mardi 25 novembre 2008

"Plus un pas en arrière!"



Nous venons de traverser un quart de siècle de défaites pour la gauche, pour le mouvement révolutionnaire, pour les travailleurs, pour les peuples ; L’impérialisme a tout balayé , enfoncé les défenses ou les murs qui semblaient les plus solides, emporté des partis communistes entiers comme en Italie, remis en causes des conquêtes populaires qui semblaient définitivement acquises. 25 années terribles pendant lesquelles le libéralisme a semblé irrésistible, le capitalisme l’horizon indépassable de l’humanité.

Mais, pour la Gauche, si nous reculions ce n’était pas dû à la force de l’adversaire : c’est que nous nous trompions; bref qu’il nous fallait toujours plus nous adapter à la nouvelle domination, chercher toujours plus en nous même les raisons de nos échecs. Nous étions comme ces premiers chrétiens, cités par Domenico Losurdo, qui après la chute de Jérusalem et l’échec de la révolte nationale juive, déclaraient non seulement leur étrangeté radicale au mouvement national vaincu, mais plus encore, refusaient d’expliquer la défaite par la force irrésistible du pouvoir impérial romain et en faisait reposer la faute sur les vaincus eux-mêmes, coupables d’avoir trahis ou mal interprétés le message divin.

Si nous avons dû céder devant l’offensive du libéralisme, nos principales défaites auront été nos propres renoncements. « D’avancées » en « mutation »/liquidation, de proposition de « révolution copernicienne » en « métamorphose », ce n’était plus le capitalisme qui avait gagné par la puissance de son offensive, mais nous qui étions trop communistes, trop nostalgiques, trop étatistes, pas assez modernes, trop ouvriériste. Et donc il ne fallait pas combattre l’impérialisme, mais « s’appuyer sur les aspects positifs de la mondialisation », ne pas critiquer radicalement la construction impérialiste européenne, mais progressivement en changer le contenu, ne plus défendre les nationalisations, même démocratisées, mais affirmer que l’ouverture du capital de la Snecma est une avancée vers le communisme (on l’a dit!). Pendant ce sinistre quart de siècle, si nous ne sommes pas tous rendus, nous avons tous dû céder du terrain.

Et patatras ! Encore une fois l’histoire et ses ruses nous a pris à contre-pied.

Alors que nous vivons une crise du mode de régulation capitaliste, sans précédente depuis 1929, il n’y aurait toujours rien de plus urgent que de liquider ce qui reste du courant communistes, de démanteler les dernières casemates qui font qu’en France, par exemple, le capitalisme n’a pas tout emporté (et que pour le moment nous soyons un peu moins touché par la crise)? Cette position n’a plus de sens, quand ce sont les ultras libéraux qui prônent des nationalisations qui laisse le président Chavez à l’extrême droite de Paulson et Georges Bush, quand les mêmes signent le retour de la régulation économique par l’Etat et fixent des conditions drastiques aux banques pour soutenir l’activité par le crédit.

Nous ne pouvons plus continuer dans la voie du renoncement. Aujourd’hui ce n’est pas le communisme qui est en crise, c’est le capitalisme, et il est temps d’affirmer : "Plus un pas en arrière!"

Il faut réaffirmer ce que ne nous voulons. Nous ne sommes pas les anti-capitalistes, nous sommes les communistes. Nous devons réaffirmer ce que nous sommes, un parti qui dans le combat de classe est le plus résolument du côté des travailleurs. Un parti qui est l’instrument, comme disait Marx, qui permette au prolétariat de se constituer en classe. Un parti qui mène le combat pour la paix, et pas complaisant (parfois) envers les agressions impérialistes en Afghanistan, en ex Yougoslavie, en Irak… Un parti qui n’oublie pas ce que veut dire les mots de "solidarité internationale", qui n’oublie pas que pendant que s’effondrait nos certitudes et nos citadelles « socialiste », Cuba continuait de tenir, dans les pires difficultés, le drapeaux de la lutte contre l’empire, le drapeaux de la liberté des peuples en Amérique Latine et dans le tiers monde. Les peuples du Venezuela, de Bolivie, d’équateur, mas aussi d’argentine, du Chili, dans leur marche pour la libération du continent, reconnaissent leur dette envers la révolution cubaine et Fidel.

Un parti dont le but est donner le pouvoir aux classes exploitées et dominées, pas de leur confisquer, un parti qui propose la vrai démocratie : le pouvoir réel du peuple pas celui de l’oligarchie. Un parti qui réaffirme la perspective du socialisme comme issu à la décomposition de la société capitaliste. On ne revient jamais en arrière, et, même si nous le souhaitions, nous ne pouvons pas revenir du socialisme du 20ème siècle, qui n’est plus. Il nous faut inventer le « socialisme du 21ème siècle». Alors bien sur il nous faudra tâtonner, allier propositions concrètes fronts de luttes immédiates et construction d’alternative. Notre réalisme est de savoir que c’est possible, même si cela sera différent de ce que nous avons pu imaginé.

Nous ne savons même pas si la victoire est une perspective. Mais nous ne pouvons plus reculer.

Plus un pas en arrière!

Caius Gracchus

Image :
Jacques-Louis David (1748–1825), Leonidas au Thermopyles, dessins. (40.6 x 54.9 cm), Metropolitan Museum, Rogers Fund, New York.

mercredi 19 novembre 2008

Les musées italiens en dangers


Décidemment le mot d'ordre du gouvernement Berlusconi semble bien après les attaques contre l'enseignement et la recherche : "Guerre à l'intelligence"! un article vu sur le site de la tribune de l'Art :

"[...]Le ministre des biens culturels italiens, Sandro Bondi souhaite mettre en œuvre une nouvelle politique dès le début de l'année prochaine. Au premier chef, il s'agira de louer des œuvres « en Amérique et dans les pays du Golfe » . Alain Elkann, un conseiller du ministre qui est allé il y a un mois faire un tour des Etats-Unis où il a rencontré onze musées, en parfait représentant placier, a ainsi déclaré : « Le modèle est le Louvre, qui en plus de prêter une partie de sa collection à Abou Dhabi a passé avec un musée d'Atlanta en Georgie un accord qui apportera à l'institution parisienne 6 millions de dollars1. »
Pour mener à bien le « plan pour les musées et les sites archéologiques », un « Super manager » (sic !) des musées, qui aura les pleins pouvoirs, vient d'être nommé par le ministre, sans qu'aucun appel à candidature n'ait même été passé.
L'heureux lauréat (ill.) est Mario Resca, 62 ans, un ami de Silvio Berlusconi, numéro 1 de McDonald Italie (oui, la fabrique de hamburgers) jusqu'en 2007 et qui dirigeait depuis un casino. Il n'a, bien sûr, aucune connaissance ni expérience des musées ou de l'histoire de l'art. Cela ne lui pose aucun problème puisqu'il a déclaré à la Reppublica qu'il ne connaissait rien à la restauration avant de prendre la tête de McDonald's ! Il estime également que les œuvres des musées sont « un gisement de pétrole à coût zéro » et qu'il aura pour rôle de « valoriser [cette] richesse2. »

Cette nomination fait évidemment scandale au delà des Alpes. L'association Ranuccio Bianchi Bandinelli, institut d'étude, de recherche et de formation fondé par Giulio Carlo Argan, a décidé de lancer un appel auprès de la communauté scientifique internationale pour s'y opposer. Le texte de cet appel se trouve ici en traduction française (ou sur le site de l'association), ainsi que les modalités pour le signer. Les délais sont très courts puisque le décret qui donnera force de loi à cette décision doit être effectif le 28 novembre. L'objectif est de recueillir un maximum de signatures pour le 25 novembre 2008. Il est urgent de la signer.

Pour signer cet appel, il est nécessaire d'envoyer un mail à :
appello@bianchibandinelli.it

en précisant son prénom, son nom, son ou ses titres, son institution, et sa ville."

Article pris sur La tribune de l'Art

Image : Karl Pavlovich Briullov (1799-1852) Le sac de Rome de 455, Gallerie Tretiakov, Moscou

dimanche 16 novembre 2008

Quel Parti, communiste, au 21ème siècle?

Après avoir réfléchis ensemble sur la substance métamorphique de la chose, réfléchissons aujourd'hui sur le nom même de la chose.
Je fais ici référence à un texte signés par plusieurs dirigeants du PCF intitulé poétiquement : " Réflexions pour aller au bout des choix de la base commune et nommer clairement ce que nous voulons". on peut y lire notamment après quelques gloses grandioses sur "l'éco progrès"(?), la démocratie générale (??) et "La mondialité" (???) les lignes suivantes :

[...] Là aussi se pose la question de nommer ce que nous voulons faire, et devenir. Oui, nous voulons rassembler tout à la fois celles et ceux qui s’engagent en mettant le communisme au cœur de leurs références, et bien d’autres qui sont prêts à partager les mêmes combats politiques en y venant par d’autres références ou d’autres chemins. Nous devons produire un acte public qui donne ce signal. N’est-il pas nécessaire, pour qu’existe ce Parti ainsi métamorphosé, et d’abord pour manifester notre volonté de le construire, de lui donner un nom qui lui corresponde ? Un nom qui, inséparablement, assume notre histoire et montre de façon visible que nous en tirons les leçons, un nom qui dise le communisme qui est aujourd’hui le nôtre, démocratique, écologiste, féministe, solidaire, libertaire. Un nom qui, du même coup, contribuera à nous libérer des fausses images de nous-mêmes qui nous renvoient, dans l’esprit de tant de femmes et d’hommes, à une conception du communisme qui n’est depuis très longtemps plus la nôtre. [...]"
(c'est là : http://alternativeforge.net/spip.php?article1835)

Écoutons à ce propos la contributions de deux géniaux théoriciens de la politique, hélas trop tôt disparus texte fondateur dont voici quelques éléments saillants:
"Pour le Parti d'en rire

[...] Sans parti pris nous avons pris le parti de prendre la tête d'un parti Qui soit un peu comme un parti; Un parti placé au dessus des partis En bref, un parti, oui Qui puisse protéger la patrie De tous les autres partis. Et ceci Jusqu'à ce qu'une bonne partie Soit partie Et que l'autre partie C'est parti Ait compris Qu'il faut être en partie Répartis Tous en seul parti
Notre parti [...]."

(A remarquer que la puissance de cette analyse s'applique tout autant au glorieux parti socialiste de Martine, Ségolène et Bertrand...)


samedi 15 novembre 2008

Rifondazione Comunista vers la scission ?


Alors que l’unité parait aujourd’hui comme une aspiration grandissante des communistes en Italie, la presse italienne révèle que ce sont plutôt des menaces de scission qui apparaissent au sein de
Rifondazione Comunista, le principal parti de la gauche extraparlementaire (de la gauche en fait. ..) .

Après son congrès de Cantiano en juillet, Rifondazione en était sorti avec d’un côté la volonté claire de sa nouvelle majorité de repartir de la base et de réaffirmer l’autonomie du parti et, d’un autre côté, pratiquement coupé en deux, avec une minorité (mais qui représentait 47%) autour de Nichi Vendola, héritier désigné de Fausto Bertinotti et président de la Région des Pouilles, qui décidait de s’ériger en courant organisé, promettant la revanche à la nouvelle majorité avant un an, et cherchant à construire avec des « comités de gauche » une nouvelle organisation dans laquelle, comme le disait alors Bertinotti, le communisme ne serait plus qu'un « courant culturel »…La majorité autour du secrétaire Ferrerro, de son côté ne rompait pas avec les pratiques "de majorité"antérieures et excluait du secrétariat le courant de l’Ernesto, le plus résolus dans la recherche de l'unité des communistes et dont le concours fut pourtant crucial pour atteindre la majorité au congrès.

A l’approche des éléctions européennes, la minorité de Rifondazione, qui vient de fonder l’association « per la Sinistra » avec les démocrates de gauches de Mussi (ceux qui ont refusé la transformation des DS en Parti démocrate ) propose pour les européennes une coalition de la gauche, bref de refaire ce qui a piteusement échoué avec la Gauche Arc en ciel au moment des législatives… Ainsi Genaro Migliore, ancien chef du groupe PRC à la chambre, prône dans Il Manifesto la constitution d’une liste unique de la gauche pour les européennes en contradiction avec les décision du congrès de Cantiano. Et pire, l’ancien secrétaire du PRC, Franco Giordano, déclare à l'Unità que: si Ferrero fait alliance avec Diliberto (le secrétaire du PDCI, l’autre parti communisme) pour les européennes cela voudra dire que « c’est lui qui veut la scission ». Et la Minorité d’exiger la tenue d’un nouveau congrès (4 mois après le précédent !). De son côté la majorité et Paolo Ferrero dénoncent des « prétextes » qui servent à préparer une nouvelle scission mais ils semblent reculer sur la recherche de l’unité des communistes et exclure une alliance avec le PDCI, si ce n’est un ralliement des candidats de ce parti sous la bannière de Rifondazione.

En tout cas, il semble bien, alors que l’unification des luttes contres la politiques du gouvernement des droites, dans une Italie qui présente de graves dérives fascistes, est une nécessité qui commence d’ailleurs à se réaliser au moins au plan syndical, qu'il n’ y ait rien de plus urgent que de chercher à détruire les organisations qui sont seules à porter une critiques radicales de la politique des droites…

Image : Giovanni Francesco Barbieri, dit Le Guerchin (1591-1666) Hersilie séparant Romulus et Tatius (1645), Paris , Musée du Louvre

vendredi 14 novembre 2008

Italie : Grève générale en décembre

Epifani se prononce : « grève en décembre par antonio sciotto il Manifesto 12/11/08

Unifier les luttes : voilà la petite formule magique que beaucoup attendaient depuis plusieurs jours et qui à la fin a été prononcée. Guglielmo Epifani a proposé hier à la direction [...] d’organiser une grève générale d’ici décembre. Les assemblées qui se sont tenues à Rome durant les deux dernières semaines – d’abord celle des métallos de la Fiom, puis des cadres et délégués de la Cgil, jusqu’aux retraité du Spi – qui n’avaient cessés de pousser pour l’arrêt de travail de toutes les catégories, enfin le secrétariat de la Cgil c’est prononcé en demandant hier l’approbation de la direction pour l’appel à la grève. Après demain, vendredi 14 , descendent dans la rue les universités et les chercheurs, samedi 15 est prévu l’arrêt de tous les travailleurs du commerce convoqués par la Filcams contre l’accord séparé; les deux donnant lieu à des grèves de 8 heures avec une manifestation à Rome. Le 12 décembre a été convoquée la grève des métallos, à laquelle on pourrait additionner celle de la fonction publique : eux aussi avec la modalité de 8 heures plus une manifestation nationale à Rome. Cependant la décision de la confédération pourrait dépasser tout les arrêts catégoriels et les absorber en un seul. [...]
C’est le secrétariat qui établira les modes de convocation et la date. Les modalités ne sont pas une petite choses : la grève pourrait être de quatre ou de huit heures avec un cortège national à Rome ou en région. il est vraisemblable que les catégories les plus en pointe dans la contestation, les métallos et la fonction publique, qui entre autre avaient déclaré vouloir unifier leurs dates, préfèrent l’hypothèse la plus haute (8 heures avec manifestation à Rome). De l’autre côté, il semble au contraire qu’Epifani et son secrétariat veuillent « freiner » en commençant en décembre seulement par un arrêt de travail articulé par Région ou de quatre heures : en tout état de cause, cela serait une option mineure par rapport à la« grande grève » ; Pour cette dernière il faudrait attendre fin janvier ou même fin février : les mauvaises langues disent pour « couronner » la sortie d’Epifani de la Cgil vers un siège européen avec le Pd (les élections se tiennent au printemps).
En somme pour l’heure, tout le calendrier des luttes est confirmé.[..]

Traduction : L. A. et Y. L.

mercredi 12 novembre 2008

La métamorphose

Dans le lot de congrès qui s'annonce à gauche , celui du PCF, le parti dont je suis membre, va-t-il permettre de commencer à voir le début d'une contre-offensive politique face aux politiques de destruction de l'état social mises en oeuvre dans notre pays et dans le monde (vaste programme...)
En attendant d'avoir une réponse à cette question, voici qu'apparait dans le texte qui sert de base à la discussion des communistes ("La base commune") quelques expressions qui me font réagir: Aujourd'hui le mot sera "métamorphose"

En effet, nous le trouvons dans la "base commune" le passage suivant:
"[...]Pour répondre aux défis de changement qui s’imposent à nous, nous faisons donc aujourd’hui un choix : engager de profondes transformations de notre parti pour devenir cette force. La voie de transformations du PCF nous apparaît plus féconde que celle de la recherche de la constitution d’un autre parti aux contours incertains. Certains vont parmi nous jusqu’à parler d’un processus de métamorphose. Pour l’heure, l’important est de s’accorder sur la nature des évolutions, des transformations, des ruptures nécessaires. Elles pourraient prendre plusieurs directions.[...]"
(Projet de base commune de discussion adopté au conseil national du PCF des 5 et 6 septembre 2008)

Et qu'en dit Gregor Samsa? (dans un texte célèbre...)
"Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégor Samsa s'éveilla transformé dans son lit en une formidable vermine. Il était couché sur le dos, un dos dur comme une cuirasse, et, en levant un peu la tête, il s'aperçut qu'il avait un ventre brun en forme de voûte divisé par des nervures arquées. La couverture à peine retenue par le sommet de cet édifice était près de tomber complètement, et les pattes de Grégoire, pitoyablement minces pour son gros corps, papillotaient devant ses yeux. "Que m'est-il arrivé » pensa-t-il. Ce n'était pourtant pas un rêve : Sa chambre, une vraie chambre d'homme quoique un peu petite à vrai dire, se tenait bien sage entre ses quatre murs habituels. Au-dessus de la table où s'étalait sa collection d'échantillons de drap - Grégoire était voyageur de commerce - on pouvait toujours voir la gravure qu'il avait découpée récemment dans un magazine et entourée d'un joli cadre doré. Cette image représentait une dame assise bien droit, avec une toque et un tour de cou en fourrure; elle offrait aux regards des amateurs un lourd manchon dans lequel son bras s'engouffrait jusqu'au coude. Grégoire regarda par la fenêtre; on entendait des gouttes de pluie sur le zinc; ce temps brouillé le rendit tout mélancolique : « Si je me rendormais encore un peu pour oublier toutes ces bêtises », pensa-t-il; mais c'était absolument impossible; il avait l'habitude de dormir sur le côté droit et ne pouvait arriver dans sa situation présente a adopter la position voulue. Il avait beau essayer de se jeter violemment sur le flanc, il revenait toujours sur le dos avec un petit mouvement de balançoire. Il essaya bien cent fois en fermant les yeux, pour ne pas voir les vibrations de ses jambes, et n'abandonna la partie qu'en ressentant au côté une douleur sourde qu'il n'avait jamais éprouvée [...]"
Franz Kafka, La Métamorphose

Image : Le Titien (1489/1490-1576) Diane et Actéon, National Gallery of Scotland

vendredi 7 novembre 2008

bajao faz balancar Moretti et Mangano

Moretti dans Caro Diaro danse sur Silavana Mangano qui danse et chante dans une scène mythique du film (beaucoup moisn mythique...) Maria de 1951.

mardi 4 novembre 2008

Italie : il n' y a pas que les étudiants à réagir!


Grève Générale : c’est la base qui le demande.
par Loris Campetti pour Il Manifesto du 3/11/08

Cinq milles délégués représentant le système sanguin de la Fiom, un réseau dense et capillaire qui irrigue le corps et le cerveau du plus fort syndicat des métallos italiens. Vendredi ils ont accueilli par une standing-ovation, la proposition, avancée par leur secrétaire Gianni Rinaldini, de grève générale de leur catégorie accompagnée d’une grande manifestation à Rome, le 12 décembre prochain. Mêmes applaudissements convaincus quand Rinaldini a défendu le rôle de la Cgil, foyer naturel de la Fiom, et quand Guglielmo Epifani (secrétaire générale de la Cgil, Ndt) a dit: "La Fiom et la Cgil c’est la même chose." Une affirmation que ces Métallos n'avaient pas entendue depuis longtemps et dont ils ont probablement senti le besoin. Une scène d'un autre temps, une passion qui a frappé le groupe dirigeant entier de la Cgil présent à la réunion des délégués.

Rinaldini, comme expliques-tu les ovations de tes délégués?
J’ai un jugement très positif de cette assemblée qui a conjugué une conscience inquiète des difficultés produites par la crise avec une combativité forte. L'ovation n'est pas habituelle dans la culture des Métallos qui, par nature, sont habitués à la critique, rarement à l’excès d’applaudissements, lesquels sont donnés avec parcimonie. Cette détermination est importante dans une période aussi complexe, avec la crise financière, économique et productive qui pèse sur la condition des ouvriers. Nous sommes au point de l'urgence sociale, jusqu’alors obscurcie par ceux qui ont caché la réalité et qui soutiennent que le problème concernait seulement les banques et le système financier.
Ne penses-tu pas qu'avoir fortement rassemblé les délégués a contribué au retour à l’unanimité du groupe dirigeant?
L'unanimité du groupe dirigeant depuis quelques mois n’a rien à voir avec la recherche de qui dans le passé a eu tort et de qui a eu raison. Elle naît plutôt de la conscience collective de la gravité de la situation, qui met le syndicat devant une alternative, par rapport à un scénario marqué par la prétention du gouvernement et de Confindustria (le Patronat italien Ndt) à utiliser la crise pour décréter un changement structurel des rapports avec les syndicats. Lesquels peuvent décider d'accéder à une gestion de la crise vécue comme une phase temporaire, qui peut être vaincue alors par le sauvetage publique du système financier pour reprendre ensuite le même mécanisme de développement fondé sur les bas salaires, la détérioration des conditions de travail et la précarité. Cette direction rendrait le syndicat utilitaire en échange d'une gestion directe de morceaux de l’Etat social, à la formation, aux amortisseurs sociaux
La route prise par la majorité des organisations syndicales, est-ce celle de Cgil et de la Fiom?
Un syndicat qui veut défendre les valeurs de la solidarité, de l'égalité et de la démocratie doit ouvrir la route à un nouveau scénario à travers une hypothèse alternative au système de pouvoir gouvernement-Confindustria et à un modèle de développement qui a produit trop de pannes sociales, environnemental, culturel. La Fiom comme la Cgil depuis quelques mois, s’est déclarée non disponible pour être englobée à l'intérieur d’un processus qui détruirait ses valeurs et sa propre culture. Il faut dévoiler les présumés paradoxes de l'idéologie dominante pour qui pendant que la Casa intégrazione (Système de chômage partiel Ndt) explose, qu’on licencie les précaires, ils détaxent les heures supplémentaires et pratiquent une contre réforme de la législation du travail afin d’allonger les horaires. On dit que les salaires sont dépensés à la fin de la troisième semaine du mois et ils font un accord dans le public qui prévoit une augmentation nette de 40 euros, et dans le privé ils signent des lignes d’objectifs confidentielles qui comportent la réduction des salaires. Comme ils ne sont pas fous, l'explication est qu'il y a un dessein qui met en ligne de mire les salariés du privé et du public, les étudiants et les retraités. Derrière les coupes dans l'école et dans la recherche il y a une conception de la productivité basée sur la détérioration des conditions de travail et de vie. Dans le parcours individualisé avec la réunion des délégués nous avons réuni les questions inhérentes à la perspective avec la nécessité de construire un filet de protection sociale, d’utiliser les ressources publiques, qui doivent être énormes, pour élever et étendre les garanties sociales à tous les types de contrats. À ce point il faut se libérer de la loi Bossi-Fini" qui prévoit l'expulsion des travailleurs immigrés qui perdent leur travail: au contraire il faut étendre à eux, et à l’ensemble des précaires, les garanties auxquelles ont accès ceux qui bénéficient d'un contrat stable dans les grandes entreprises
Dans les pages de Il Manifesto le secrétaire du syndicat de la Fonction publique, Carlo Poddà, a demandé à la Cgil d’arriver, avant le vote de la loi de finance, à une grève générale intercatégorielle. Qu’en penses-tu ?

Que ce que dit Poddà est d’un bon sens absolu : il est évident que l’articulation des initiatives de lutte mise en route et celles déjà programmées pour novembre exige de trouver un moment unifiant qui ne peut être que la grève générale ; c’est de cela que devra discuter la direction de la Cgil, tout en évaluant les étapes nécessaires.
Poddà a ajouté que, si le Cgil décidait de s’engager dans une direction différente, le syndicat de la Fonction publique serait prêt à fixer sa grève générale à la même date que celle des Métallos.

Il s’agit d’une autre considération de bon sens dans le cas où les dates de la grève générale décidée par la Cgil seraient différentes de celles du vote de la loi de Finance. Il serait paradoxal que deux initiatives majeures comme les grèves des Métallos et des agents de la fonction publique, les deux principales catégories des travailleurs actifs, se tiennent à des moments différents, séparés, au moment justement où le gouvernement et la Confindustria font tout pour diviser et opposer les travailleurs entre eux, en lançant des infamies aussi bien contre les travailleurs du secteur public – traités de fainéants - que contre ceux de nôtre catégorie.
Le président de la Federmeccanica (patronat de la métallurgie Ndt) Bombassei a fait des remarques à propos de votre appel à la grève générale: "La Fiom comme la Chine, n'est plus un phénomène mais une certitude." Pour une grande partie de la presse vous êtes coupable d'avoir amené la Cgil sur un mauvais chemin qui la fait « régresser" à l'époque de Cofferati (ancien secrétaire de la Cgil, aujourd’hui maire de Bologne Ndt)…
Cela n’a rien d’offensant, s’ils se réfèrent aux années 2001-2002. Les organes d’information se sont transformés en organe des partis : ils avaient espéré l’isolement de la Fiom et sa rupture avec la CGIL, ils y avaient travaillé avec détermination et aujourd'hui ils sont hystériques d’avoir manqué leur objectif. Ils ne parlent jamais de la valeur, de la situation des ouvriers, des retraités, des étudiants, tout est réduit aux manœuvres et à la ligne politique. Ils ont ouvert une campagne de dénigrement envers Epifani parce qu’il a osé dire que cette fois il n'y avait pas de position différente entre la Cgil et la Fiom concernant le jugement sur les accords que nous avons décidé de ne pas signer.

Pour parler ouvertement de ligne politique, il y a une grande discussion pour savoir combien de dommages le durcissement présumé de la Cgil produirait pour le Pd
Le tournant de la Cgil ouvre un nouveau scénario avec tous, y compris le Pd et (y compris) les forces qui sont à sa gauche, ils devront faire les comptes. Un scénario qui porte au centre la question sociale.

traduction Caius Gracchus

Image : Renato Guttuso (1912-1987) huile sur toile

mardi 28 octobre 2008

Italie : la force des mouvements et la politique de la peur

par L. A. pour Le Grand Soir


« Maroni (l’actuel Ministre de l’Intérieur italien, Ndr) devrait faire ce que je fis lorsque j’étais moi-même Ministre de l’Intérieur (pendant les années 70, Ndr). Tout d’abord laisser tomber les lycéens car, imaginez ce qui se passerait si un jeune mineur était tué ou grièvement blessé. Laisser faire les étudiants. Retirer les forces de l’ordre des rues et des Universités, infiltrer le mouvement par des agents provocateurs prêts à tout, et laisser, pendant une dizaine de jours que les manifestants dévastent les magasins, incendient des voitures et mettent les villes à feu et à sang. Après, forts du consensus populaire, le son des sirènes des ambulances devra couvrir celui des voitures de police et des Carabiniers. Dans le sens où les forces de l’ordre ne devraient pas avoir de pitié et les envoyer tous à l’hôpital. Pas les arrêter, parce qu’après les magistrats les remettraient tous en liberté (1) mais les frapper et frapper aussi les professeurs qui fomentent ça. Je ne dis pas les anciens, mais les toutes jeunes enseignantes oui... Voilà la recette démocratique : éteindre la flamme avant que ne se propage l’incendie ».
Voici les paroles livrées à la presse le 23 octobre dernier par Francesco Cossiga, ancien Président de la République, et grand marionnettiste de la structure Gladio (2), aujourd’hui sénateur à vie par la grâce des institutions républicaines. Cossiga explique dans son interview aux quotidiens italiens, qu’il craint une reprise des désordres et du terrorisme et s’empresse de fournir au Ministre Roberto Maroni (Ligue du Nord) les précieux conseils d’un vieux routard de la répression armée et du putschisme.

C’est que la situation est sérieuse. Après quelques mois de silence, depuis le désastre des élections législatives d’avril et la déferlante raciste et fascisante qui a envahi la péninsule, un puissant mouvement de lutte s’est levé depuis le début du mois d’octobre. D’imposantes manifestations antiracistes, protestations tous azimuts de la part de la gauche contre les mesures gouvernementales, retour en force des lutte syndicales, et maintenant un énorme et puissant mouvement de contestation et d’occupation dans les écoles, les lycées, les universités qui s’étend à vue d’oeil dans toute la péninsule. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la réforme de l’instruction et de l’Université prévue par la Ministre Gelmini. Il s’agit d’un véritable massacre de l’éducation et de la recherche, de la suppression d’environ 140.000 postes, de la réintroduction de mesures répressives visant uniquement la discipline tout en diminuant les moyens et en augmentant les effectifs par classe. Quant à la recherche il s’agit de mener à terme la « privatisation » par le renforcement des critères de rentabilité et de conformité au marché. Tout ceci dans une école et une Université qui, au fil des années ont subi les ravages successifs des réformes de Luigi Berlinguer (ancien ministre de gauche) puis des tristes réformes de Letizia Moratti, ancienne Ministre dans les gouvernements Berlusconi 1 et 2, ayant pour conséquence l’augmentation de la sélection sociale, la diminution du niveau d’enseignement pour les couches sociales les moins favorisées et l’augmentation continue des droits d’inscription.

A première vue, et depuis la France on pourrait penser qu’il s’agisse d’une plaisanterie de mauvais gout, et c’est vrai que Cossiga nous a habitués depuis plusieurs années à une telle montagne de déclarations fracassantes. Un terme spécifique à été inventé tout spécialement pour lui, « externations » : les journalistes ne pouvant ignorer les déclarations d’un ancien président inventèrent ce terme pour qualifier les sorties tonitruantes de M Cossiga par la suivante expression « M Cossiga s’est de nouveau externé » à savoir qu’il a encore produit une de ces déclarations. Mais au milieu des « externations de M Cossiga » il arrive de temps en temps que des éléments d’importance capitale soient révélés. C’est ainsi qu’à la suite de ces récentes déclarations une enquête a été ouverte sur l’étrange affaire de l’accident d’avion d’Ustica en 1980. (3)

Mais si nous revenons à l’Italie d’aujourd’hui et aux mouvements actuels, on peut se demander comment de telles déclarations peuvent être possibles. M Cossiga essaye de toute évidence de semer le trouble et d’employer l’intimidation, chose à laquelle en Italie nous sommes très habitués. A titre d’exemple, en 1973 l’ampleur des luttes était imposante et le « bruit » courut que si les syndicats et les manifestants ne se calmaient pas nous risquions de nous retrouver comme au Chili. Ce n’est pas une boutade, ce sont les propos exacts tenus par Enrico Berlinguer, alors secrétaire de PCI dans un célèbre discours prononcé cette année là. L’Italie n’est pas devenue le Chili mais des fortes inquiétudes existaient alors. Selon certains, Berlinguer aurait prononcé ce discours pour calmer le jeu dans une optique de modération face aux revendications sociales grandissantes. D’autres font remarquer que la stratégie de la tension, les attentats à la bombe commis ces années là, les tentatives de coup d’état à répétition effectuées en Italie, la présence de bases militaires américaines (outre celles de l’Otan) et l’implication étasunienne dans le putch chilien avaient sérieusement de quoi inquiéter.

Alors Mr Cossiga aurait-il lu le dernier Naomi Klein ? (4) Nul besoin, cet artisan de la répression policière des années 70 en sait long sur le sujet et pourrait conseiller quiconque en la matière. C’est un précurseur. Ministre de l’intérieur durant l’époque trouble des années de plomb, de l’assassinat d’Aldo Moro et de la répression policière massive, il s’est particulièrement distingué pendant le mouvement de 1977. Il y eut, alors en Italie un petit 68 avec des grèves et des manifestations ouvrières très importantes. Le 12 mai 1977 une jeune étudiante de 19 ans, Giorgiana Masi fut tuée d’un coup de revolver tiré à hauteur d’homme par un policier en civil et une autre étudiante fut blessée (ah les très jeunes profs et étudiantes chères à Cossiga). Sous couvert de lutte contre l’extrémisme, Cossiga fit approuver des lois d’exception visant « la lutte antiterroriste ». J’étais très jeune à l’époque mais je me souviens des ferments qui traversaient même mon collège et le lycée homonyme. Les rafles de militants de gauche arrêtés par milliers, la chasse au rouge (vrai ou supposé) qui s’abattait dans les villes et les violentes charges de police durant les manifestations féministes auxquelles je participais. La peur et la méfiance. C’est précisément ce que voudrait répandre l’ancien président de la République.

Quelques années plus tard en 1990, éclata l’affaire Gladio. Après les révélations à la presse d’un ancien agent du MI6 britannique sur le réseau putschiste stay behind (5) concernant également l’Italie, Giulio Andreotti, alors président du Conseil, fut obligé de déclarer qu’il en avait eu l’information mais "pas précisément". Puis ce fut le tour du Président de la République Francesco Cossiga d’avouer qu’il était bien au courant et, plus tard, tout simplement, qu’il était fier d’avoir participé à ce réseau par devoir patriotique. Cossiga essaie de faire peur en brandissant le spectre des années 70, et il n’est pas dit qu’il faille s’en moquer comme beaucoup le font dans la presse italienne, il suffit de regarder la situation actuelle.

Si l’actuel Président Mr Giorgio Napolitano a commencé à lancer des appels répétés au respect de la Constitution, Silvio Berlusconi ne s’en soucie guère et menace le mouvement actuel des foudres de la répression policière. Cossiga essaye de semer la panique mais ce n’est pas cette tentative de diversion qui est inquiétante, c’est que Berluconi, lui, nous a déjà fourni à Gênes les preuves de son savoir faire en la matière (6). Ses menaces répétées de faire entrer les forces de l’ordre dans les universités, les mesures anti-grèves du Ministre Maurizio Sacconi, suffisent amplement à démontrer la peur du gouvernement. Cependant, la contestation ne cesse de grandir et le mouvement étudiant gagne en ampleur. Toutes les universités italiennes sont touchées, des occupations, des assemblées générales permanentes, la formation de comités de luttes, les cours « sauvages » dans les rues et dans les gares. Parallèlement des formes d’actions diverses refont surface dans le pays. Le 25 octobre, dans plusieurs places italiennes des distributions de pain à 1 euro ont eu lieu à l’initiative des G.A.P. (Gruppi di Acquisto Popolari) - dont le sigle est directement emprunté aux GAP de la Résistance (Gruppi di Azione Patriottica) - contre le coût de la vie : « la crise que nous vivons est la conséquence des politiques néolibérales et des privatisations faites de précarité et de bas salaires, d’agression contre les biens publics et de casse du service public et de l’école. » Cette politique « a ravagé nos villes et nos quartiers (...) a semé la peur et l’anxiété, car l’appauvrissement généralisé est vécu dans la solitude, comme une faute subjective qui te rend méchant contre ceux qui se trouvent une marche au dessus de la tienne. Un processus d’appauvrissement qui pendant des années n’a pas rencontré une réponse dans la politique et l’action collective. Ainsi la pauvreté, en plus d’être une faute, est devenue invisible. » (7)

C’est précisément ce qui a conduit à la défaite électorale d’avril dernier et à la multiplication des formes de violence racistes et politiques de ces derniers mois. Gageons que ce « printemps » italien conduise à des réelles constructions politiques et sache faire face aux menaces gouvernementales. Giuseppe di Lello (8) le dit clairement : « ne perdons pas de temps à discuter si nous sommes ou non dans un « régime » et essayons de saisir toute la gravité de l’actuelle phase politique et institutionnelle, car la divergence et la contestation constituent le sel de la démocratie. Menacer de les réprimer par la force est un attentat à la Constitution. Réagissons démocratiquement et défions ce « non régime » en grossissant toujours plus la vague qui se déverse dans les occupations, dans les assemblées, les cortèges, les grèves. » (9)

Mais pour que cette réaction démocratique se concrétise il faut bien davantage qu’une multiplication de mouvements, si puissants soient-il. Et sans illusions sur des convergences politiques de fond avec le Parti Démocrate (PD), sans un véritable front commun défendant au moins les valeurs constitutionnelles il sera impossible de faire face à la répression : « La conférence de presse du Président du Conseil (Berlusconi, Ndr) révèle, sans ambiguïtés toute la violence contenue dans la conception de gouvernement qui inspire sa coalition. Et fonctionne immédiatement comme démultiplicateur des luttes » (10) affirme Marco Bascetta dans Il Manifesto, mais « Face à une telle perspective, même le PD a du rompre le silence et s’interposer entre les étudiants et le Ministre de l’Intérieur. Mais il (le PD, Ndr) devrait être conscient que si le Cavaliere, comme il en fait la menace, passait à des actions répressives, il ne pourrait pas faire marche arrière. » (11)

Le PD qui vient de réussir sa grand manifestation romaine du Circo Massimo (deux millions et demi de personnes selon les organisateurs) parle d’un grand rassemblement d’une « Italie antifasciste meilleure que ceux qui nous gouvernement » et se déclare prêt a une opposition réformiste capable de préparer l’alternative de gouvernement. (12) Or se présenter seulement comme « le meilleur » prétendant à la direction du pays dans une simple logique d’alternance, face à un gouvernement qui foule aux pieds jusqu’aux fondements de la démocratie formelle ne représente pas le moindre progrès vers le début de la construction d’une alternative. Après le bilan catastrophique du gouvernement Prodi, avancer sa candidature sans même ébaucher la moindre autocritique revient tout simplement à proposer de nouveau ce qui a échoué il y a à peine six mois. Pour l’alternative, on est loin du compte. Encore un effort, le mouvement continue.


(1) apprécions le grand respect envers la Magistrature témoigné par un ancien Président, qui de par sa fonction était censé être le garant de la Constitution.

(2) Pour plus d’informations sur l’affaire Gladio. Un article significatif du Corriere della Sera sur l’affaire : http://archiviostorico.corriere.it/2001/febbraio/21/Nuove_carte_Gladio_Roma_apre_co_0_0102215217.shtml Rapport de la commission d’énqête du Sénat de la République sur l’affaire Gladio : www.senato.it/documenti/repository/...http://www.fondazionecipriani.it/Sc..., Par ailleurs il existe une imposante bibliographie sur l’affaire. et audition de temoins :

(3) Il s’agit d’un avion de la compagnie privée Itavia qui précipita en mer au large de la Sicile dans des circonstances mystérieuses en 1980 jeu deux mois avant le massacre de la gare de Bologne. Plusieurs hypothèses furent émises alors. Il fut découvert à la suite que l’avion de Mouammar Kadhafi devait passer à proximité de l’avion civil et qu’un véritable chassé-croisé de tires de missiles aurait eu lieu prenant par erreur pour cible, l’avion d’Itavia. Kadhafi prit un autre avion et la carcasse d’un MIG libyen fur retrouvé pas loin dans le promontoire de la Sila et disparut aussitôt du regard des éventuels indiscrets. La question brûlante de l’affaire c’est que, s’il y a eu tir de missiles, il s’agissait de missiles américains ou français lancés depuis une base de l’Otan voisine. Tous les témoins directs de l’affaire (aiguilleurs du ciel, pilotes, employés des stations de radar) sont morts les uns après les autres dans des accidents de voiture ou autres incidents. Tous ces faits sont rapportes scrupuleusement dans de nombreuses instructions de la magistrature italienne, dans les actes de plusieurs commissions d’enquête parlementaires, dans des très nombreuses recherches de journalistes. Sur les déclarations de Cossiga : http://archiviostorico.corriere.it/...

(4) Naomi Klein, La stratégie du Choc, Leméac/Actes Sud, 2008

(5) Il s’agit d’un réseau mis en place dans 14 pays d’Europe occidentale à la fin de la seconde guerre mondiale comportant une collaboration étroite entre la CIA et les gouvernements des pays concernés pour « lutter contre l’avancée du communisme ». La dénomination italienne du réseau Gladio (glaive) fut impliquée dans les tentatives de coups d’état, les attentats à la bombe et les tentatives d’infiltrations et de déstabilisations en tout genre, faisant amplement recours à des troupes américaines entraînées à cet effet dans la base américaine de Capo Marraggiu en Sardaigne. A la suite des révélations et des enquêtes parlementaires et de la magistrature une procédure de destitution pour « attentat à la Constitution » fut engagée contre M Cossiga, mais ne parvenant pas à obtenir la majorité du Congrès elle n’obtint aucun résultat.

(6) Massimo Calandri, Bolzaneto, la mattanza della democrazia, Roma, derive/approdi, 2008

(7) Francesco Piobbichi e Angela Lombardi, Vi spieghiamo cosa sono i Gap « gruppi di acquisto popolari, Liberazione 26-10-2008

(8) Ancien magistrat à Palerme et ancien responsable de la commission antimafia, membre du Parti dela Réfondation Communiste (PRC)

(9) Giuseppe Di Lello Prove di regime, Il Manifesto, 23 Octobre 2008.

(10) Marco Bascetta, Dichiarazione di guerra, Il Manifesto 23 octobre

(11) id.

(12) L’Unità, 25 octobre 2008

Image : "Le massacre des innocents" d'après Raphael, par Marcantonio Raimondi (V 1480, V 1530), Gravure sur cuivre, Bibliothèque nationale, Paris

lundi 20 octobre 2008

Italie : le retour de la Gauche?


Cet automne marquerait-il un retour de la gauche en Italie après la débâcle électorales du printemps qui a vu les partis se réclamant de la gauche, et en particulier les partis communistes, éliminés du parlement.C’est ce qu’espèrent ses militants après la grande manifestation du 11 octobre et la grève générale et les manifestations du 17 octobre.
Cet été les congrès des deux partis communistes, mais aussi sur un autre plan le succès de la pétition Communistes, commençons par nous , avaient révélé la forte aspiration au maintient d’une force communiste et à l’unité des communistes en Italie. Tant au congrès du Pdci qu’à celui d e Rifondazione (PRC) fut rejeté la perspective de la création d’une force de gauche, la gauche arc en ciel, où le courant communiste ne serait, pour reprendre les mots de Fausto Bertinotti, qu’un « courant culturel ». Et dans l’un et l’autre parti cela se fit en rupture avec le leader charismatique : en douceur au Pdci, où le maintenu secrétaire général, a définitivement rompu avec le fondateur Armando Cossuta engagé dans le refondation de la gauche, et dans la douleur à Rifondazione, ou le congrès s’est déchiré, en rejetant les "bertinottiens", qui se présentait autour de Nichi Vendola, dans l'opposition et en élisant un nouveau secrétaire, Paolo Ferrero.

La manifestation du 11 octobre, initiée principalement par le PRC et le Pdci, mais aussi des Verts, a rassemblé entre 100 000 et 200 000 personnes dans les rues de Rome, sous une nuée de milliers de drapeaux rouges marqués de la faucille et du marteau. Cette manifestation était marquée par la présence de nombreux jeunes et de militants du mouvement associatifs et syndical, en particulier de la FIOM, le grand syndicat des métallo mais aussi de « l’Italie des valeurs »
Une manifestation diverse donc, mais à très forte coloration communiste. Et qui révèle l’aspiration grandissante à l’unité parmi eux. En témoigne les protestations qui accompagnèrent la présence de Fausto Bertinotti qui venait de parler peu de temps auparavant du « communisme indicible »; mais plus encore les réactions aux discours des orateurs : ainsi en réponse à Ciro Argentino, qui invitait les communistes à l'unité, toute la place a lancé d’un seul cri : "uno! uno! un partito!" (Un seul,un seul, un seul parti !)
Cette unité pourrait se matérialiser au moment des élections européennes, ou l’instauration d’un barrage électoral par le gouvernement Berlusconi, qui vise à réduire le pluralisme politique au nom de l’efficacité, pousse à l’agrégation des forces communistes. Les déclarations des dirigeants des deux partis montrent que cela évolue aussi dans la majorité du PRC qui était jusqu’à présent plus réservée.

A la grève du 17 octobre ont participé environs deux millions de salariés et près de cent mille personnes se sont retrouvées, en dépit de pluie, à la manifestation de Rome à laquelle le PRC et le Pdci avaient adhéré. Il s’agit, d’après les organisateurs (RdB-Cub, Cobas et Sd, des organisations syndicales dites « de base », indépendantes du syndicalisme confédéré et très implantés dans les services publics), "de la plus grande démonstration de l'histoire du syndicalisme de base en Italie", avec beaucoup d’étudiants, de professeurs, de parents etc.

Ces évènements montre que c’est hors du parlement et des grandes confédérations syndicale que s’organise la résistance.
On l'a constaté autour de la défense des Roms, contre la chasse aux immigrés, etc. Ce réveil des mouvements sociaux et des partis communistes permettra-t-il d’engager une véritable contre offensive contre la politique d’une droite italienne en voie de fascisation?
Au de là de l’unité du courant communiste c’est bien l’enjeu pour tous les progressistes en Italie et en Europe.

vendredi 3 octobre 2008

Tabassé et "marqué"

Traîné, arrêté, passé à tabac ; puis dénudé et humilié une fois arrivée au siège de la police municipale. Dépossédé aussi de ses droits, comme celui de passer un coup de téléphone chez lui. Et même dénigré: une fois relâché, sur l'enveloppe qui contenait le procès- verbal des charges qui lui étaient adressées (une enveloppe officielle de l a Commune de Parme, avec l'emblème de la ville) pas de nom ni de prénom mais la mention "Emmanuel, nègre", comme si la couleur de sa peau n'était pas un fait naturel mais un honte. D’ailleurs "nègre de merde " atteint désormais des sommets dans la hit parade de l'injure les plus utilisée en Italie ; Il est suivie de près par "sale juif"; stable : le débonnaire "arabe terroriste"; chute : l'ancien "cul terreux(même s’il reste en tête au Nord). Et, dans un pays où il n'y a même pas un mois, à Milan, un jeune de 9 ans (un italien mais de couleur) a été massacré à coup de barres de fer parce que soupçonné d'avoir volé un paquet de gâteaux, cela n'étonne pas (et peut -être ne suscite même plus l'indignation) que ces expressions soient utilisées par des officiers dans l'exercice de leurs fonctions.
Bonsu Emmanuel Foster, pendant qu'il raconte sa mésaventure aux cameras du siteRepubblica.it de Parme, il n'arrive pas à garder son oeil droit ouvert, encore gonflé par le passage à tabac. Mince, à peine au-dessus du mètre soixante , Emmanuel est un jeune immigré du Ghana de vingt-deux ans(précisons qu'il est régulier, au cas où cela intéresserait quelqu’un et si le fait d'être régulier ou irrégulier peut changer quelque chose à un épisode comme celui-ci). Lundi après-midi, peu après 18 heures, il allait à l'école (il fréquente un institut technique du soir). En avance sur le début des cours, après avoir déposé son cartable avec ses papiers à l'intérieur de la salle de classe, il décide de se balader dans le parc ex Eridania en face de l'institut. Il est 18h25. Emmanuel remarque derrière lui deux hommes qui parlent avec leurs portable et un troisième qui s'approche. Tout d'un coup, et sans s'identifier, dit le jeune homme, celui-ci lui bloque ses mains, rejoint par les deux autres qui l'encerclent. A ce moment Emmanuel se débat et commence à vouloir s'enfuir, ils le rattrapent et le jettent à terre. "Ils m'ont mis un pied sur la tête - dit-il- et il ont commencé à me frapper. Puis ils m'ont menotté, l'un d'entre eux m'a donné un coup de poing. Il dit qu'il l'on frappé avec des matraques " peut-être des bouteilles d'eau". Certainement ils lui ont fait mal. Le passage à tabac continue dans la voiture de service qui le transporte au siège des vigiles urbains. Les phrases racistes fusent : "Nègre", "Calme-toi nègre ». Une fois arrivées au siège de via del Taglio - Celui-là même où, à la mi-août, une prostituée nigérienne avait été abandonnée pendant des heures, évanouies dans sa cellule - les agents continuent leur "show" très personnel. Entre temps arrive la justification de l'arrestation : arrêté parce qu'il s’enfuyait. Etant donné que personne ne s'était identifié comme policier, il semble tout à fait légitime que le jeune homme ait eu peur et ait tenté de s'enfuir. Conduit en cellule, ils l'obligent à se déshabiller. Une fois totalement nu, ils le font "défiler hors et dans la cellule. "J’avais peur - dit il- ils voulaient m'obliger à signer des documents mais je m'y suis opposé. J'ai demandé d'appeler chez moi, ils m'ont dit que je ne pouvais pas si je ne signais pas d'abord. Il lui montrent un morceau de "shit», ils lui disent "nègre, nous l'avons trouvé dans ta poche" ; ils affirment que l'autre détenu dans la cellule a avoué sa complicité. Emmanuel insiste, il dit qu'il ne le connait même pas, puis il cède et signe les papiers. Il est environs 22 heures quand les agents appellent les parents du jeune homme. Son père Alex, ouvrier métallurgiste, est en Italie depuis 1995 ; vers 23 heures il arrive au commissariat avec son épouse. Dès qu'il voit son fils mal en point, il demande des explications aux policiers. "Il est tombé", répondent-ils. Le père furieux, demande à son fils s'ils l'ont frappé. "Il m'a juste répondu oui", dit-il. Puis ils le relâchent. A son père ils donnent enveloppe avec le procès-verbal avec la mention,"Emmanuel négre". Le jeune homme se rend aux urgences : on y constate un hématome et une blessure à la main. Il boite. Hier matin, Emmanuel se présente à la caserne des carabiniers pour porter plainte.
L'office national contre les discriminations a ouvert une enquête pour faire la lumière sur les faits. La Commune en diligente une en interne. La commandante des vigiles, Emma Monguidi, dément les accusations ; elle affirme que "deux agents ont également été blessés" ; des phrases racistes, on ne veut même pas en entendre parler. Le vaillant maire adjoint à la sécurité, Constantino Monteverdi, assure qu'il "ira jusqu'au bout". En attendant dans le doute, il parle d'une arrestation "plutôt mouvementée et qui a blessé deux agents" vraisemblablement " de la part du jeune homme. Vraisemblablement.

Article de Alessandro Braga pour Il Manifesto 1 octobre 2008 Traduit par L. A. pour Le grand Soir

jeudi 2 octobre 2008

17 ANS par Jean Ferrat

Je l'ai vue je l'ai vue je vous jure un matin
Arrivant en avion de son pays lointain
Aussi fraîche aussi tendre aussi gaie qu'un printemps

Et s'arrêta le temps


Elle avait le teint mat des yeux croissant de lune
Sur ses reins qui dansaient deux longues tresses brunes

Donnaient à sa jeunesse un éclat triomphant

Sous le soleil levant


Elle était à la fois timide et sûre d'elle

Par sa voix ses propos sa grâce naturelle

Rien ne la distinguait des filles de ce temps

Elle avait dix-sept ans


Nulle ombre ne voilait son regard enfantin

Nul regret ne faisait palpiter sa poitrine

Elle avait au combat de sa main douce et fine


Tué dix américains

Illustration :
Gilles Aillaud "La bataille du riz" 1968, huile sur toile, 200 x 200 cm

mercredi 10 septembre 2008

Un vendredi de peur à Bussolengo

Des roms passés à tabac par les carabiniers, un article d'Angela Mauro pour Liberazione

Un cauchemar. Giorgio Campos, 18 ans en décembre, né à Côme, d’origine rom et résident régulier à Brescia est encore sous lechoc. Pour lui et pour sa famille, la journée de vendredi dernier devait être celle d’une tranquille sortie pour “aller visiter des parents qui viventaux alentours de Brescia”. Mais le déjeuner à Bussolengo, près de Vérone s’est transformé en cauchemar. Ils étaient dans une caravane: lui avec ses parents, Sonia et Angelo Campos, et les trois petits frères.Avec eux, deux autres caravanes: celle du frère ainé de Giorgio avec sa femme et deux enfants mineurs et la caravane de son oncle Christian Hudorovich avec sa compagne et ses trois enfants. Sur place aussi la caravane du cousin de Giorgio, Denis Rossetto. «Nous nous sommes arrêtés dans un parking public (piazzale Vittorio Veneto, ndr.) Pour manger quelque chose, nous avons eu à peine le temps de sortir une petite table que des vigiles sont arrivés - dit Giorgio – Ils nous ont demandé se nous allions repartir après le déjeuner, nous avons dit oui, que c’était notre intention, et les vigiles se sont éloignés gentiment». Mais vers 14 heures est arrivée une brigade de Carabiniers («un maréchal et un et un brigadier», continue le jeune homme) et, selon Giorgio l’enfer a commencé. «Ils ne nous ont même pas demande nos papiers – dit-il – à peine descendu de la voiture, le maréchal a dit qu’ils allaientnnous conduire à la caserne pour "nous passer à tabac comme les autres rom attrapés la semaine dernière, puis ce sera l’expulsion”. C’est ce qu’il a dit. Mon père et moi avons résisté en criant à l’aide. Eux ont sorti les matraques et ont commencé à nous frapper et à nous insulter.” Une avalanche de coups jusqu’à ce que le père de Giorgio réussisse à se dégager et à s’enfuir. “Je l’ai suivi, déjà menotté. Denis nous rejoins et nous avons sauté dans sa caravane». Une autre brigade de carabiniers les a arrêté à Caselle di Sommacampagna, dans les environs. «Sur place est arrivé en tout trois brigades - continue Giorgio – En nous menaçant avec un pistolet ils nous ont fait monter chacun dans une voiture, après nous avoir de nouveau passé à tabac ils nous ont emmené à la caserne de Bussolengo». Là se trouvaient déjà Sonia Campos, son fils de 15 ans Michele, Christian et sa compagne. «Ils ont décidé de laisser mes petits frères, Marco et Johnny seuls dans la caravane, mais seulement après les avoir frappés: le premier a eu deux dents cassés...». Dans la caserne “l’enfer” raconté tant par Giorgio que dans les plaintes présentées hier à la magistrature “dure jusqu’à cinq heures de l’après-midi». A l’arrivée”, «ils nous ont fait allonger par terre et nous ont piétiné. Mais le pire est arrivé après, quand ils nous ont emmenés dans les cellules du sous-sol. Il y avait trois cellules, moi j’étais avec mon frère Michele. Ils nous ont frappés, torturés en nous plongeant la tête dans des bassines d’eau. Ils étaient trois dont deux en uniforme qui se disaient "fiers d’être racistes". A tour de rôle mon frère et moi avons été emmené dans une salle d’eau ou ils nous ont dénudés : tandis que l’un frappait, l’autre filmait la scène avec son téléphone. Après ils ont baissé leurs pantalons en ils rigolaient ...». Puis vient le transfert à la caserne de Peschiera del Garda (sauf pour Christian et sa compagne qui ont été relâchés) pour la prise des empreintes. La bas aussi, “insultes, menaces, coups, la scène du bain qui se répète avec les mêmes personnes, cette fois-là ils se sont moqués de nous et ils nous ont demandé de leurs faire de fellations... », dit encore Giorgio. Peu avant 20 heure, lui et son frère ont été relâchés. Ses parents et son cousin Denis sont resté en prison. Le procès en comparution immédiate devait avoir lieu samedi dernier mais il a été renvoyé au 16 septembre. L'accusation: résistance à officier et, pour Sonia, tentative de vol du pistolet du policier. Oui, parce que dans le procès-verbal des carabiniers il est écrit que la mère de Giorgio a essayé de voler son pistolet au «maréchal Carusone», après l’intervention de la brigade à piazzale Vittorio Veneto a Bussolengo. «Le holster était déjà ouvert et le pistolet est tombé... maintenant ils essayent d’accuser ma mère..», c’est la version de Giorgio. De toute façon ce n’est pas la seule incohérence entre les plaintes des victimes – qui ont été admises aux urgences de Desenzano del Garda - et le procès verbal des militaires – qui insistent sur l’attitude “ de défi” de Angelo Campos et des autres «lâches agresseurs ». L'Association de Brescia "Nevo Gipen" et l'institut de culture tzigane "Sucar drom" de Mantoue sont en train de s’occuper de ce cas. «J’espère que la magistrature fera toute la lumière sur des faits qui constituent l’un des actes de racisme les plus graves commis en Italie, comme le confirment les plaintes des victimes - dit Carlo Berini de "Sucar drom" - Un épisode comparable aux tortures de la caserne de Bolzaneto pendant le G8 de Gênes en 2001.

jeudi 14 août 2008

Georgie, la liberté made in USA

Un article de Edition de il manifesto du dimanche 10 août 2008 , traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

« La Georgie est aujourd’hui un phare de liberté pour cette région et pour le monde », disait le président Georges Bush lors de sa visite à Tbilissi en mai 2005. A quoi tient une telle reconnaissance de la part de la Maison Blanche ? Au fait que ce petit pays de 4 millions d’habitants est devenu un avant-poste de la pénétration étasunienne en Asie centrale ex-soviétique : zone d’immense importance à cause de ses réserves de pétrole et de sa position géostratégique entre la Russie, la Chine et l’Inde. C’est le pétrole de la Caspienne qui alimente le « phare de liberté» de la Georgie. C’est là que passe l’oléoduc qui relie le port azéri de Baku, sur la mer caspienne, au port turc de Ceyhan, en Méditerranée : un « couloir énergétique » décidé en 1999 par l’administration Clinton et ouvert en 2005, qui contourne la Russie par le sud, sur une distance de 1800 kilomètres. Pour protéger l’oléoduc, réalisé par un consortium international dirigé par la société britannique BP, le Pentagone a entraîné des forces de sécurité géorgiennes de « riposte immédiate ». Depuis 1997 en effet, le « phare de liberté » de la Georgie est aussi alimenté par Washington d’un flux croissant d’aides militaires. Avec le « Georgian Train and Equip Program », lancé en 2002, le Pentagone a transformé les forces armées géorgiennes en une armée à ses ordres. Pour mieux l’entraîner, un contingent de 2000 hommes des forces spéciales géorgiennes a été envoyé, pour combattre, en Irak, et un autre en Afghanistan. Selon des sources du Pentagone, citées par le New York Times (9 août), il y a actuellement en Géorgie plus de 2.000 citoyens étasuniens, dont environ 130 instructeurs militaires. C’est en Georgie qu’a commencé en juillet dernier l’opération « Immediate Response », une manœuvre militaire à laquelle participent des troupes étasuniennes, géorgiennes, ukrainiennes, azéries et arméniennes. Pour cette opération, dirigée par le Pentagone, sont arrivés en Georgie environ 1000 soldats étasuniens appartenant aux bataillons aéroportés Setaf, aux marines et à la Garde nationale de l’Etat de Géorgie (USA). Ces troupes ont été basées à Vaziani, à moins de 100 kilomètres de la frontière russe. On imagine ce qui arriverait si la Russie déployait ses troupes au Mexique, à la même distance de la frontière étasunienne. Par ailleurs, le « phare de liberté » a été alimenté par la « révolution des roses » qui, planifiée et coordonnée par Washington, avait provoqué la chute du président Edouard Chevardnadze. Selon le Wall Street Journal (24 novembre 2003) l’opération avait été conduite par des fondations étasuniennes officiellement non gouvernementales, en réalité financées et dirigées par le gouvernement étasunien, qui « éduquèrent une classe de jeunes intellectuels capables de parler anglais, assoiffés de réformes pro-occidentales ». Sur le plan militaire, économique et politique, la Géorgie est contrôlée par le gouvernement étasunien, ce qui signifie que l’attaque contre l’Ossétie du Sud a été programmée non pas à Tbilissi mais à Washington. Avec quels objectifs ? Mettre en difficulté la Russie, vue depuis Washington avec une hostilité croissante du fait, aussi, de son rapprochement avec la Chine. Renforcer la présence des USA en Asie Centrale. Créer en Europe un autre foyer de tension qui puisse justifier une expansion ultérieure de la présence militaire étasunienne, dont le bouclier anti-missiles est un élément clé, et l’élargissement de l’OTAN vers l’est (sous peu la Georgie devrait justement entrer dans l’Alliance qui est sous commandement US). Ce que Washington craint, et essaie d’éviter, c’est une Europe qui, en réalisant son unité et en acquérant, ensuite, une force économique plus grande, puisse un jour se rendre indépendante de la politique étasunienne. D’où sa politique de diviser pour régner, qui est en train de conduire l’Europe à un climat de guerre froide. D’où aussi sa politique des deux poids deux mesures : tandis q u’elle revendique, reconnaît et défend l’indépendance du Kosovo, contre la souveraineté serbe, au détriment du respect des frontières internationales – qu’on imagine ce qui se serait passé si la Serbie avait attaqué Pristina en février juste après la proclamation unilatérale d’indépendance par le Kosovo- Washington refuse celle de l’ Ossétie du sud, en affirmant « le soutien de la communauté internationale à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Géorgie ».

TOMMASO DI FRANCESCO, MANLIO DINUCCI

lundi 11 août 2008

Mamhoud Darwich ne peut mourir...

Le poète palestinien Mahmoud Darwich, est mort samedi à l'âge de 67 ans. Il nous reste de lui l'essentiel : sa poésie, et le regret de ce qu'il n' avait pas encore écrit...
Voici un de ces plus célèbre texte, fondateurs de l'identité palestinienne.



Identité

Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d'enfants : huit
Et le neuvième... arrivera après l'été !
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j'ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d'écolier
Je les tire des rochers...
Oh ! je n'irai pas quémander l'aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille - je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines...
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l'effusion de la durée
Avant le cyprès et l'olivier
...avant l'éclosion de l'herbe
Mon père... est d'une famille de laboureurs
N'a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.

Inscris !
Je suis Arabe
Mes cheveux... couleur du charbon
Mes yeux... couleur de café
Signes particuliers :
Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
...elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c'est
L'huile d'olive et le thym

Mon adresse :
Je suis d'un village isolé...
Où les rues n'ont plus de noms
Et tous les hommes... à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
Inscris !
Je suis Arabe
Et te voilà furieux !

Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as rafflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
..à ce que l'on dit !

DONC

Inscris !
En tête du premier feuillet
Que je n'ai pas de haine pour les hommes
Que je n'assaille personne mais que
Si j'ai faim
Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
À ma fureur !

Mahmoud Darwich

Un très belle hommage sur les site info palestine : Nous sommes les invités de l’éternité - En mémoire de Mahmoud Darwish