation du Dalaï Lama en Occident et dans la race blanche et la dénonciation du péril jaune

L’article de Repubblica est précieux car il nous permet de cueillir la subtile veine raciste qui traverse la campagne anti-chinoise actuelle. Comme il est notoire, dans sa recherche des origines de la race « aryenne » ou « nordique » ou « blanche », la mythologie raciste et le Troisième Reich ont souvent regardé avec intérêt l’Inde et le Tibet : c’est de là qu’allait partir la marche triomphale de la race supérieure. En 1939, à la suite d’une expédition de SS, l’autrichien Harrer arrive en Inde du Nord (aujourd’hui Pakistan) et, de là, pénètre au Tibet. Lorsqu’il rencontre le Dalaï Lama, il le reconnaît immédiatement, et le célèbre, comme membre de la race supérieure blanche : « Sa carnation était beaucoup plus claire que celle du tibétain moyen, et par certaines nuances plus blanche même que celle de l’aristocratie tibétaine » (p. 280). Par contre, les chinois sont tout à fait étrangers à la race blanche. Voilà pourquoi la première conversation que Sa Sainteté a avec Harrer est un événement extraordinaire : celui-ci se trouve « pour la première fois seul avec un homme blanc » (p. 277). En tant que substantiellement blanc le Dalaï Lama n’était certes pas inférieur aux « européens » et était de toutes façons « ouvert aux idées occidentales » (p. 292 et 294). Les Chinois, ennemis mortels de l’Occident, se comportent bien autrement. C’est ce que confirme à Harrer un « ministre–moine » du Tibet sacré : « dans les écritures anciennes, nous dit-il, on lisait une prophétie : une grande puissance du Nord fera la guerre au Tibet, détruira la religion et imposera son hégémonie au monde » (p.114). Pas de doute : la dénonciation du péril jaune est le fil conducteur du livre qui a inspiré la légende hollywoodienne du Dalaï Lama.
Revenons à la photo de groupe qui a mis un terme à son voyage en Italie. On peut considérer comme physiquement absents mais bien présents du point de vue des idées Richard Gere et les autres divas de Hollywood, inondés de dollars pour la célébration de la légende du Dieu-roi, venu du mystérieux Orient. Il est désagréable de l’admettre mais il faut en prendre acte : tournant le dos depuis quelques temps à l’histoire et à la géographie, une certaine gauche se révèle désormais capable de ne plus s’alimenter que de mythes théosophiques et cinématographiques, sans plus prendre de distances même avec les mythes cinématographiques les plus troubles.

Publié dans « L’Ernesto. Rivista Comunista », n° 5, novembre/décembre 2003, p. 54-57.
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio pour le Grand Soir

mardi 18 mars 2008

La situation au Tibet et la nature des informations

Les informations que nous avons actuellement en occident émanent pour l’essentiel de Radio Free, une radio financée par les Etats-Unis, Radio free Europe et Radio free Asie. Les informations officielles venues de Chine confirment partiellement leurs dires, tout aurait commencé par des manifestations de moines mais aurait dégénéré en violences . En revanche des informations gouvernementales chinoises disent que les morts sont des commerçants chinois massacrés par des bandes organisées et elles infirment les thèses du tir par la police chinoise.

Jeudi 13 mars 2008, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, avait accusé les manifestants de “chercher à déclencher des troubles sociaux“..Samedi en marge des travaux de l’Assemblée Nationale chinoise , l’agence Chine Nouvelle a décrit ainsi la situation: “Les manifestations de moines bouddhistes tibétains contre le pouvoir chinois qui ont dégénéré vendredi à Lhassa ont fait 10 morts, et aucun étranger ne figure parmi les victimes.”

Le chef du gouvernement régional du Tibet, Champa Phunstok, a affirmé que les forces de l’ordre n’avaient pas tiré. “Nous n’avons pas ouvert le feu, cependant nous serons sévères avec ces criminels dont les activités visent à diviser la Nation“, a déclaré samedi Champa Phunstok à l’Associated Press en marge de la session annuelle du Congrès national du Peuple, l’assemblée législative chinoise. Selon Chine Nouvelle, “la plupart des victimes étaient des commerçants“.

Selon les informations de radio Free: des manifestations emmenées par des moines bouddhistes tibétains contre le pouvoir chinois ont dégénéré vendredi à Lhassa, la capitale tibétaine mais des témoins auraient fait état de tirs des forces de sécurité, de véhicules et de commerces incendiés.

Lire la suite de cet intéressant article de Danielle Bleitrach sur son site

jeudi 6 mars 2008

Après la mort de Reyes...

Pas trop le temps de publier en ce moment : je suis en plein déménagement...
Mais je tiens à signaler ce passionnant article de Danielle Bleitrach sur les coups fourrés du président Colombien Uribe...

"Révélations : Il y avait des négociateurs français, Uribe et les Etats-Unis et le camouflet à la france

Il est clair que la Colombie et les Etats Unis ont beaucoup de mal à expliquer qu’il y aurait connivence entre Chavez , Correa et les FARC pour pratiquer le terrorisme international. D’abord parce que d’autres pays étaient impliqués non seulement la France mais, les Espagnols et les Suisses. Nous allons voir jusqu’à quel point. Et d’autre part la thèse de la lutte contre le terorisme international, qui justifierait tout de la part des Etats-Unis, a du mal à passer dans le sous continent Amérique latine. Ce sous continent ne cesse de subir le terrorisme d’Etat des Etats-Unis, qui soit directement, soit par le biais d’hommes de main qu’ils protègent comme Posada Carriles, assassinent des hommes d’Etat, destabilisent des gouvernements élus et installent des assassins formés à leur école.

Il faut bien mesurer que ce qui s’est passé en Equateur a soulevé l’indignation générale .En France, les médias aux ordres ont bien tenté de faire porter le chapeau de la crise andine à Chavez, aux FARC ou à tout autre victime (1) mais de toute la planète est venue la réprobation. Les Etats-Unis paraissent bien isolés avec leurs alliés criminels et voyous, Israël et La Colombie. Car ce qui vient de se passer à Gaza crée un contexte, des rapprochements: la Colombie ne serait-elle pas l’équivalent d’Israël pour l’Amérique latine, un danger permanent pour ses voisins sous couvert d’assurer sa sécurité, un massacreur d’une partie de la population autochtone au nom des droits de l’occident sur les Indigènes.

Notre presse servile tente encore de nous cacher ce qui paraît de plus en plus évident: il y avait des négociateurs français à proximité de Reyes, ils préparaient la venue de Sarkozy.[...]"

La suite de l'article sur le blog de Danielle Bleitrach

mercredi 20 février 2008

Fidel laisse le pouvoir pour continuer le combat

La nouvelle du renoncement de Fidel à ses fonctions de Président du Conseil d’Etat et de Commandant en chef de la révolution a donné lieu à toutes les spéculations habituelles des médias. Pourtant, une fois de plus, Fidel ne fait que ce qu’il a dit depuis toujours : « le jour où je n’aurais plus la capacité de gouverner je quitterai le pouvoir. »

Rarement quelqu’un aura manifesté dans l’exercice des plus hautes charges de l’Etat un tel sens de ses responsabilités, une telle abnégation, un tel oubli de lui-même. Il s’est pendant plus de quarante ans identifié à son peuple. L’image que l’on peut conserver de lui c’est celle de cet homme allant dans les zones les plus perilleuses des cyclones comme pour veiller sur le destin de son île balayée par les tempêtes.

Il a fallu force, courage, détermination pour affronter toutes les tempêtes, mais il a fallu aussi cette immense patience sans laquelle on ne peut être attentif aux humbles, refuser le despotisme du pouvoir, et sutout il lui a fallu cette foi en l’être humain qu’il partageait avec le Che. Jamais exercice du pouvoir fut moins cynique ce qui le rendait encore plus lucide, plus prévoyant.
Cuba est vraiment un monde particulier, celui où peuvent se mêler s’unir ce qui ailleurs divise, celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas, l’orthodoxe et le trotskiste, le communiste et l’altermondialiste, et la volonté, l’optimisme même de Fidel Castro a beaucoup joué dans ce syncrétisme révolutionnaire.

Quel meilleur exemple que cette capacité dès l’origine de la Révolution de savoir s’entourer de compagnons, d’égaux tout en demeurant le leader incontesté, le contraire du bureaucrate, ou du leader paranoïaque qui ne peut tolérer que la médiocrité ? Y a-t-il un autre exemple dans l’histoire de deux frères vivant côte à côte sans que jamais intervienne la moindre crise ? Pour cela il fallait deux révolutionnaires, deux hommes privilegiant le but sur leur propre ego.

La transition se passe là encore en douceur grâce à cette union, elle est déjà là, forgée dans cette année 2007. Fidel, alors même qu’il est à deux doigts de la mort à la fin juillet 2006, prend la peine de mettre en place tout ce qui est prévu de longue date, il peut compter sur son frère, ses vieux compagnons, mais aussi toute la génération de jeunes qui tiennent déjà les rènes de l’Etat. Et le peuple se conduit de la même manière, digne, tranquille.

Alors depuis tant d’années que le monde occidental se pose la même question : que va-t-il advenir du socialisme cubain ? La réponse a été donnée hier par une des plus vieilles crapules étasunienne, John negreponte, le tortionnaire du viet nam, celui du Nicaragua et celui de l’Iraq, celui qui poursuit de sa haine Fidel Castro : « nous ne desserrerons pas le blocus ! » La réponse a été donnée par tous ces médias haineux qui ont continué à vomir sur une des légendes entrée vivante dans l’histoire, sur Fidel le titan cubain, ils n’ont accordé ni à Fidel castro, ni a Cuba socialiste le moindre répit : ils savent bien que le socialisme cubain continue parce qu’il se confond avec l’indépendance, la souveraineté de Cuba.
La souveraineté, la maîtrise sur soi-même comme sur son environnement, voilà ce qui peut caractériser Fidel, il n’a cessé de s’exercer physiquement, moralement, intellectuellement à l’accomplissement de sa tâche, mais ce faisant ce n’était pas de lui qu’il s’agissait mais de son peuple, il s’agissait de le faire accéder à la pleine souveraineté, à l’exercice adulte de l’indépendance et de la démocratie, à un socialisme en pleine croissance, un enfant encore dans les langes sur lequel il faut veiller. Aujourd’hui fidel peut se retirer et se consacrer à l’étude, au débat idéologique qu’il a toujours privilégié puisque comme le dit josé marti tranchée d’idées vallent mieux que tranchée de pierre.

Alors il ne reste plus qu’une chose à dire : quand Fidel et ses compagnons, parmi lesquels déjà Raul, fait la Révolution, Cuba est une colonie des Etats-Unis, ses dirigeants lui sont imposées, le trésorier de la mafia réside à Cuba qui est un gigantesque tripot et un bordel. Quand Fidel quitte le pouvoir, l’île est souveraine, ce qui arrivera dépend des Cubains et d’eux seuls. Le bilan d’une vie et d’un combat qui se poursuit sous d’autres formes.

Danielle Bleitrach*

Danielle Bleitrach est sociologue, universitaire, écrivain, auteur d’une quinzaine de livres dont trois sur Cuba, le dernier écrit avec J.F.Bonaldi, avec la collaboration de Nicole Amphoux : « Cuba, Fidel et le Che ou l’aventure du socialisme » est une analyse des origines à nos jours de l’épopée de la Révolution cubaine et de son influence mondiale à travers la figure exemplaire de Fidel Castro et de ses compagnons.

Pris sur le site : changement de société

vendredi 15 février 2008

"Cher Veltroni, cher Bertinotti chers dirigeants du centre gauche..."

Depuis quelques semaines un climat nauséabond (qui n'a rien à voir avec le scandale des ordures de Naples) se répond en Italie en particulier contre les droits des femmes. Cette campagne a été lancé par Giuliano Ferrarra, le directeur du quotidien de droite Il Foglio (et ancien dirigeant des Jeunesses communistes dans les années 60/70, puis ancien socialiste craxien passé, comme beaucoup, du côté de Berlusconi...) a lancé une campagne demandant un "moratoire sur l'avortement", sur le modèle du moratoire sur la peine de mort adopté par l'ONU en décembre à l'instigation du gouvernement Prodi. Cette campagne "prolife" a été soutenu à plusieurs reprise par l'Église catholique, depuis peu par Berlusconi lui même et, malheureusement, par quelques dirigeants du Centre gauche issus du courant catholique. Les dirigeant du Centre gauche et de la Gauche a priori laïc se distinguent par la faiblesse de leurs réactions.

Le journal Micro mega vient de lancer une pétition interpelant les dirigeants de gauche à ce sujet et qui en quelques heures a déjà rassemblé plusieurs milliers de signatures.

Voici le texte de cet appel traduit et diffusé en France par l'association "Cercle 25 avril":

« Cher Veltroni, cher Bertinotti chers dirigeants du centre gauche, Ca suffit!"

L’offensive cléricale contre les femmes – souvent une véritable croisade bigote – a atteint des niveaux intolérables (suite aux moratoire sur l’avortement proposés par le journal de droite Il Foglio et reprise par les milieux catholiques et par Berlusconi NDT). Mais est également intolérable le manque de réaction des formations du Centre gauche qui apparaît souvent comme de la condescendance, avec la proposition obscène de « moratoire, sur l’avortement » qui traite les femmes comme des meurtrières et des bourreaux, ainsi que la récente injonction (des obstétriciens des hôpitaux romains NDT) de ranimer des fétus ultra prématurés y compris contre la volonté de la mère ( malgré la quasi certitude de malformation très graves). Les corps des femmes sont redevenus des choses, terrain d’affrontement pour le fanatisme religieux, objet sur lesquels exercer le pouvoir. Le 24 novembre dernier 100 000 femmes –complètement auto organisées – ont remplis les rues de Rome pour dénoncer la violence exercé sur les femmes par une culture patriarcale qui a du mal à mourir. Ces agressions cléricales et bigotes sont les dernières, et les plus sournoises, formes d’une même violence, masquée par l’arrogance hypocrites de la « défense de la vie ». Il ne suffit plus, cher dirigeant du centre gauche, de se limiter à dire que "la loi 194 on y touche pas!". Celle-ci est déjà remise en cause dans les faits. Nous exigeons de votre part une position claire et sans appel, qui condamne sans hésitation toutes les tentatives – de quelques chaires elles proviennent – de mettre en danger l’autodétermination des femmes si durement acquise : notre droit à dire le premier et le dernier mot sur notre corps et sur nos grossesses.

Nous exigeons donc que nos programme (pour qu’ils soient aussi les nôtres) soient explicite : si la loi 194 a besoin d’une révision, c’est celle d’éliminer l’objection de conscience, qui empêche toujours plus dans les faits d’exercer notre droit. La pilule RU 486 doit être rendue immédiatement disponible dans toute l’Italie, pour que à un drame ne s’ajoute pas une souffrance désormais évitable. Il faut rendre simple et rapide l’accès à la pilule du lendemain après et avec une série de campagne de contraception dès le collège. Il faut introduire l’enseignement de l’éducation sexuelle dès l’école primaire. Doivent être réalisés des programmes culturels et sociaux en soutient aux femmes immigrés, renforcer les normes et les services de tutelle de la maternité (dans le cadre d’une politique capable d’éradiquer la plaie du travail précaire).

Ce sont pour nous des valeurs non négociables et sur lesquelles nous ne sommes pas disposées à faire des compromis. »

Premières signataires:
Simona Argentieri, Natalia Aspesi, Adriana Cavarero, Isabella Ferrari, Sabina Guzzanti, Margherita Hack, Fiorella Mannoia, Dacia Maraini, Alda Merini, Valeria Parrella, Lidia Ravera, Elisabetta Visalberghi

Pour signer l’appel : www.firmiamo.it/liberadonna

Pour contacter l’association 25 avril : cercle25avril@yahoo.fr

mercredi 6 février 2008

Liquidation...

Giorgio Napolitano, le président de la République italienne, a du s’y résoudre : ses compatriotes vont retourner aux urnes en avril. Et se profile une victoire de la droite conduite par Silvio Berlusconi. Ce ne sont pas les sondages (très mauvais pour le centre gauche), le bilan catastrophique du gouvernement Prodi (d’un point de vue de gauche… la commission européenne était très satisfaite…) qui rendent cette perspective certaine. Non, la victoire de la droite est déjà acquise du fait de la décision du Parti Démocrate de partir seul aux élections, c'est-à-dire sans les verts, les communistes, les démocrates de gauches, et sans les petits partis socialistes et centristes. L’arrogance avec laquelle le nouveau parti traitait ses partenaires gouvernementaux, qui ne sont pas que des groupuscules, avait sans doute déjà précipité la chute de Romano Prodi, elle rend toute perspective de barrer la route à Berlusconi improbable.

Le projet du parti Démocrate est un projet d’éradication de la gauche. Et toutes les tentatives de constitution d'un gouvernement "technique" et de préalable du changement de loi électorale avant de nouvelles élections, était un des éléments majeur de cet objectif. Cette perspective s'appuyait sur l'organisation, prévu originellement en avril mai, d'un référendum "d'initiative populaire" réformant la loi électorale : cela aurait permis d'instaurer un système encore plus anti-démocratique que celui mis en place par Mussolini : avec moins de 30% des voix (les sondages donnent 28% à Berlusconi et 27% au PD) le parti arrivé en tête remporte la majorité et gagne seul. Il s’agit bien d’une machine à éradiquer les petits partis et en particuliers les communistes (Mais aussi les verts, les centristes, et les socialistes…)

L’autre nouvelle, qui n’est pas secondaire, c'est que va peut être disparaitre, pour la première fois à des élections depuis la Libération, le symbole de la faucille et du marteau au profit d'un symbole unique sous lequel se présenterait devant les électeurs les composantes de la nouvelle "Gauche Arc en Ciel". Et les dirigeants du PRC annoncent même la constitution d'un nouveau sujet politique autour de la Cosa rossa, de la gauche Arc en Ciel, dépassant les organisations singulières. Une remise des cartes de la nouvelle organisation pourrait, selon les déclaration du bientôt ex président de la chambre Fausto Bertinotti, commencer rapidement . Pietro Follena, leader de la gauche européenne, a lancé avec 70 associations et réseaux locaux, une série d'initiatives avec comme point fort une campagne de remise des cartes "Nous lançons la remise des cartes d'un parti qui n'existe pas encore, nous allons de l'avant..." a déclaré Follena qui lance un premier rendez de cette campagne dimanche prochain à Rome place Campo di Fiori.

La recomposition s'accère donc avec l'approche des élections anticipées. Mais cette nouvelle organisation, qu'on décrit emphatiquement émergeant de la base et si démocratique, commence en fait par un véritable coup d'état au sein de sa principale composante, Rifondazione Comunista. Hors de toute norme statutaire, le secrétariat du parti, après avoir déjà renvoyé le congrès prévu début 2008, décide de la dissolution de fait du PRC dans la nouvelle organisation. Plus grave sans doute encore, se profile, de manière encore plus radicale que lors de la disparition du PCI, la disparition de toute organisation communiste autonome...

On comprend la révolte de nombreux communistes (aux PDCI, l'autre parti communiste, la perspective de disparition de la référence communiste ne passe pas non plus facilement...). Arriveront-il à permettre le maintient d'un courant communiste autonome en Italie? C'est, sans doute, plus que le retour annoncé de la droite au pouvoir, ce qui doit interroger les progressistes, pas seulement en Italie, ceux qui pensent qu'un au delà le capitalisme est possible.

Caius Gracchus

Illustration : symbole électorale du PSI en 1946... comme quoi la faucille et le marteau ne sont pas des symboles du seul courant communiste...

vendredi 1 février 2008

Le parole sono importanti

Palombella Rossa...

"COMPLAINTE POUR IGNACIO SANCHEZ MEJIAS" , Garcia Lorca

LE COUP DE CORNE ET LA MORT
A cinq heures du soir
Il était juste cinq heures du soir.

Un enfant apporta le blanc linceul
à cinq heures du soir.
Le panier de chaux déjà prêt
à cinq heures du soir.
Et le reste n'était que mort,rien que mort
à cinq heures du soir.
Le vent chassa la charpie
à cinq heures du soir.
Et l'oxyde sema cristal et nickel
à cinq heures du soir.
Déjà luttent la colombe et le léopard
à cinq heures du soir.
Et la cuisse avec la corne désolée
à cinq heures du soir.
Le glas commença à sonner
à cinq heures du soir
Les cloches d'arsenic et la fumée
à cinq heures du soir
Dans les recoins, des groupes de silence
à cinq heures du soir.
Et le taureau seul, le coeur offert!
à cinq heures du soir.
Quand vint la sueur de neige
à cinq heures du soir,
quand l'arène se couvrit d'iode
à cinq heures du soir,
la mort déposa ses oeufs dans la blessure
à cinq heures du soir.
A cinq heures du soir.
Juste à cinq heures du soir.
Un cercueil à roues pour couche
à cinq heures du soir.
Flûtes et ossements sonnent à ses oreilles
à cinq heures du soir.
Déjà le taureau mugissait contre son front
à cinq heures du soir
La chambre s'irisait d'agonie
à cinq heures du soir
Déjà au loin s'approche la gangrène
à cinq heures du soir.
Trompe d'iris sur l'aine qui verdit
à cinq heures du soir
Les plaies brûlaient comme des soleils
à cinq heures du soir
et la foule brisait les fenêtres
à cinq heures du soir.
A cinq heures du soir
Aïe, quelles terribles cinq heures du soir!
Il était cinq heures à toutes les horloges.
Il était cinq heures à l'ombre du soir!

La première partie du poème qu'on peut retrouver en entier et magnifiquement illustré sur une page présentant 69 images pour LA COMPLAINTE POUR IGNACIO SANCHEZ MEJIAS par AUGUST PUIG

Ce message est inspiré par un débat sur la corrida (vous pouvez voir et )