mercredi 31 août 2011

Comment Al-Qaeda est arrivé à régner sur Tripoli (Asia Times) par Pepe ESCOBAR

Son nom est Abdelhakim Belhaj. Certains au Moyen-orient ont peut-être entendu parler de lui mais en occident et ailleurs son nom est pratiquement inconnu.

Alors voici une séance de rattrapage. Parce que l’histoire de comment un agent d’Al-Qaeda a pu se retrouver haut-commandant militaire à Tripoli va – une fois de plus – briser l’immense champ de miroirs qu’est « la guerre contre le terrorisme » et compromettre sérieusement la propagande patiemment concoctée par l’OTAN sur son « intervention humanitaire » en Libye.

mardi 30 août 2011

La chute de Tripoli : M. Abdeljalil avoue le mensonge...

Ceux qui dénonçaient des manipulations avaient raison:
Le film qui présentait des rebelles exultant sur la place Vert de Tripoli était un faux, tourné dans des décors de cinéma au Quatar et diffusé par Al Jazeera!
Quand les journalistes ne sont plus des journaliste mais des supplétifs de l'armée
(Nous éviterons de commenter l'attitude la BBC qui présentait , soi-disant en directe de Tripoli, une foule joyeuse agitant des drapeaux...indiens!)

Voici la vidéo avec l'interview de Moustapha Abdeljalil du CNT

samedi 27 août 2011

Que se passe-t-il en Syrie?

Voici un article du journal d e gauche libéral RADIKAL traduit du turc et publié sur le site infoSyrie.

A Jisr al-Choughour, des journalistes turcs confirment la version des autorités syriennes :

Par Pierre Marulaz,

Voici la traduction d’un article paru sur le site internet du journal turc Radikal en date du 16/06/2011 et relatif aux sanglants incidents de Jisr al-Choughour, qui ont particulièrement défrayé la chronique internationale, le plus souvent dans une interprétation défavorable au régime de Damas. Ce reportage a été fait au moment où les forces syriennes ont pu chasser les insurgés armés de Jisr. Les journalistes turcs y corroborent globalement la version des autorités syriennes, en s’appuyant sur leurs investigations dans Jisr et les villages avoisinants : à chaque fois, semble-t-il, les habitants ont accueilli les soldats syriens comme des libérateurs. Et l’ensemble des témoignages recueillis par ces journalistes – ressortissants d’un pays dont le gouvernement vient d’adopter une ligne plutôt hostile à Damas – conclut à l’implication de groupes armés et impitoyables, que seule la force a pu contraindre à faire cesser leurs exactions. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce compte-rendu ne va pas du tout dans le même sens que la version officielle – et quasi-obligatoire – diffusée par les médias occidentaux.

Deux des 120 soldats ou policiers tués à Jisr par les activistes salafistes

Deux des 120 soldats ou policiers tués à Jisr par les activistes salafistes

CISR ES SUGUR – La ville de Cisr Es Sugur (Jisr al-Choughour, Ndlr), à 40 km de la frontière turque, où il y a deux semaines 120 membres des forces de sécurité ont été tués, connait actuellement les jours les plus sanglants du « printemps arabe ». Après cet incident (le massacre des 120 policiers syriens, Ndlr) les soldats syriens qui assiégeaient la ville, sont entrés, en début de semaine, dans Cisr avec des chars.

Les habitants de la ville ont quitté leurs maisons, craignant un massacre. Mais personne n’arrive à savoir exactement ce qui s’est passé dans ville. Les journalistes d’Agence Anatolie (Anadolu Agence) et de TRT (Télévision Radio Turque) ont néanmoins pu entrer dans la ville de Cisr Es Sugur.

Les impressions des journalistes sont cependant de nature de faire la lumière sur ce qui s’est vraiment passé :

Des chars nous ont accueilli…

Dès l’entrée de la ville devenue « ville fantôme » et où les traces du conflit sont visibles partout, un grand nombre de chars, des véhicules militaires et des troupes sont là. Nous nous rendons à notre première destination, un bâtiment qui est utilisé comme « QG de sécurité « , conscients du fait que les soldats nous imposeront des limites dans l’exercice de notre métier. Les officiers supérieurs qui mènent des opérations dans la région environnante nous ont dit qu’en raison des événements survenus dans le pays, ils ne voulaient pas que nous photographions les visages des soldats, ce qui pourrait mettre leur vie en péril. On nous a dit qu’en dehors de ceci, aucune restriction n’interviendra, nous pourrons aller où nous voulons et faire des reportages, et que nous pourrons travailler dans la ville autant que nous le souhaitons.

Dans la ville où pour des raisons de sécurité nous n’avons pas pu passer la nuit, nous nous sommes déplacés en compagnie de quelques véhicules d’escorte et d’un grand nombre de soldats, et lors de nos entrées dans certains villages du gouvernorat nous avons rencontré un vif intérêt des habitants. Les témoignages des habitants de la ville qui sent le sang et la brûlure (Jisr, Ndlr), avaient pour caractéristique de contredire la majeure partie des allégations sur ce qui s’est passé à Cisr Es Sugur.

Tous les édifices publics sont détruits

Le bureau du poste de la ville, l’hôpital, la banque et tous les bâtiments appartenant à l’appareil judiciaire ont été rendu inutilisables, soit durant la reprise de la ville soit durant les trois jours où les groupes armés en avaient pris le contrôle. Dans le bâtiment du renseignement militaire où l’un des incidents violents de Cisr est survenu, et où 72 soldats ont perdu la vie, une odeur âcre de brûlé et de sang séché, qui se fait sentir en de nombreux endroits, parle clairement de l’horreur vécue là.

Soldats décapités

Devant le bâtiment, dont une partie a été dynamitée, et qui porte les traces de milliers des balles, il y a des véhicules complètement brûlés. Dans le jardin il reste un grand nombre de cocktails Molotov et des douilles de balles provenant de différents types d’armes.

Grace à de nombreuses taches de sang séché nous pouvons voir où chaque soldat a été tué, mais c’est surtout l’endroit où quelques soldats blessés ont trouvé refuge avant d’être décapités, situé dans une petite salle du bâtiment , qui est terrifiant.

Il reste des affaires privées et du sang coagulé en une épaisse couche et provenant du cadavre, jeté dans une poubelle devant le bâtiment, de l’un des soldats. Des soldats qui, selon les témoignages, ont attendu du renfort pendant deux jours. Selon les témoignages des habitants, la tête décapitée du chef de l’unité de renseignement militaire a été piquée au bout d’un perche et exposée pendant trois jours sur la place de la ville.

Sur l’ensemble des édifices publics des traces de balles et des taches de sang séché sont encore visibles. Le palais de justice dont la salle des archives a été dynamitée pour faire disparaitre les dossiers judiciaires, et une banque mise à sac dont les distributeurs des billets et le coffre fort ont été ouverts à l’explosif, ont subi des dégâts lourds et sont inutilisables.

Cadavres dans l’Oronte

Sur le pont sur le fleuve l’Oronte qui traverse la ville, il reste une partie des barricades formées avec des pneus. Sur le pont et au bord du fleuve les traces sanglantes des corps mutilés par des groupes armés, sont encore visibles. Quand on avance sur le pont l’odeur du sang qui se lève du fleuve à certains endroits devient très âcre.

On nous a indiqué qu’une partie des cadavres, parmi lesquels il y avait aussi celui d’une fille de 9 ans, jetés depuis le pont ont été repêchés mais les autres entrainés par le courant du fleuve, qui coule vers la Turquie, n’ont pu être retrouvés.

Nous avons essayé de retrouver deux femmes qui auraient été violées ainsi que la famille d’une petite fille qui aurait été violée, elle aussi, par les groupes armés dans un village près de la ville. Cependant, un proche de la famille, qui ne voulait pas faire des déclarations publiques à la presse, nous a expliqué que les hommes armés sont entrés de force dans les maisons et là ont violé la jeune fille qui a 7 ans. Dans la ville et les villages environnants que nous avons visités pendant deux jours nous n’avons pas vu la moindre trace qui confirmerait les allégations selon lesquelles l’armée a ouvert le feu avec les chars (sur les habitants, Ndlr).

Les soldats ont été accueillis avec joie

Durant nos déplacements, selon des itinéraires choisis au hasard, l’intérêt intense manifesté par les habitants aux soldats qui nous ont accompagnés, parmi lesquels il y avait aussi des officiers supérieurs, nous a surpris. Jusqu’à présent, dans les villages où même les médias syriens ne sont pas allés, les témoignages des habitants souvent en pleurs, les supplications aux soldats de ceux qui ont des proches toujours portés disparus pour qu’ils les trouvent, les récits sur l’horreur vécue sont en complète contradiction avec l’opinion commune répandue sur les événements survenus dans la ville.

A un endroit où il y a quelques villages rapprochés les uns des autres, les habitants ont bloqué le convoi de véhicules dans lequel nous avions pris place. Le nombre des habitants qui se sont agrégés au convoi a dépassé les 2 000. Dans un village où les soldats venaient pour la première fois, les habitants ont entouré le véhicule des officiers supérieurs et leur ont fait une offrande (sacrifice d’un animal). Quelques heures plus tard un festin, auquel nous avons aussi participé, était préparé avec l’offrande.

Le danger persiste

Le jour de notre retour en ville (Jisr al-Choughour, Ndlr) nous sommes allés à la boulangerie pour la filmer : elle avait réouvert. Le jour même, un des employés de la boulangerie a été identifié comme appartenant au groupe qui a terrorisé la ville pendant trois jours. A cause des membres de ces groupes armés, qui dans la journée poursuivent une vie normale et qui la nuit lancent des attaques en cachant leur visages, le danger persiste en ville.

Dans Cisr et les villages environnants, où les gens ont commencé lentement à émerger de leurs maisons, la peur ressentie, à cause du choc des événements toujours prégnants et des membres des groupes armés demeurés cachés, frappe notre attention. Après l’entrée de l’armée dans la ville, celle-ci a encerclé une vaste zone où se sont enfuis les membres des groupes armés.

La nature des groupes armés

L’insurrection armée dans la région est, tant aux yeux des habitants que de ceux des responsables de la ville, une « rébellion salafiste »… Aucun conflit confessionnel entre les habitants n’est palpable. Il n’y a pas non plus de confrontation confessionnelle avec les villageois qui ont accueilli les soldats avec joie. Selon certains, il se peut qu’il y ait aussi des membres de groupes armés parmi ceux qui ont fui vers la frontière turque après les événements.

"Sept points sur la Libye" par Domenico Losurdo



Désormais même les aveugles peuvent être en mesure de voir et de comprendre ce qui est en train d’arriver en Libye :

  1. C’est une guerre promue et déclanchée par l’OTAN qui est en cours. Cette vérité finit par filtrer sur les organes mêmes d’ « information » bourgeoise. Sur La Stampa du 25 août, Lucia Annunziata écrit : c’est une guerre « entièrement "extérieure", c’est-à-dire faite par les forces de l’OTAN » ; c’est « le système occidental, qui a promu la guerre contre Kadhafi ». Une vignette de l’International Herald Tribune du 24 août nous montre des « rebelles » qui exultent, mais ils sont commodément installés sur un avion qui porte l’écusson de l’OTAN.
  2. Il s’agit d’une guerre préparée depuis longtemps. Le Sunday Mirror du 20 mars a révélé que déjà « trois semaines » avant la résolution de l’ONU étaient à l’œuvre en Libye des « centaines » de soldats britanniques, encadrés dans un des corps militaires les plus sophistiqués et les plus redoutés du monde (SAS). Des révélations ou admissions analogues peuvent être lues sur l’International Herald Tribune du 31 mars, à propos de la présence de « petits groupes de la Cia » et d’une « ample force occidentale en action dans l’ombre », toujours « avant l’éclatement des hostilités le 19 mars ».
  3. Cette guerre n’a rien à voir avec la protection des droits humains. Dans l’article déjà cité, Lucia Annunziata observe avec angoisse : « L’OTAN qui a atteint la victoire n’est pas la même entité qui a lancé la guerre ». Entre temps, l’Occident est gravement affaibli par la crise économique ; réussira-t-il à garder le contrôle d’un continent qui, de plus en plus souvent, perçoit l’appel des « nations non occidentales » et en particulier de la Chine ? Par ailleurs, ce même quotidien qui présente l’article d’Annunziata, La Stampa, ouvre le 26 août sur un titre en pleine page : « Nouvelle Libye, défi Italie-France ». Pour ceux qui n’auraient pas encore compris de quel type de défi il s’agit, l’éditorial de Paolo Paroni (Duel de la dernière affaire) est clair : depuis le début des opérations guerrières, caractérisées par l’activisme frénétique de Sarkozy, « on a immédiatement compris que la guerre contre le Colonel allait se transformer en un conflit d’un autre type : guerre économique, avec un nouvel adversaire, l’Italie évidemment ».
  4. Voulue pour des motifs abjects, la guerre est menée de façon criminelle. Je me limite seulement à quelques détails repris dans un quotidien au-dessus de tout soupçon. L’International Herald Tribune du 26 août, dans un article de K. Fahim et R. Gladstone, rapporte : « Dans un campement au centre de Tripoli ont été retrouvés les corps criblés de balles de plus de 30 combattants pro-Kadhafi. Deux au moins étaient ligotés avec des liens en plastique, et ceci laisse penser qu’ils ont subi une exécution. Parmi ces morts, cinq ont été trouvés dans un hôpital de fortune ; l’un était sur une ambulance, étendu sur un brancard et ligoté par une ceinture et portant encore une perfusion intraveineuse dans le bras ».
  5. Barbare comme toutes les guerres coloniales, la guerre actuelle contre la Libye démontre comment l’impérialisme se fait de plus en plus barbare. Dans le passé, innombrables ont été les tentatives de la Cia d’assassiner Fidel Castro, mais ces tentatives étaient conduites en secret, avec un sentiment si ce n’est de honte du moins de crainte des possibles réactions de l’opinion publique internationale. Aujourd’hui, par contre, assassiner Kadhafi ou d’autres chefs d’Etat non appréciés à l’Occident est un droit ouvertement proclamé. Le Corriere della Sera du 26 août 2011 titre triomphalement : « Chasse à Kadhafi et à ses fils, maison par maison ». Tandis que j’écris, les Tornado britanniques, se prévalant aussi de la collaboration et des informations fournies par la France, s’emploient à bombarder Syrte et à exterminer l’entière famille de Kadhafi.
  6. Non moins barbare que la guerre a été la campagne de désinformation. Sans le moindre sentiment de pudeur, l’OTAN a martelé systématiquement le mensonge selon lequel ses opérations guerrières ne visaient qu’à la protection des civils ! Et la presse, la « libre » presse occidentale ? Elle a, à un moment, publié avec ostentation la « nouvelle » selon laquelle Kadhafi bourrait ses soldats de viagra de façon à ce qu’ils puissent plus facilement commettre des viols de masse. Cette « nouvelle » tombant rapidement dans le ridicule, voici alors une autre « nouvelle » selon laquelle les soldats libyens tirent sur les enfants. Aucune preuve n’est fournie, on ne trouve aucune référence à des dates et des lieux déterminés, aucun renvoi à telle ou telle source : l’important est de criminaliser l’ennemi à anéantir.
  7. Mussolini en son temps présenta l’agression fasciste contre l’Ethiopie comme une campagne pour libérer ce pays de la plaie de l’esclavage ; aujourd’hui l’OTAN présente son agression contre la Libye comme une campagne pour la diffusion de la démocratie. En son temps Mussolini n’avait de cesse de tonner contre l’empereur éthiopien Hailé Sélassié comme « Négus des négriers » ; aujourd’hui l’OTAN exprime son mépris pour Kadhafi « le dictateur ». De même que la nature belliciste de l’impérialisme ne change pas, ainsi ses techniques de manipulation révèlent de significatifs éléments de continuité. Pour clarifier qui exerce réellement aujourd’hui la dictature à niveau planétaire, plutôt que de citer Marx ou Lénine, je veux citer Emmanuel Kant. Dans un texte de 1798 (Le conflit des facultés), il écrit : « Qu’est-ce qu'un monarqueabsolu ? Celui qui, quand il commande : "la guerre doit être", la guerre suit en effet ». En argumentant de la sorte, Kant prenait pour cible, en particulier, l’Angleterre de son époque, sans se laisser tromper par les formes « libérales » de ce pays. C’est une leçon dont nous devons tirer profit : les « monarques absolus » de notre époque, les tyrans et dictateurs planétaires de notre époque siègent à Washington, à Bruxelles et dans les plus importantes capitales occidentales.

Publié vendredi 26 août 2011 sur le blog de l’auteur

http://domenicolosurdo.blogspot.com/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio